Selon Hydro-Météo, le fleuve se situe à 4,75 mètres au-dessus du niveau de la mer à cette période de l'année. Le niveau actuel mesuré à Lanoraie est donc inférieur de 20 % à la normale.
«Le principal facteur est le manque de neige durant l'hiver dernier. Et habituellement, on a un bon niveau de pluviosité en mai et en juin. Mais la pluie a été discrète en mai et en juin. Actuellement, on a un niveau d'eau comparable à des niveaux du mois de septembre», confie Pierre Corbin, directeur des opérations chez Hydro-Météo, en précisant que Lanoraie est l'endroit où on mesure le niveau d'eau pour le lac Saint-Pierre.
Le manque de précipitations dans l'est du pays fait en sorte que les affluents qui nourrissent le fleuve sont aussi pauvres que le Saint-Laurent.
«Le niveau des Grands Lacs est très bas. Le niveau de la rivière des Outaouais est très bas. Et les rivières qui sont au nord et au sud du fleuve, comme les rivières Saint-François et Richelieu, affichent des niveaux en-dessous de la moyenne», poursuit M. Corbin.
Cette diminution du niveau d'eau a des impacts sur certaines activités nautiques. À la marina de Nicolet, on a été obligé de condamner quatre ou cinq quais, étant donnés qu'ils sont accotés dans le sable.
«On est à environ 19 pouces d'eau à l'entrée de la rivière Nicolet, constate Nathalie Villeneuve, employée de la marina. La normale basse est de deux pieds. Ça fait quatre jours que ça commence à être alarmant.»
Cette situation fait en sorte que des propriétaires de bateaux ne peuvent pas sortir leur embarcation. Mais il est toujours possible de partir de la marina de Nicolet avec son bateau, à condition de le pousser un peu dans l'eau afin de gagner de la profondeur.
«Il y a moyen de sortir, mais il faut savoir par où passer. Mais pousser des bateaux, ça se fait habituellement en août ou en septembre. Pas en juillet», continue Mme Villeneuve.
À la marina de Batiscan, la direction doit composer avec un niveau d'eau en baisse de près de 30 % en attente des grandes marées qui devraient arriver la semaine prochaine.
«On a cinq pieds d'eau actuellement, alors que la moyenne est de sept pieds, confie Nathaly Gagné, propriétaire des lieux. Hier et aujourd'hui (mercredi et hier), on ne descend pas de gros voiliers, car ils ont besoin d'un trop grand tirant d'eau. Mais ce n'est pas dramatique comme saison, on a beaucoup de monde. Les plus petits bateaux peuvent circuler. Pour les gros, il faut juste attendre que la marée monte.»
Au Club multivoile 4 saisons du secteur Pointe-du-Lac, la directrice Dominique Vallée a aussi noté une diminution importante du niveau du fleuve.
«À notre hauteur, on n'est habituellement pas touché par les marées. Quand l'eau est basse, on voit la marée. Et cette année, c'est très bas! Ça n'empêche pas de faire nos activités. Tout fonctionne bien, car on a des embarcations légères comme le kayak, la voile. Mais il faut marcher plus longtemps avant d'arriver à l'eau.»
Michel Fortin, président de la Corporation des pilotes du Saint-Laurent central, voit lui aussi une baisse du niveau de l'eau.
«On est en bas du zéro des cartes. Actuellement, la baisse est de 12 centimètres. Le niveau dans le chenal Trois-Rivières-Montréal est de 11,30 mètres et on est à 11,18 mètres. Commepilote, ce n'est pas dramatique. C'est du déjà vu», raconte M. Fortin.
Le Port de Trois-Rivières enregistre le plus faible niveau d'eau depuis 1960
Avec une profondeur d'eau se situant à 10,562 mètres, le niveau de l'eau n'a jamais été aussi bas auPort de Trois-Rivières depuis les 52 dernières années.
En milieu d'après-midi hier, le niveau d'eau était inférieur de 13,8 centimètres à la norme minimale qui est de 10,70 mètres. Cette mesure vient de dépasser celle enregistrée en 1965, alors que le niveau était inférieur de 13 centimètres par rapport à la normale minimale.
«C'est une nouvelle marque. Mais ce n'est pas le genre de marque qu'on aime établir», constate Jacques Paquin, vice-président du développement des affaires à l'Administration portuaire de Trois-Rivières.
À ce temps-ci de l'année, le port affiche un niveau moyen de 11,6 mètres depuis 1960. On se retrouve donc avec une différence de plus d'un mètre. Le niveau a par la suite remonté à 10,603 mètres en fin d'après-midi.
«C'est énorme pour les gros navires qu'on reçoit. Un centimètre d'eau, ça équivaut à une capacité de charge d'environ 70 tonnes. Dix centimètres, c'est 700 tonnes.»
Cela veut dire que pour le client d'une compagnie de transport, la facture sera la même pour un volume inférieur de marchandise transportée.
«Ce n'est pas dramatique encore, précise M. Paquin. Au niveau économique, les impacts sont difficiles à mesurer. On observe que des bateaux doivent s'alléger pour aller à Montréal. Pour le bateau qui charge à Trois-Rivières, il doit charger moins. Mais la situation est plus compliquée pour celui qui arrive à Trois-Rivières et qui a été chargé il y a deux ou trois semaines en pensant qu'on n'allait pas être en-dessous du minimum. Il devra s'alléger avant d'arriver à Trois-Rivières et ça, ça coûte cher.»
Selon M. Paquin, le milieu maritime s'attend à ce que fleuve soit à son niveau le plus bas vers le mois d'août. Mais il ne s'attend pas à une descente en-dessous du minimum.
«Il y a une alerte rouge qui s'allume. On suit la situation de très près. Il faut gérer le moyen et long terme. Il faut être sûr que nos clients n'aillent pas ailleurs. Il faut s'assurer que la chaîne de transports performe, que la qualité de la main-d'oeuvre soit là, que les équipements d'entreposage soient là. C'est là-dessus qu'il faut miser et c'est ce qu'on fait depuis plusieurs années.»
N'empêche qu'une bonne dose de pluie serait un véritable cadeau du ciel.
«L'important est qu'on soit en-dessous du minimum pendant une courte période de temps, raconte M. Paquin. Habituellement, ça se calcule en nombre d'heures. Et quand il pleut en Ontario, c'est parfait! Mais avec ce qu'on annonce dans les prochains jours, ce n'est pas rassurant.»
Manque de pluie
«C'est simple: il manque de pluie, dit Gail Faveri, secrétaire du Conseil international du contrôle du fleuve Saint-Laurent. Cette année, la rivière des Outaouais manque de débit. La neige a fondu tôt et le printemps a été extrêmement sec et chaud. Il y a beaucoup d'évaporation. Aussi, le niveau du lac Ontario est un peu plus bas que la moyenne.»
Le bas niveau du fleuve frôle les records pour le mois de juillet, sans pour autant battre les records absolus. C'est habituellement entre septembre et novembre qu'on observe les niveaux les plus bas.
N'empêche qu'il est rare que le niveau soit sous le zéro des cartes de Montréal à Trois-Rivières, comme il l'était hier, souligne Denis Lefaivre, chercheur scientifique au Service hydrographique du Canada.
«Les pilotes professionnels s'ajustent, mais en navigation de plaisance, il y a beaucoup de capitaines et leur expérience varie, dit-il. On voit une forte corrélation entre le niveau de l'eau et le nombre d'échouements.»
L'année 2012 ne ressemble en rien à 2011, marquée par les inondations du Richelieu, mais rappelle 2010, exceptionnellement sèche elle aussi.
Y a-t-il un lien avec les changements climatiques? «Il faut continuer d'accumuler les observations, mais une plus grande variabilité dans le système est compatible avec les prévisions de changements climatiques», dit M. Lefaivre.
Le manque d'eau est durement ressenti au lac Saint-Pierre. «Cela va toucher surtout les poissons, dit Maryse Longchamps, biologiste au Comité ZIP du lac Saint-Pierre. La crue a été hâtive et aussi moins forte. Cela un impact par exemple sur la perchaude qui a besoin des herbiers pour se reproduire.»
Partout le long du fleuve, des espèces invasives comme le roseau et la renouée japonaise pourraient profiter de l'assèchement des berges pour s'installer à demeure. «Quand la renouée japonaise s'installe, elle ne laisse pas de place à d'autres, dit Sylvie Bibeau, du Comité ZIP Jacques-Quartier. Elle détruit la biodiversité et elle bloque l'accès à l'eau.»
Encore très chaud
Samir Al-alwani, météorologue à Environnement Canada, confirme que les prochains jours seront davantage colorés par un soleil vif et des températures très chaudes autant dans le nord-ouest ontarien que dans le sud-ouest québécois. «À court terme, on parle de journées comparables à celle d'aujourd'hui (hier). Dimanche, il pourrait y avoir quelques averses isolées, sans plus. Et rien n'annonce des pluies appréciables à moyen terme.»
Les prévisions font état de températures de 30 degrés et plus pour l'ensemble de la fin de semaine. L'humidité gagnera le sud-ouest du Québec durant la même période.