C'est donc au téléphone que l'entrevue s'est faite pour un bilan, alors qu'elle était installée dans un restaurant de Montréal ou d'Ottawa, ce point n'a pas été précisé. Et cette fois, la députée libérale avait plein de choses à raconter.
Difficile la dernière année? Oui, a répondu Mme St-Denis. Mais pas pour les raisons qui pourraient paraître évidentes à tout le monde. Comme s'il fallait compter pour des broutilles une élection totalement inattendue (elle était candidate poteau), un début de mandat chaotique au sein du NPD, l'arrivée d'un cancer qui la tenait loin de son comté, l'embauche d'une ex-candidate libérale à son bureau de Shawinigan, un bizarre changement de formation politique de la première opposition officielle vers la seconde (les libéraux) suivi de représailles du NPD (sondage hostile et manifestations devant son bureau). À cela, il faut ajouter un manque d'atomes crochus avec son électorat et un comté dont elle ignorait absolument tout et dont l'étendue l'a laissée stupéfaite, elle qui ne possédait même pas de voiture.
Non, l'année n'a pas été difficile pour toutes ces raisons mais plutôt parce que ce fut 12 mois d'apprentissage à une vitesse grand V. Cette ex-enseignante a dû faire ses classes... et relire la constitution, comme elle aime bien le souligner. «Oui ce fut un gros apprentissage, la partie à Ottawa particulièrement, avec l'étude des lois et règlements et le fonctionnement de la Chambre, ce qui n'est pas évident quand on n'a pas d'expérience. Ensuite, il y a eu une année d'apprentissage dans la circonscription, connaître les gens, les maires, les organismes, les enjeux et voir comment on organise notre travail par rapport à tout cela et ce qui relève de la juridiction fédérale. Ça été très difficile pour tout le monde.»
Mais cela dit, la députée se félicite toujours d'avoir changé de formation politique, elle qui travaillait pourtant pour le NPD depuis une bonne dizaine d'années. «Jamais je n'aurais imaginé la rigidité de ce parti-là. Le NPD nous traitait (et il le fait encore) comme si on était des enfants. J'ai 71 ans, j'avais l'impression d'en avoir 8. C'est pas des farces. Ils faisaient leur check list au moment de voter. Ça n'avait plus de bons sens et moi je n'étais plus capable.»
Lise St-Denis dit aussi qu'elle ne pouvait plus supporter de devoir toujours voter «contre», sous prétexte qu'elle était dans l'opposition.
«En plus, ils n'avaient rien à proposer en échange. Quand Stéphane Dion proposait un remaniement des députés, ils votaient contre sans avoir rien à proposer. Ça, je trouvais ça difficile. Aussi de ne jamais participer aux discussions. Au NPD, au moment de voter, il nous tombait un petit papier des cieux, et on nous disait: «tu votes comme ça», point à la ligne. Tandis qu'avec les libéraux, je peux participer aux discussions et je sais pourquoi je vote pour ou contre.»
Donc, même si les libéraux sont «dans le creux des creux», Lise St-Denis est heureuse avec cette formation où elle est critique en éducation préscolaire et garderie, et attend avec impatience un nouveau chef dont elle espère qu'il aura de la profondeur. «Sinon, ça ne pourra marcher», prédit-elle.
En un an, la députée a tout de même fait des efforts pour se rapprocher de ses électeurs, surtout que quelques-uns n'ont pas encore digéré son changement d'allégeance.
Elle a entre autres réuni plusieurs maires à Shawinigan pour tenter de faire le point. Si tous n'ont pas répondu à l'appel et si certains, dont le maire de Shawinigan, sont restés un peu sur leur quant-à-soi, l'exercice a tout de même permis de briser la glace. Mme St-Denis a aussi jusqu'à maintenant fait preuve d'une remarquable ouverture d'esprit envers la communauté autochtone dont elle a rencontré les leaders à plusieurs reprises. (Elle aimerait une présence autochtone au Festival western de Saint-Tite).
«Je suis mieux connue et de plus en plus sollicitée et c'est difficile de dire non.» Pour l'instant, la question des coupes au centre fiscal de Shawinigan la préoccupe au plus haut point. Elle discute aussi régulièrement du difficile dossier des communications (téléphonie sans fil et Internet) en région rurale, de bureaux de poste et de foresterie.
Sera-t-elle sur les rangs dans trois ans? «Je suis incapable de vous répondre, sinon que je prendrai une décision responsable», assure-t-elle.
Un gouvernement désespérant
Lorsqu'on demande à Lise St-Denis comment elle voit les trois prochaines années avec un gouvernement conservateur majoritaire, elle avoue que les libéraux trouvent la situation un peu désespérante.
«Les conservateurs nous mentent en pleine Chambre des communes. Voyez avec les chasseurs F-35. Sur le plan individuel, on peut leur parler mais comme gouvernement catholique, royaliste... Devant cela, les libéraux essaient de réunir les gens pour faire des actions communes. Il se fait beaucoup de travail en comité parlementaire. On tente d'établir des liens positifs. C'est là que peut se faire du travail positif.»