La sympathique Trifluvienne vit chez les poupées.
Elle en possède pas moins de 1502 qui lui sont parvenues d'environ 200 pays. On en trouve au grenier, au sous-sol, mais aussi dans un cabinet spectaculaire, dans son salon, où logent ses préférées.
La plupart de ces poupées ont été fabriquées par des artisans et reflètent avec moult détails les us et coutumes de leur pays d'origine.
Le plus extraordinaire, c'est que plus de 85 % de ces poupées lui ont été données par des têtes couronnées et des chefs d'État, certains célèbres, comme la Chabanou d'Iran Farah Diba, le président français Valéry Giscard d'Estaing, le fondateur de l'État d'Israël, David Ben Gourion, le roi Léopold de Belgique, François «Papa Doc» Duvalier, le dictateur Nicolae Ceausescu et Gamal Abdel Nasser d'Égypte.
Certains poupées proviennent de gens moins célèbres mais non pas moins prestigieux, comme la comtesse de Saint-Exupéry, belle-soeur du célèbre écrivain Antoine de Saint-Exupéry, l'archiduc Markus von Habsburg, descendant de l'impératrice Sissi, Fahri Korutürk, ancien président de la Turquie, Habib Bourguiba, fondateur de la Tunisie moderne et Norodum Sihanouk, ancien roi du Cambodge.
Un maharajah de l'Inde lui a fait parvenir deux magnifiques marionnettes vêtues d'habits faits des plus beaux tissus du pays et ce, tout simplement parce qu'il avait gardé un bon souvenir du Canada, ayant fait ses études à Kingston, en Ontario.
Mais comment cette retraitée, qui travaillait comme téléphoniste au Service de l'équipement à l'Université du Québec à Trois-Rivières, a-t-elle réussi à monter une telle collection?
«Avec de la persévérance», répond-elle.
L'idée de collectionner les poupées lui est venue au début des années 1960. Étant fascinée par les coutumes et les costumes traditionnels des autres pays, May Dick tente sa chance et décide d'écrire autant de lettres que possible à toutes les personnalités politiques et royales du monde pour leur demander une poupée. Il lui a fallu, au début, écrire 15 lettres pour recevoir une seule réponse. À mesure que sa collection grossissait et que les journaux commençaient à s'intéresser à sa collection, presque une personne sur deux lui répondait.
La première à exaucer son souhait fut la nouvelle impératrice d'Iran, Farah Diba, qui venait tout juste de se marier. «Elle m'a envoyé une poupée extraordinaire», raconte Mme May en la chérissant comme étant le couronnement de sa collection. Dotée d'un visage de cire, la poupée a de vrais cils, de vrais sourcils, une chevelure véritable aussi, sans compter un costume tout à fait typique des femmes du pays. «Du point du vue artisanal, c'est la plus belle», dit-elle.
Les poupées n'arrivent jamais seules. Une lettre et même souvent un livre illustré les accompagnent. C'est aussi ce qui fait la singularité de cette collection. Mme Lemay a en effet cumulé pas moins de sept gros albums dans lesquels on retrouve des lettres ainsi que la signature des personnages qui ont marqué l'histoire contemporaine de 1960 à nos jours. Certains lui envoient même des photos de famille.
La simple lettre d'une Québécoise demandant une poupée au descendant de la célèbre impératrice Sissi, en 1992, a donné lieu à un échange amical tout à fait remarquable entre May Dick Lemay et l'archiduc Markus von Habsburg.
En 2002, Mme Lemay est allée visiter l'Autriche et s'est rendue voir la maison d'été de la fille de Sissi, près de Salzbourg. Ayant appris que l'archiduc, devenu homme d'affaires, faisait parfois visiter lui même la maison, Mme Lemay lui a fait parvenir une lettre mentionnant qu'elle serait de passage, en espérant bien pouvoir serrer la pince de celui qui lui avait donné une poupée, 10 ans plus tôt. Or il s'est avéré que l'archiduc non seulement attendait sa visite, mais il l'a invitée à passer l'après-midi avec lui.
Quelques années plus tard, l'archiduc a communiqué à nouveau avec Mme Lemay. La maison qui avait été habitée à Québec pendant quelques années par Zita, dernière impératrice d'Autriche, était à vendre. Comme la propriété avait été offerte à l'archiduc, «il nous a demandé d'aller voir à Québec quelle sorte de maison c'était», raconte Mme Lemay. Par la suite, les deux amis échangeront plus d'une cinquantaine de courriels.
Difficile d'y croire, mais Mme Lemay n'a pas l'intention d'écrire au couple princier William et Kate. «Je n'écris plus, je n'ai plus le temps», dit-elle, trop occupée maintenant par ses broderies, son cercle littéraire et autres loisirs.
Mme Lemay espère pouvoir léguer son exceptionnelle collection à un musée.