Des constats inquiétants

De gauche à droite, on voit Émilie Marin,... (PHOTO: FRANÇOIS GERVAIS)

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De gauche à droite, on voit Émilie Marin, Sylvain Bérard, Julie Ann Pagé, Odette Poulin et Sylvie Houde, anciens employés de Narconon Trois-Rivières.

PHOTO: FRANÇOIS GERVAIS

Paule Vermot Desroches
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Tout ne tournait pas si rondement à l'intérieur des murs de Narconon au cours des derniers mois. C'est du moins ce qu'on retient du témoignage d'employés du centre qui, au lendemain de leur congédiement précipité, ont tenu à venir dénoncer publiquement la situation au Nouvelliste.

D'entrée de jeu, les employés ont voulu défendre le programme proposé par Narconon, comme étant un programme efficace qui a maintes fois donné d'excellents résultats, mais que l'administration du centre laissait grandement à désirer, allant parfois à mettre la sécurité de certains résidents et d'employés en jeu, selon eux.

Sylvain Bérard, officier d'éthique, affirme qu'il y avait déjà un moment que Narconon présentait des problèmes financiers, si bien que l'organisme, au cours des derniers mois, aurait même admis entre ses murs des cas plus lourds, psychiatriques.

«Certains de ces cas n'étaient pas admissibles au programme, puisqu'il fallait leur couper leur médication. Mais la direction a choisi de les garder quand même. On a eu des tentatives de suicide à plusieurs reprises depuis quelques mois. Selon la loi, il fallait leur fournir une assistance médicale immédiate, mais la direction décidait de les garder sans appeler l'ambulance», stipule l'ex-employé.

Sa collègue Julie Ann Pagé se souvient d'un cas, remontant à moins de dix jours, où une résidente aurait fait au moins deux tentatives de suicide dans la même journée, sans que le cas ne soit référé à l'hôpital. Lors de pareils cas, Mme Pagé soutient que la faute était mise sur les employés, sous prétexte qu'ils n'auraient «pas assez délivré».

«Nous, on croit en ce qu'on fait, et on le fait pour nos résidents, pour les familles, parce qu'on croit que chacun peut être réhabilité. Mais nous avons été traités comme des trous de cul, comme des moins que rien», signale Julie Ann Pagé, qui était notamment responsable du sevrage chez Narconon.

Tous les employés assis autour de la table disent n'avoir reçu aucune paye depuis au moins six semaines, en plus du 4 % qui leur est dû lors de la cessation d'emploi. Hier matin, ils se sont présentés au bureau des Normes du travail afin de connaître les recours possibles.

«C'est arrivé à plusieurs reprises qu'on ne reçoive pas nos payes à temps. Mais on se faisait promettre toutes sortes de choses. C'était mensonge par dessus mensonge. Il ne fallait pas en parler entre nous, au risque d'être congédiés», se souvient Sylvie Houde.

Les finances auraient été si mal gérées qu'à l'automne, Julie Ann Pagé et une autre collègue auraient été forcées d'aller elles-mêmes se débarrasser des poubelles du centre, qui n'aurait pas eu les moyens de payer pour faire vider les conteneurs à déchets. Sylvain Bérard se souvient aussi qu'en 2009, les bénéficiaires auraient été contraints de manger, pendant un mois complet, du boeuf haché aux repas, et ce, même si chacun pouvait dépenser entre 20 000 $ et 30 000 $ pour leur séjour.

«Nous n'avions pas droit à notre opinion personnelle. La seule chose qui comptait, c'était leur enseignement de la Scientologie. Il ne faut pas faire aux autres ce qu'on ne voudrait pas se faire faire. C'était une de leurs règles à l'interne. Mais eux-mêmes ne la mettent pas en application. Ils n'ont aucun respect pour nous ou les résidents», ajoute Sylvie Houde.

«On joue avec la vie du monde»

Alors que les employés de Narconon étaient au Nouvelliste, le téléphone cellulaire de l'un d'eux a sonné. Au bout du fil, une femme de la région des Maritimes s'inquiétant de ne pas avoir de nouvelles de son frère, en thérapie à Trois-Rivières. L'homme en question avait été envoyé au centre de Calgary. Les membres de la famille n'avaient pas été avisés, et personne ne répondait au centre trifluvien pour les rassurer.

Le découragement était perceptible autour de la table. «Il n'y a pas meilleur exemple pour montrer le genre de gestion qui se passe là. En ce moment, ils sont en train de sortir tous les dossiers du centre, des dossiers confidentiels qu'ils ne veulent pas que personne voit, parce que c'est géré tout croche», constate Odette Poulin.

Cette dernière rappelle que chaque employé a eu à signer un contrat avec l'organisme, dans lequel il leur était notamment interdit de parler aux médias. «Nous ne devions rien révéler à la presse. Aujourd'hui, on le fait quand même, pour les parents et les étudiants, mais aussi pour les employés. Nous avons été traités comme des moins que rien», déplore Julie Ann Pagé. «On n'a même pas eu un merci, une lettre de référence», ajoute Odette Poulin.

Sa collègue Émilie Marin, qui avait remis sa démission de Narconon le 30 mars dernier, souligne toutefois que les reproches adressés à l'administration ne concernent que Narconon Trois-Rivières, et ne s'appliquent pas forcément aux autres centres situés un peu partout dans le monde.

Sylvain Girard, quant à lui, soupçonne que l'administration trifluvienne se tourne maintenant vers Toronto pour ouvrir un nouveau centre. «C'est ce qui est le plus dangereux, à mon avis, car ils vont ouvrir ailleurs au Canada. Il faut que tout le pays soit au courant de ce qui se passe. Moi, le programme, j'y crois fermement. Je crois qu'une personne ne doit pas être guérie de sa toxicomanie par la prise d'autres médicaments. Le programme de Narconon est un programme logique. Mais il était temps que le gouvernement ferme ça, parce que des cas psychiatriques, ça ne cadre plus dans nos compétences. C'était devenu dangereux», signale M. Bérard. «On joue avec la vie du monde», ajoute Julie Ann Pagé.

Le Nouvelliste a une nouvelle fois tenté d'entrer en contact par téléphone et courriel avec la direction pour lui offrir de répliquer, mais en vain.

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