Cet ex-officier du Cadre des instructeurs de cadets, de 1990 à 2012 et ex-enseignant du Mont-Bénilde, est bien déterminé à organiser une mobilisation de la région, voire même du
Québec, pour s'opposer à cette décision.
«On s'attendait éventuellement à un déménagement pour des raisons économiques, mais quand j'ai vu le communiqué de presse, je me suis dit: Ça ne se peut pas. On retourne 40 ans en arrière», raconte-t-il.
À titre d'ancien officier, M. Caron a fait une demande de libération hâtive aux Forces armées canadiennes pour ne plus être assujetti à un droit de réserve, ce qui lui permet maintenant de parler de ce dossier ouvertement dans les médias.
Éric Caron croit fermement que la raison de la fermeture du NCSM Québec n'est pas de nature économique, du moins pas entièrement.
C'est que cette annonce, constate-t-il, s'ajoute à la fermeture du Centre de sauvetage de la Garde côtière de Québec et de l'Établissement Leclerc, pénitencier à sécurité moyenne de Laval. «Le gouvernement Harper désire-t-il punir le Québec pour ses résultats médiocres dans la Belle province» lors des dernières élections fédérales, se questionne-t-il.
Au cours de la semaine prochaine, M. Caron entend donc tenir une conférence de presse afin de mobiliser le milieu pour contrecarrer cette décision.
Le camp d'été représente en effet 1,5 million $ par année d'impacts économiques pour la région de Bécancour et de Trois-Rivières, signale-t-il, que ce soit en termes d'alimentation, de salaires ou d'achats locaux.
Éric Caron conteste les chiffres d'Ottawa selon lesquels cette fermeture représente une économie de 2 millions $. «Les salaires devront être payés quand même. Il n'y a pas moins d'officiers qui vont s'occuper des jeunes. La majorité des emplois devront être occupés quand même, mais ailleurs qu'à Bécancour», fait-il valoir.
Bien qu'il soit d'accord avec la levée de boucliers qui s'amorcera sous peu dans la région, le député bloquiste Louis Plamondon soupçonne que l'argument économique dans cette affaire n'arrivera pas à ébranler les colonnes du temple. «Lorsqu'une décision a été prise et inscrite dans un budget, c'est extrêmement rare qu'on puisse virer de bord. L'argument économique, de retombées dans la région, ne tiendra pas parce qu'ils vont dire qu'ils coupent partout. Le seul argument qui puisse tenir c'est l'aspect du camp francophone», estime le député de Bas-Richelieu-Nicolet-Bécancour.
Le Canada compte en effet cinq camps d'été des cadets de la marine et celui de Bécancour est le seul camp francophone, signale M. Caron.
«En 1976, ce camp a été fondé par le Commander Émilien Paradis qui souhaitait que nos cadets de la marine puissent avoir un camp francophone en milieu français. Il a été appuyé par le général Jean Victor Allard, le premier chef d'État major de la Défense nationale francophone qui a lutté pour une plus grande place du français au sein des Forces», rappelle-t-il. «Là, on jette tout ça du revers de la main.»
Conséquences
Pour les cadets, les conséquences seront grandes, prévoit Éric Caron.
Les camps de deux semaines seraient déplacés à Bagotville ou à Valcartier, dans un milieu où les jeunes ne connaîtraient plus personne.
Les cadets plus âgés demandant des cours plus spécialisés devront se résigner à les suivre dans un camp anglophone à l'extérieur du Québec. Même si, pour l'instant, on affirme que ces cours seront en français, n'empêche que le milieu de vie, lui, sera anglophone avec les difficultés que cela peut
représenter, autant pour les cadets que le personnel, fait valoir M. Caron.
On peut d'ailleurs se demander si les officiers francophones, qui sont pour la plupart des pères de famille, vont aller passer des semaines dans d'autres provinces pour donner de la formation.
«Permettez-moi d'en douter», dit M. Caron.
Ce dernier soupçonne que la décision du gouvernement fédéral de fermer le camp du Mont-Bénilde repose sur le fait qu'il y a un peu moins de cadets dans les camps d'été et qu'il faut remplir les espaces vides.
Environ 450 cadets effectuaient un camp au Mont-Bénilde chaque été. Ils étaient encadrés par une centaine de cadets-cadres et d'officiers.