Yvon Deschamps était sur place hier après-midi pour recevoir cet honneur en compagnie de son épouse Judi Richards et de la comédienne Rita Lafontaine qui a agi comme intermédiaire entre Point de rue et le célèbre monologuiste.
L'oeuvre, dessinée par Jean Beaulieu, représente un Yvon Deschamps mature et rieur avec un micro dans les mains et deux petits chapeaux melon sur l'épaule, un blanc, qui symbolise L'Ostidshow et un noir en hommage à Charlie Chaplin, dont le monologuiste est un fan invétéré.
Bien que rompu aux hommages, même venant de jeunes en difficultés, le septuagénaire s'est dit profondément honoré par pareil honneur. «Ça fait quelques fois qu'on me fait un honneur de ce genre et à chaque fois, c'est vraiment très flatteur mais j'avoue que je trouve ça un peu dérangeant. Vous comprenez, c'est permanent, et moi, je ne le suis pas. C'est gros, comme honneur, pour un homme.»
L'artiste a tellement inspiré les jeunes en rupture sociale qu'ils lui ont même composé une chanson et la lui ont offerte lors de la conférence de presse. Deschamps est immédiatement allé les remercier et discuter avec eux, retardant ainsi de plusieurs minutes les allocutions protocolaires de la conférence de presse.
En plus de l'extraordinaire démarche qu'elle représente dans le sens de la réinsertion sociale des jeunes, l'oeuvre avait ceci de particulier qu'il s'agit du dernier vitrail qui sera réalisé par des jeunes dans une démarche de réinsertion sociale. Après dix ans d'implication, devant la décision du gouvernement fédéral de mettre un terme à ses subventions, le créateur Jean Beaulieu a tiré un trait sur ce projet qui aura touché un total de 160 jeunes et produit 17 vitraux qui sont exposés publiquement au parc portuaire trifluvien en plus des deux de la salle Thompson et de plusieurs autres à Shawinigan, Montréal et Québec.
«Je suis très fier de ce qu'on a réalisé pendant ces dix années. C'est sûr que j'aurais aimé qu'il y en ait plein, ici, à la salle Thompson, mais ce n'est plus possible. On a atteint la limite de nos capacités et on a eu beau étirer l'élastique, il a fini par casser. Je suis déjà passé à autre chose et j'ai plusieurs projets personnels en marche.»
«On a, dans le passé, reçu un montant important en provenance d'une source privée mais je ne pense pas que pareil projet doive être financé par le privé. Accepter de faire ce projet-là sans que le gouvernement le finance, c'est cautionner les coupures et les politiques sociales du gouvernement Harper et ça, en ce qui me concerne, il n'en est pas question.»
Du côté de Point de rue qui accompagne des jeunes en rupture sociale, le responsable, Philippe Malchelosse, travaille sur la mise sur pied d'autres projets.
«On fait un deuil de ce projet de vitraux, mais pour moi, un deuil est une ouverture sur quelque chose de nouveau. On a les volets musique et photographie qui sont encore en marche et on veut relancer le volet coopération internationale. On va bientôt pouvoir annoncer des choses intéressantes. Le projet du vitrail a toujours été un prétexte pour permettre une démarche personnelle chez les participants. Par le vitrail ou un autre moyen, on peut susciter chez les
participants le même dépassement de soi, la même ouverture aux autres, la même capacité à s'exprimer de façon saine, cohérente et acceptable. On va trouver d'autres façons de le faire. Par loyauté envers Jean avec qui on a monté le projet vitrail, on le laisse tomber mais c'est pour laisser la place à d'autres qui vont continuer de favoriser
l'harmonisation des liens entre les jeunes et la communauté.»