À la recherche de nourriture, l'oiseau affamé d'environ une livre et demi a rodé pendant deux jours sur le bord de la route devant l'hôtel de ville qui est en pleins travaux d'agrandissement. Par crainte que cet oiselet âgé d'un an se retrouve dans la nouvelle partie du bâtiment, la municipalité située à l'est de Drummondville a fait appel, le 19 juin dernier, à l'éleveur d'une quarantaine de pigeons Michel Gosselin, qui habite Aston-Jonction.
Celui qui se spécialise dans l'élevage de pigeons depuis 45 ans a pu approcher facilement l'oiseau avec de la nourriture et le prendre dans ses mains. «Il était faible et très maigre, mais il reprend tranquillement la forme», rapporte M. Gosselin qui a eu son premier pigeon à l'âge de 12 ans.
L'homme de 63 ans a rapidement déduit que le colombin provenait d'Europe grâce à un numéro de téléphone étampé sous une de ses ailes. «D'après le numéro de sa bague permanente et de mon expérience, j'ai dit aux responsables de la Municipalité que le pigeon venait sûrement de la Grande-Bretagne». Les recherches de l'éleveur ont confirmé son hypothèse et l'ont amené à communiquer avec la Royal pigeon racing association dont est membre le propriétaire de l'oiseau. Après avoir été certifiée de la véracité de l'histoire de Michel Gosselin avec photos et une vidéo à l'appui, l'organisation britannique a pu confirmer le nom du propriétaire du pigeon voyageur, soit Bernard Chambers.
L'éleveur québécois communiquera avec celui-ci au cours de la fin de semaine via une webcam. Le Royal pigeon racing association fait par ailleurs mention sur son site web de cette histoire inusitée.Destination CannockLe pigeon participait à un concours de vitesse lorsqu'il a pris son envol vers le Québec. La course débutait à Fougères en France, le 9 juin, pour se terminer à Cannock, à deux heures au nord de Londres. Une distance de près de 500 kilomètres. L'oiseau de couleur bleue a plutôt opté pour un trajet d'environ 5000 kilomètres, selon l'association britannique. Comment ce pigeon a-t-il pu se rendre jusqu'à Saint-Louis-de-Blandford? La thèse la plus probable serait que l'oiseau fatigué s'est perché sur un bateau traversant l'Atlantique et y est demeuré durant plusieurs jours.
Une telle situation est surprenante, mais pas impossible, selon Michel Gosselin. «Nous avions déjà entendu dire qu'un pigeon épuisé qui traverse la Manche pouvait se jeter sur des bateaux, mais nous n'avions jamais eu de preuves. C'est la première fois que ça arrive. Ce qui est inusité, c'est qu'il n'a jamais quitté le bateau.»
L'éleveur d'Aston-Jonction précise qu'un pigeon peut voler un peu plus de 12 heures par jour, mais jamais durant la nuit et il voyage en moyenne à une vitesse de 90 km/h. Ces courses de pigeons voyageurs sont méconnues au Québec, mais très populaires en Europe. De gros prix en argent sont remis aux propriétaires des pigeons gagnants. Le gagnant est déterminé grâce à une bague électronique réutilisable mise sur la patte de l'oiseau et une antenne placée à l'entrée du colombier, où réside le pigeon, qui enregistre son arrivée.
Alors qu'au Québec les courses rapportent peu pour les éleveurs, Michel Gosselin peut toutefois maintenant se consoler d'avoir gagné un jeune pigeon d'une grande valeur parce que le Britannique a décidé de le lui remettre gratuitement. De quoi rendre très heureux ce passionné des pigeons.