La fameuse proposition du maire, Michel Angers, a été présentée aux membres du Comité sur le bruit hier après-midi, qui se réunissaient enfin pour la première fois depuis que Transport Canada a annoncé sa création, en juin 2009. La rencontre a duré 90 minutes et au terme des échanges, tout le monde a convenu de se revoir le 4 mai afin de connaître la position des deux entreprises directement concernées, Aviation Mauricie et Bel Air Laurentien Aviation.
Bonne nouvelle, personne n'a claqué la porte et toutes les parties invitées étaient représentées à ce rendez-vous de la dernière chance. Par contre, impossible de dégager une tendance claire à la suite de cette rencontre, puisque les représentants des deux transporteurs préfèrent analyser attentivement la proposition avant de donner leur position.
Depuis 2009, les vols d'hydravions touristiques sont permis au lac à la Tortue entre 9 h et 12 h et entre 14 h et 17 h. En juin, juillet et août cependant, ils sont interdits la fin de semaine et pendant les jours fériés.
Les deux entreprises se sentent à l'étroit dans ce carcan depuis le début. De son côté, la Coalition contre le bruit déplore que ces restrictions puissent être outrepassées en toute impunité.
La Ville propose donc d'abandonner le cadre horaire quotidien, ce qui permettrait plus de flexibilité aux entreprises. Par contre, elle demande à ces dernières d'interrompre totalement les vols touristiques au lac à la Tortue en juillet et en août. Elle veut inciter les transporteurs à concentrer les vols touristiques au lac à la Tortue, pour ainsi éviter l'étendue des activités sur d'autres plans d'eau du territoire de Shawinigan, comme des résidents du secteur Grand-Mère l'ont vécu sur la rivièreSaint-Maurice l'an dernier.
La Ville veut aussi obliger les transporteurs à décoller à partir du centre du lac en tout temps. Enfin, elle demande au Comité sur le bruit de limiter à deux le nombre de transporteurs pouvant effectuer des vols touristiques dans le secteur désigné.
Analyse
Après la rencontre, tant Jacques Picard, président d'Aviation Mauricie que Fred St-Onge fils, président de Bel Air Laurentien Aviation, ne voulaient pas précipiter leurs réactions.
«Il faut étudier ça pour voir ce que ça implique sur le plan de notre rentabilité», explique M. St-Onge. «Rien n'a été voté. Mais ils veulent mettre un peu plus de restrictions. Déjà que celles que nous avions sont assez imposantes. Mais il faut voir l'impact que ça aurait sur notre compagnie.»
«C'est intéressant de voir que tout le monde veut trouver un terrain d'entente, mais pour ce qui est des propositions, il faut d'abord les analyser», commente M. Picard. «Ils en enlèvent sur un bord et ils en ajoutent sur un autre. À froid, on ne peut pas répondre tout de suite.»
De son côté, Michel Angers semblait satisfait d'avoir ouvert les discussions. La Ville pourrait accepter une contre-proposition le 4 mai, mais elle souhaite que les mesures avancées hier servent de base de discussion.
«Nous sommes ouverts à des améliorations qui pourraient nous amener vers un consensus», indique le maire. «Si nous avons une résolution consensuelle au Comité sur le bruit, Transports Canada s'engage à respecter cette décision.»
En somme, tout repose sur la bonne volonté des représentants d'entreprises, qui doivent évaluer jusqu'où ils peuvent aller pour assurer une certaine paix sociale dans ce débat.
«Si nous avons deux transporteurs sur un lac qui peuvent faire des vols touristiques et des citoyens qui peuvent avoir deux mois de congé, ça pourrait être une situation de compromis acceptable pour tout le monde», croit le maire.
Bien que les transporteurs veuillent se donner le temps de bien étudier la proposition soumise par la Ville de Shawinigan, la Coalition contre le bruit n'a pas senti de débordement d'enthousiasme pendant la rencontre.
«En fait, les deux opérateurs ont tout de suite mentionné que ces mesures ne seraient pas applicables», avance-t-il. «Ils n'étaient pas du tout chauds à l'idée. Je les comprends, la proposition leur coupe deux mois complets! De notre côté, il faudra se référer aux membres, mais j'ai bien l'impression que les remarques seront les mêmes. Nous sommes mieux avec les restrictions actuelles qu'avec ce qui nous est proposé. Il n'y a rien de magique là-dedans.»
«Ça n'améliore pas la situation», ajoute M. Rainville. «Si on fait un comité sur le bruit, ce n'est pas pour diminuer nos acquis! Je pense qu'avec ça, on perd du terrain.»
M. Rainville pense que la Coalition contre le bruit pourrait travailler sur une contre-proposition. Il rappelle que le mouvement vise toujours l'interdiction totale des vols touristiques d'hydravions, même si les représentants de Transports Canada ont pris bien soin de confirmer les droits des deux entreprises en cause hier après-midi.
«On serait peut-être prêt à autre chose, mais ne faudrait-il pas faire une recherche pour un autre site?», questionne-t-il.
Un citoyen de Hérouxville participait aussi à cette rencontre, de même que le maire, Bernard Thompson. Si le bruit touche un peu moins les riverains de cette municipalité qui englobe l'extrémité est du lac, certaines manoeuvres peuvent indisposer des citoyens.
«Parfois, ça passe au-dessus et c'est très, très serré», relate M. Thompson.
«Nous ne sommes pas les plus affectés, mais c'est normal de s'impliquer et d'essayer de trouver une solution rentable pour tout le monde.»