Le docteur Gilles W. Grenier, directeur de la santé publique dans la région, a dévoilé hier son rapport sur les inégalités entre les personnes défavorisées et les personnes avantagées. Profil écononomique, taux de mortalité et difficultés d'apprentissage font partie des paramètres analysés dans 267 communautés de la Mauricie et du Centre-du-Québec.
Le constat? Les gens qui vivent dans des communautés défavorisées meurent deux fois plus des causes du tabagisme, ont 30 % de plus de tumeurs malignes et ont une espérance de vie amputée de cinq à six ans. De plus, elles présentent des taux de suicide trois fois supérieurs aux personnes avantagées et sont aux prises avec une plus grande proportion de signalements rapportés à la direction de la protection de la jeunesse.
«Si on élimine les écarts entre les communautés avantagées et défavorisées, c'est 300 décès de moins par année. Ce n'est pas rien», constate le docteur Grenier. C'est pour cette raison qu'on veut attirer l'attention sur les problématiques particulières de la région pour qu'on puisse agir vis-à-vis ces problématiques-là.»
Premiers quartiers et centres-villes
Les centres-villes et les premiers quartiers des villes sont les lieux où on retrouve les plus grandes inégalités sociales. Par exemple, les quartiers trifluviens Sainte-Cécile et Saint-Philippe, de même que le quartier Saint-Marc de Shawinigan sont des communautés défavorisées.
«Au centre-ville de La Tuque, à peu près un enfant sur trois a été l'objet d'un signalement à la protection de la jeunesse, alors qu'à Shawinigan-Sud, il n'y en a presque pas. La dynamique se retrouve en milieu urbain, mais il y a des personnes avantagées qui se retrouvent à deux pas. Par exemple, nous avons le secteur de Normanville, qui est une communauté avantagée, qui est à côté de Notre-Dame-des-Sept-Allégresses», illustre Réal Boisvert, membre de l'équipe de projet et rédacteur principal du rapport.
Les secteurs ruraux de la Mauricie présentent généralement des statistiques moyennes. La pauvreté peut y être vécue moins difficilement en raison des réseaux d'entraide existants.
Si la Mauricie présente des statistiques pires que la moyenne québécoise en ce qui a trait au revenu annuel moyen et au taux de suicide, les données présentées dans ce rapport ne sont ni pires, ni mieux que ce qui était la réalité régionale il y a 20 ans.
Maintenant que le portrait est bien connu, MM. Grenier et Boisvert sont d'avis qu'il faut tout faire afin de réduire ces inégalités. Voilà pourquoi la direction de la santé propose le maintien des politiques publiques (accès à des soins de santé et à l'éducation, soutien à l'emploi et au logement). Le docteur Grenier voit aussi d'un bon oeil toute initiative locale qui favorise l'engagement du citoyen.
«Les inégalités ne sont pas une fatalité, rappelle le docteur Grenier. Il faut adapter les politiques aux réalités du milieu. Quand on connaît les caractéristiques des communautés, on a une action plus concrète. Le CSSS de l'Énergie a une approche intégrée dans les premiers quartiers. Dans Bécancour-Nicolet-Yamaska, il y a des projets de saine alimentation et de promotion de l'exercice chez les moins de 18 ans. Et il y a le projet qui a été lancé la semaine dernière (Ça mijote en Mauricie). C'est de cette façon qu'on va améliorer les conditions, en bout de ligne.»
Réal Boisvert sait que les changements dans ce genre de situation doivent être vus dans un horizon de plusieurs années.
«Ça évolue très lentement. Mais en agissant avec les nouvelles générations, on va briser ce cycle-là. Dans 10 ans, on devrait voir les choses changer.»