Ils avaient gardé espoir jusqu'à la dernière minute. Le coup fil pouvait venir d'une minute à l'autre, même à l'aéroport, à quelques instants de l'embarquement. L'appel du ministre n'est jamais venu et le 13 mai 2011, en fin d'après-midi, les Cendon-Picazo sont montés dans l'avion qui les a ramenés au Mexique. Après quatre ans passés au Québec, la famille étaitdéportée.
Le matin même, leur demande de sursis présentée en Cour fédérale avait été rejetée par le juge. Jusqu'à ce qu'ils s'embarquent pour le Mexique, les Cendon-Picazo ont espéré, mais en vain, que le ministre de l'Immigration, Jason Kenney, utilise son pouvoir discrétionnaire et leur permette de rester.
Partie avec l'intention de revenir, la famille a tout de même dû se bâtir un quotidien à Cuernavaca où elle habite maintenant. Après une période plus difficile alors que les cinq membres de la famille devaient partager une pièce de la maison des parents de M. Picazo, ils avaient finalement pu emménager dans un appartement du centre-ville. Là, près des édifices gouvernementaux, la famille serait plus en sécurité, expliquait Leon Picazo. En exploitant un petit restaurant, grâce à un coup de pouce du père de Mme Cendon, la famille avait pu trouver l'argent nécessaire à envoyer les enfants à l'école. Les Cendon-Picazo y travaillaient de longues heures, mais pour les parents de Maria Fernanda, Gael Sebastien et Leon François, les revenus tirés de l'exploitation du commerce étaient providentiels. Puis, le père de Marisol Cendon, qui détenait les droits d'exploitation du restaurant, est tombé malade. Quatre jours après son décès, on est venu dire à la famille qu'elle devrait rendre le restaurant.
Depuis, Leon Picazo a trouvé un nouveau travail, un emploi de fonctionnaire pour le gouvernement fédéral. Mais l'argent se fait plus rare. Faute de pouvoir payer les coûts de scolarité, Marisol Cendon et Leon Picazo ont dû retirer leurs enfants de l'école. Voilà maintenant plus d'un mois et demi que Maria Fernanda et Gael Sebastien doivent rester à la maison avec leur mère et leur petit frère, Leon François. Il fallait, explique Leon Picazo, choisir entre payer la nourriture ou payer l'école.
Pour Maria Fernanda, il s'agit d'un deuxième retrait forcé de l'école en moins d'un an. En mai dernier, la jeune fille avait dû faire ses adieux à ses amies de l'école primaire de Saint-Barnabé. L'école avait organisé une fête avec du jus, des gâteaux et des couverts de plastique; une manière de permettre aux enfants de vivre cette journée sur une note un peu moins dramatique. Bonne élève, Maria Fernanda avait ensuite eu de la difficulté à s'adapter à sa nouvelle école mexicaine. Arrivée au Québec à l'âge de quatre ans, la jeune fille n'avait jamais appris à écrire en espagnol et n'avait pas l'habitude des pratiques pédagogiques mexicaines. Après quelques mois passés dans sa nouvelle école au Mexique, voilà que la jeune fille a dû de nouveau quitter les bancs d'école.
Malgré tout, la famille a repris ses démarches d'immigration, laissées en suspens quelque temps à son retour au Mexique. Les Cendon-Picazo espèrent maintenant pouvoir revenir au Canada en étant sélectionnés comme travailleurs qualifiés. Les démarches pourraient être longues, Leon Picazo le sait. À tout le moins, les frais liés aux procédures administratives pourront être assumés par les recettes d'une campagne de financement menée dans la région.
En attendant, M. Picazo craint de devoir être bientôt réduit à demander de l'aide alimentaire, une situation qui lui apparaît complètement surréelle. «C'est incroyable. Jamais dans ma vie je ne suis arrivé dans une situation comme ça. Au Canada, lorsque tu travailles, tu arrives à tout payer. Ici, tu peux travailler et, malgré cela, ne pas arriver à tout payer», déplore M. Picazo.