Le non-renouvellement du bail pour l'utilisation des locaux de l'ancienne école secondaire Mont-Bénilde signifie donc la disparition du seul camp francophone du genre au Canada, une situation que déplore au plus haut point le député de la circonscription Bas-Richelieu-Nicolet-Bécancour.
«C'est un manque de sensibilité. C'est quasiment un je-m'en-foutisme du fait français dans l'armée canadienne», a indiqué le député, hier.
Même s'il est prévu que les formations offertes à Bécancour se tiendront dans d'autres camps à compter de 2013 et qu'elles seront données en français selon la demande, le doyen de la Chambre des communes en années
d'expérience parlementaire doute que ce plan soit bien adapté à la réalité.
«Quand on parle de ces formations, on parle souvent de la relève pour l'armée canadienne. Et tout cas, on coupe un accès aux francophones. On se rappellera l'histoire du Collège militaire à Saint-Jean-sur-Richelieu. Les libéraux avaient cependant compris leur erreur et l'avaient rouvert en partie. Lorsqu'on envoyait des gens en formation en Ontario, c'est pas vrai que ça se faisait en français. Ça se passait en anglais. Ça va être la même chose. Je ne suis pas certain que les jeunes cadets qui allaient à ce camp vont s'expatrier pour pouvoir vivre ces bons moments-là», a mentionné M. Plamondon.
Bien qu'un peu moins incisif que le député, le maire de Bécancour, Maurice Richard, abonde dans le même sens.
«Actuellement, ce sont des centaines de jeunes qui transitent par Bécancour parce que c'est le seul camp francophone. Là, le gouvernement canadien vient dire qu'il n'y a plus de camp francophone. On peut bien dire qu'il y en a qui iront en Nouvelle-Écosse et qu'ils pourront faire ça en français s'ils le veulent, mais ils seront dans un milieu anglophone. Ça ne sera pas une immersion francophone comme ici. Pour moi, c'est ça qui est la préoccupation principale», déplore-t-il.
«Ils auraient pu nous le dire avant»
Bécancour - La fermeture prévue en 2013 du centre d'instruction d'été des cadets de la marine entraînera la perte de retombées économiques importantes pour Bécancour ainsi que pour les Frères des Écoles chrétiennes, les propriétaires de l'ancienne école secondaire Mont-Bénilde, qui se retrouveront sans locataire pour les locaux qu'occupent les cadets de la marine pendant tout l'été, et ce, depuis plus de 30 ans.
Bien que le non-renouvellement du bail pour la location des locaux de l'école secondaire qui est fermée depuis 2008 peut être attribué aux compressions budgétaires au ministère de la Défense nationale découlant du dernier budget fédéral, le directeur du Mont-Bénilde, le frère Louis-Paul Lavallée, avoue qu'il s'attendait un peu à ce que cette nouvelle tombe un jour ou l'autre.
«Hier (jeudi) matin à 8 h 30, il y a un lieutenant-colonel qui s'est présenté ici. Mais ça n'a pas été une grosse surprise. On voyait venir les choses. Notre contrat était sur le point de finir et on essayait de le renégocier, mais ça traînait. Je pense qu'ils le savaient et que les coupes du budget ont favorisé la décision. Mais ce sont des choses dont j'avais entendu parler il y a au moins deux ans. Ils parlaient de regrouper les cadets à Bagotville et à Valcartier. Ils auraient pu nous le dire avant», a laissé tomber, hier, le frère Lavallée.
Même s'il se doutait que le bail n'allait pas être renouvelé, le frère Lavallée aurait bien aimé que l'association entre les cadets de la marine et l'institution qu'il dirige se poursuive encore pendant plusieurs années. Dans cette optique, il indique que les membres de sa communauté auraient apprécié que le nouveau bail soit d'une durée de 10 ans. Ce dernier a d'ailleurs indiqué que plusieurs améliorations avaient été apportées au cours des années afin de répondre aux besoins des cadets. D'importants travaux dans les cuisines de l'institution ayant nécessité un investissement se chiffrant entre 300 000 $ et 400 000 $ ont notamment été effectués il y a à peine quelques années, soit après la fermeture de l'école.
«Étant donné que c'était un mouvement d'éducation et que notre communauté est orientée sur l'éducation, c'est certain que nous avons investi beaucoup pour leur faciliter la tâche. Mais ils ont investi eux aussi. Ce qui est dommage, c'est que nous avons déjà eu des demandes de location mais nous les refusions toujours afin de favoriser les cadets. Mais là, ils viennent de prendre une décision et ça vient de s'éteindre», a-t-il dit sur un ton résigné.
Le maire de Bécancour, Maurice Richard, a indiqué quant à lui que le départ prochain du camp des cadets constitue une très mauvaise nouvelle pour sa communauté. En plus de donner du travail à près d'une cinquantaine de personnes pendant l'été, ce qui en fait quasiment une PME selon le maire, le camp des cadets entraînait des retombées économiques non négligeables. Son départ représente donc une perte au niveau économique régional selon lui.
«Ils sont également les locataires du quai de Sainte-Angèle pendant toute la saison pour leurs exercices sur le lac Saint-Pierre. Ils avaient également des ententes avec la Ville, notamment pour l'usage de l'aréna, quand il y avait de la pluie. La Ville de Bécancour a été partenaire avec le camp des cadets depuis le tout début. Depuis des décennies, le milieu s'est acclimaté à ça, à leurs parades et à leur présence. Il y aura également un impact pour les commerçants de Bécancour et d'ailleurs dans la région. Ces jeunes-là sortaient et allaient manger au restaurant. Il y a tout un impact régional», explique celui qui faisait partie de ceux qui avaient fait les démarches pour attirer le camp à Bécancour au début des années 1980.
Plan B
Maintenant mis devant le fait accompli, les Frères des Écoles chrétiennes devront déterminer ce qu'ils feront avec ce grand bâtiment une fois que les cadets auront quitté. Bien qu'une partie de l'endroit a récemment été aménagée afin d'accueillir des bureaux administratifs du Centre jeunesse de la Mauricie et du Centre-du-Québec, le frère Lavallée espère attirer un ou des nouveaux locataires afin de pallier le départ du camp des cadets.
«On va voir ce que nous allons faire avec ça. Je ne sais pas ce que sera le plan B. Le conseil d'administration va se réunir prochainement. On a un an pour se retourner de bord et eux ils ont un an pour ramasser leurs pénates», conclut le frère Lavallée.