Au cours de la deuxième journée de son témoignage, hier, l'ancien chef de l'Unité anticollusion du ministère des Transports a raconté que son rapport avait été accueilli froidement par le ministre Hamad, qui ne l'écoutait même pas quand il le lui présentait verbalement, à son bureau.
«Quand mon adjoint, monsieur Bélanger, a voulu lui donner une copie des rapports, il n'a pas parlé beaucoup mais son non-verbal... il ne voulait pas le voir! Là, il s'est reculé, puis a dit je ne veux pas le voir, le rapport, mes adjoints vont s'en occuper''. Et c'est de même que la réunion s'est terminée», a rapporté M. Duchesneau.
Il lui a tout de même laissé quelques copies de son rapport, qui traite de la collusion entre les firmes de génie, les entreprises de construction et le financement des partis politiques. «On n'est pas reparti avec les copies qui appartenaient au ministère. Lui n'a pas voulu mettre ses empreintes digitales dessus, là, mais il avait ça devant lui», a relaté M. Duchesneau.
Il a compris, lors de cette rencontre, qu'il valait mieux ne pas élaborer sur le chapitre portant sur le financement des partis politiques devant le ministre Hamad. «J'y ai fait allusion, mais j'ai compris qu'on était mieux de passer à d'autre chose. Ça a toujours été, bien évidemment, un sujet épineux, avant et après la rencontre avec monsieur Hamad», a commenté M. Duchesneau.
Après cet accueil glacial, il était convaincu que son rapport serait relégué aux oubliettes, ce qui le frustrait énormément. «Les membres de l'équipe, nous n'avons pas fait ce travail pour que ça aille sur une tablette. Après ma rencontre avec le ministre Hamad, j'étais convaincu que c'était pour aller sur une tablette. Je parlais au nom d'à peu près 500 personnes. Moi, je sais les engagements qu'on avait pris auprès de ces personnes. Il n'en était pas question que ça s'en aille sur une tablette!»
Jacques Duchesneau voulait que son travail serve à quelque chose. Il a donc décidé de refiler lui-même son rapport final à une journaliste, qui s'apprêtait de toute façon à sortir la version préliminaire.
Plus tôt dans la journée, hier, M. Duchesneau s'était rappelé qu'au fil des enquêtes, son équipe avait identifié 66 stratagèmes permettant de contourner les règles d'octroi des contrats dans la construction. Mais il a corrigé le tir dans son témoignage, en évoquant «plus d'une centaine de stratagèmes».
Des entrepreneurs au départ honnêtes sont plus ou moins contraints de respecter «la règle», a-t-il dit. Si un entrepreneur dépose une offre pour un projet quand d'autres lui disent de ne pas le faire, il va en payer le prix.
M. Duchesneau a cité le cas d'entrepreneurs qui ont été menacés physiquement et battus, ou d'autres qui ont été «asphyxiés de façon économique».