C'est notamment le cas de ceux dont les embarcations sont amarrées à des quais situés sur les rives de la petite rivière du Loup à Louiseville. Le niveau de l'eau au confluent du fleuve Saint-Laurent est tellement bas qu'ils ne peuvent même pas y naviguer sans toucher le fond. Si certains plaisanciers de ce secteur ont tout de même mis leur embarcation à l'eau, Bruno Noël a plutôt décidé de passer son tour, du moins jusqu'à ce que le niveau du cours d'eau monte.
«Ça donne quoi de mettre ça à l'eau? On n'est même pas capable de passer. Il doit y avoir seulement sept ou huit pouces d'eau [à l'embouchure de la rivière]. D'habitude, ce n'est même pas aussi bas que ça à la fin de l'été», mentionne M. Noël, qui vit dans le secteur de la marina de Louiseville depuis une vingtaine d'années.
Ayant constaté tôt dans la saison que le niveau de la rivière baissait dangereusement, Louise Julien et son conjoint, qui sont les voisins de M. Noël, ont quant à eux décidé d'amarrer leur ponton à la marina de Maskinongé afin de pouvoir en profiter cet été. Mme Julien a cependant confié qu'elle aurait grandement préféré pouvoir l'amarrer au quai situé derrière sa résidence.
Un autre résident du secteur, Jacques Migneault, envisage de suivre leur exemple l'an prochain. Ce dernier n'a d'ailleurs même pas pu se servir de son bateau depuis le début de la saison de navigation.
«Si on vit sur le bord de l'eau comme ici, c'est pour pouvoir en profiter. Mais si on ne peut pas faire de bateau l'été et aller à la pêche l'hiver, à quoi ça sert», se questionne-t-il ironiquement en faisant également référence au moratoire imposé sur la pêche à la perchaude dans le lac Saint-Pierre.
Tout comme celui de ses affluents, le niveau du fleuve Saint-Laurent est également bas comparativement à la normale pour cette période de l'année. Selon des données enregistrées par l'organisme Hydro-Météo, le niveau du fleuve est présentement de 4,15 mètres, alors que la moyenne en cette période de l'année est de 5,05 mètres. Le plus bas niveau jamais enregistré est cependant de 4 mètres.
Pour ce qui est du débit, il est présentement d'un peu plus de 7000 m3 à la seconde alors que la moyenne pour cette période de l'année est de 9500 m3 à la seconde. Selon le directeur des opérations d'Hydro-Météo, Pierre Corbin, cette réalité est en grande partie attribuable au peu de neige qui est tombée cet hiver.
«Nous sommes en dessous de la moyenne depuis le début avril. Mais ça ne veut pas dire que ça ne changera pas. Si l'été devient pluvieux, ça devrait s'améliorer. Mais si ça continue, ça va juste continuer à baisser», explique M. Corbin. Ce dernier précise que les niveaux enregistrés présentement ressemblent à ceux qui sont généralement atteints à la fin de l'été. Si la tendance se maintient, les conditions de navigation n'iront donc pas en s'améliorant selon lui.
Contrairement à certaines autres marinas, celle de Trois-Rivières située sur l'île Saint-Quentin n'est pas trop affectée par le bas niveau des cours d'eau. Située directement au confluent de la rivière Saint-Maurice, un affluent important, et du fleuve, elle est plus rarement touchée par les bas niveaux que celles situées aux abords des petites rivières.
«Quand on commence à avoir des problèmes, ils ont des gros problèmes ailleurs», mentionne la gérante de la marina, Marthe Lafrenière.
Pas de problème pour la navigation commerciale
Si certains plaisanciers ne peuvent pas naviguer comme ils le voudraient, les navigateurs commerciaux ne sont quant à eux pas affectés par le bas niveau du fleuve Saint-Laurent.
«La seule chose que ça change, c'est pour les armateurs. Si le niveau d'eau est bas, ils doivent moins charger les bateaux. Et quand le niveau monte, ils chargent plus. On a donc pas mal toujours la même marge de dégagement», explique le président de la Corporation des pilotes du Saint-Laurent central, Michel Fortin.
Ce dernier mentionne qu'un niveau plus élevé que la normale peut par contre causer des problèmes. L'an dernier, un navire de passagers qui navigue régulièrement sur le fleuve n'a pas pu se rendre à Montréal lors de deux voyages parce qu'il ne passait pas en dessous des fils électriques qui traversent le fleuve.