En affaires depuis 1932, l'épicerie J.D. Gélinas est à elle seule un phénomène commercial local. Après 80 ans en affaires, le petit commerce continue encore et toujours à tirer son épingle du jeu, pendant que tant d'autres ont préféré tirer leur révérence. Le secret: offrir le petit plus que les autres n'offrent pas nécessairement.
Pour Benoît Demontigny, le propriétaire, ce petit plus passe par la livraison chez les clients sans que ceux-ci n'aient à se déplacer.
«Pas loin de 70 % de notre clientèle, ce sont des livraisons. Nous avons deux lignes téléphoniques pour nos clients et nous prenons leurs commandes par téléphone pour ensuite aller leur livrer», explique celui qui travaille pour cette épicerie depuis l'âge de 15 ans.
À cette époque, son père en était le propriétaire. En 1979, le marché est devenu une compagnie et le père a proposé à son fils d'avoir des parts dans l'épicerie. Déjà à cette époque, la livraison était la marque de commerce de ce petit épicier.
«J'avais 15 ans et je fréquentais l'école Sainte-Ursule. Quand je terminais l'école, je descendais à l'épicerie et je prenais ma bicyclette pour aller faire les livraisons. Aujourd'hui, je suis un peu mieux équipé», lance-t-il, en jetant un coup d'oeil à son camion lettré, sa meilleure publicité, confie-t-il.
«Les gens voient le camion qui se promène, ils téléphonent pour se renseigner. J'ai rarement eu à faire de la publicité. Ça se passe toujours par le bouche-à-oreille, et aussi par la visibilitéqu'apporte le véhicule», résume-t-il.
Et qu'on se détrompe! Sa clientèle ne se limite pas qu'aux personnes en perte d'autonomie qui ne sont plus en mesurede se déplacer pour faire les courses.
«On en a de tous les âges. J'ai aussi de jeunes familles qui n'ont qu'une seule auto. Quand le papa est au travail, la maman ne peut pas se déplacer pour aller faire l'épicerie. C'est vraiment varié comme clientèle et on offre le service. On n'a pas à questionner les raisons qui font que les gens préfèrent la livraison», soutient-il.
Mais l'augmentation du coût de la vie rattrape forcément n'importe qui en affaires. Lorsque l'essence a franchi la barre du 1 $ le litre, il y a quelques années, M. Demontigny a dû faire des choix.
«On a consulté notre clientèle avant. Mais il fallait prendre une décision. Soit on augmentait le tarif de livraison, soit on diminuait le nombre de déplacements», explique-t-il. En bout de ligne, certains secteurs de la ville où le camion se rendait deux fois par jour sont maintenant desservis une seule fois dans la journée. «Nos clients ont préféré s'adapter à ces nouvelles disponibilités plutôt que de voir les prix augmenter», constate le propriétaire.
Trois employés sont nécessaires à faire rouler ce petit commerce. M. Demontigny y travaille comme boucher, son épouse s'occupe de concocter des plats préparés et prêts à emporter, et un troisième employé s'occupe des livraisons et de tenir les tablettes bien garnies.
«Et on a appris avec le temps à limiter nos heures d'ouvertures. S'il fallait ouvrir en même temps que tous les autres, on coucherait là! Par exemple, on n'ouvre pas le dimanche. C'est à nous à se fixer nos limites, et notre clientèle est très respectueuse de ça», se réjouit l'épicier.