Homicide conjugual: il n'y a pas de portrait type

Suzanne Léveillé, professeure au département de Psychologie à... (Photo: François Gervais)

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Suzanne Léveillé, professeure au département de Psychologie à l'UQTR.

Photo: François Gervais

Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Depuis 10 ans, 139 hommes au Québec ont tué leur conjointe et 17 femmes ont réservé le même sort à leur conjoint. Quarante hommes et 28 femmes ont abattu leurs enfants. Quatre-vingt pour cent des hommes se suicident après avoir pris la vie de toute leur famille.

Ces statistiques troublantes incitent Suzanne Léveillé à se plonger au coeur du drame pour tenter de comprendre et d'arriver éventuellement à prévenir ces drames familiaux extrêmes.

Ces gestes, à ce jour, demeurent irrationnels et ne relèvent pas toujours de la maladie mentale, explique cette psychologue et professeure au département de psychologie à l'Université du Québec à Trois-Rivières. «On parle de troubles de la personnalité, de personnalité fragile. Seulement une infime partie des hommes qui tuent leurs enfants et leur conjointe s'en vont à l'Institut Philippe-Pinel», fait-elle remarquer. «La plupart sont reconnus criminellement responsables, donc s'en vont en détention», dit-elle.

«Au moment du geste, c'est sûr qu'il y a comme une rage et l'émotion brouille la conscience. La conscience est un peu altérée, mais on n'est pas du tout dans un registre psychotique, ni dans un registre de perte de contact avec la réalité», assure-t-elle.

Il n'existe pas, à ce jour, de portrait-type permettant de dépister les personnes qui seraient susceptibles, un jour, de poser un geste aussi extrême.

Toutefois, certains éléments commencent à se dégager et la professeure Léveillé espère que la recherche permettra d'obtenir suffisamment d'information pour arriver à prévenir des homicides familiaux.

Les personnes qui en arrivent là, explique-t-elle, semblent, pour la plupart, avoir une personnalité fragile, c'est-à-dire, «une personnalité plus rigide, plus égocentrique, plus narcissique, qui veut la perfection, qui veut toujours que ça fonctionne à sa façon. Ces personnes-là sont fragiles quand leur arrive un stresseur», explique-t-elle.

Ces agents stressants peuvent être la perte de la conjointe, la faillite ou la perte de la garde des enfants, par exemple, autant d'événements qui suscitent à la fois rage et détresse. «La personnalité fragile ne tolère pas l'impuissance, veut tout contrôler, vit des angoisses d'abandon importantes et recherche la perfection, celle des autres, mais la sienne aussi», explique-t-elle.

Le problème, dit-elle, c'est que ce genre de personnalité croit qu'elle peut s'en sortir toute seule. Certains hommes qui sont passés à l'acte avaient commencé à consulter, a découvert la professeure Léveillé, mais ils ont vite cessé, pensant qu'ils pourraient arriver à régler leur problème tout seul.

La chercheuse constate que ces gestes irrémédiables ne sont pas nécessairement commis par des gens qui ont été victimes de violence plus jeunes. Toutefois, il semble qu'ils aient perdu, dans leur enfance, une figure d'attachement, père ou mère, ou aient été mis en famille d'accueil ou ont encore été victimes de parents maltraitants.

La rupture semble, pour ces personnes, être un élément important dans le passage à l'acte, du moins «dans 75 % à 80 % des cas», constate Suzanne Léveillé. Le reste peut être attribué à d'autres genres de pertes comme la faillite personnelle, par exemple, précise la psychologue.

Suzanne Léveillé entend poursuivre ses recherches sur l'homicide familial en examinant le parcours de vie de personnes qui en ont commis. «J'ai travaillé sur les dossiers d'homicides qui sont répertoriés au bureau du coroner en chef à Québec», dit-elle.

«Jusqu'à présent, ce qu'on a réussi à trouver, c'est que ces personnes ont vécu un abandon quand elles étaient jeunes. Quand elles en vivent un deuxième à l'âge adulte, ça réveille le premier», constate-t-elle.

«Les gens qui commettent un filicide (meurtre de son enfant) ou un familicide (toute la famille) sont des gens de la classe moyenne à élevée. Ce ne sont pas des gens criminalisés. C'est ça qui fait que c'est difficile à prévenir», fait valoir Suzanne Léveillé.

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