Car si l'Association générale des étudiants s'est déjà prononcée contre la hausse des frais de scolarité, et donc en faveur de la tenue de cette grève, force est de constater que les points de vue sont totalement divisés à l'intérieur même des murs de l'établissement collégial. Une situation qui a d'ailleurs forcé l'AGE à revoir ses stratégies de communication, à la demande de ses membres, pour que les arguments des deux clans puissent être entendus.
«Nous nous étions déjà positionnés à plusieurs reprises. Par contre, la semaine dernière, la demande est venue des étudiants de pouvoir aussi exprimer les arguments en opposition à la grève», note Julien Bayard, secrétaire général de l'AGECTR. Ainsi, d'immenses tableaux blancs ont commencé à faire leur apparition au Cégep, divisés entre les «pour» et les «contre», permettant aux étudiants d'écrire leurs arguments et de se positionner. Le débat tenu hier matin s'inscrivait également dans cette optique.
Un débat qui a soulevé les passions, tant d'un côté que de l'autre. «La grève, c'est dépassé. Ce n'est plus le bon moyen pour se faire entendre. La preuve, c'est que la cause n'a pas avancé et que le gouvernement n'a pas bougé. Allez voir la ministre, négociez directement avec elle et discutez», a soutenu Vincent Landry, un étudiant en techniques d'architecture.
Pour sa part, William Charbonneau croit que si le Québec a fait le choix, dans les années 70, de se doter d'un système d'éducation accessible à tous, la nouvelle génération se doit de perpétuer ce choix de société. «On a choisi l'accès aux études pour que tout le monde, riches comme pauvres, aient les moyens d'aller au cégep et à l'université. À Trois-Rivières, nous sommes bien placés pour comprendre ce que veut dire être touché par la pauvreté. Pourquoi alors freiner l'accès aux études», se demande-t-il.
Parmi les arguments en faveur de la grève, notons également la mauvaise gestion des fonds déjà attribués aux universités, la réduction du nombre de jeunes pouvant avoir accès aux études, l'accès aux études pour les prochaines générations et l'importance de maintenir la pression sur le gouvernement pour le forcer à négocier.
Les étudiants en défaveur ont plutôt fait valoir le danger que la session soit retardée, les impacts d'un tel retard pour plusieurs d'entre eux, spécialement ceux qui achèvent une technique et qui entrent sur le marché du travail, l'évidence nette d'un écart entre les frais de scolarité au Québec et ailleurs au Canada ou même ailleurs dans le monde et la réalité de l'inflation qui doit s'appliquer à tout, y compris les frais de scolarité.
Omnivox
Par ailleurs, le vote qui se tient jusqu'à demain soir sera un vote papier. Les étudiants avaient fait la demande d'obtenir le vote Omnivox, soit un vote secret en ligne, mais des difficultés techniques ont empêché la tenue d'un tel scrutin, soutient Julien Bayard.
«L'important, c'était de permettre aux gens de s'exprimer, ils pourront le faire avec le vote papier», note-t-il. Toutefois, on apprenait hier midi que des étudiants entendaient présenter une pétition afin d'exiger le vote Omnivox, quitte à reporter le scrutin qui se tient jusqu'à demain.
Le scrutin est donc ouvert aujourd'hui et demain de 7 h 30 à 19 h. Les résultats seront communiqués vendredi matin. Advenant un vote favorable, les étudiants seront en grève les 22 et 23 mars, pour participer à une grande manifestation le 22 mars à Montréal. Ils pourraient ensuite prolonger la grève lors d'une autre assemblée générale prévue le 23 mars.