C'est l'étonnant constat qu'avait fait Fox News, en 2010, en étudiant les frais judiciaires astronomiques engendrés par chaque condamnation à la peine capitale, soit entre 2 et 3 millions $ par cas en moyenne.
Or, il en coûte seulement le tiers pour maintenir quelqu'un en prison à vie, selon Charles Pérroud, membre du comité de Coordination pour l'abolition de la peine de mort d'Amnistie internationale.
M. Pérroud est venu exposer ces faits aux étudiants du Cégep de Trois-Rivières à l'invitation du comité local d'Amnistie et de la professeure de philosophie, Natacha Giroux.
En fait, les frais judiciaires entourant la peine capitale sont si élevés que plusieurs États américains ont dû renoncer à la peine de mort pour des questions purement économiques, signale M. Pérroud. En Californie, toutefois, on compte actuellement 700 condamnés à mort. Le gouverneur de l'État a préféré couper dans la santé et l'éducation plutôt que d'abolir la peine de mort, explique-t-il.
Le conférencier d'Amnistie internationale est très en demande depuis la déclaration du sénateur Pierre-Hugues Boisvenu à l'effet que «chaque assassin devrait avoir droit à sa corde dans sa cellule.»
À la suite de ces paroles, qui ont suscité de vifs débats au Québec, Charles Pérroud a tenu à écrire au sénateur Boisvenu pour l'éclairer sur ce qui se passe vraiment dans le couloir de la mort, du moins chez nos plus proches voisins où se pratique la peine capitale.
«Ils n'ont pas besoin d'une corde pour se pendre en prison s'ils veulent vraiment se pendre», dit-il. «Des suicides en prison, il y en a en masse», fait valoir M. Pérroud. Les prisonniers se servent de tout de qui leur tombe sous la main, incluant sacs de poubelles et draps.
Le militant correspond, au nom d'Amnistie internationale, avec de nombreux prisonniers qui sont dans le couloir de la mort depuis des années en attendant leur exécution. Il connaît notamment le cas de Leo Jones qui a confessé un meurtre, mais seulement après avoir été torturé par un policier. Dans son cas, il y avait un autre suspect principal, dit-il, dont la piste n'a jamais été suivie. Les frais pour la peine de mort enlèvent des moyens financiers importants pour les enquêtes et le bon exercice de la loi, signale M. Pérroud en faisant du même coup un clin d'oeil au gouvernement Harper qui accepte désormais les informations obtenues sous la torture.
«C'est très politique, la peine de mort.» Aux États-Unis, «tu ne peux parler contre ça si tu veux gagner tes élections», déplore-t-il.
Si l'on pense que de tuer une personne qui a commis un meurtre peut permettre aux victimes de tourner la page, on se trompe amèrement, ajoute M. Pérroud.
Ce dernier a connu des proches de Troy Davis, un condamné à mort sur la foi de témoins douteux. Ses parents sont tous deux morts des suites d'une dépression tandis que ses soeurs sont désormais traitées sans raison comme des criminelles, raconte le conférencier. Quant aux proches des victimes, elles en ont pour des années, à se présenter régulièrement en cour, avant d'en arriver à obtenir la peine capitale pour l'agresseur.
Et «le taux d'erreurs judiciaires est de 5 %», rappelle-t-il.
Parfois, la justice peut être corrompue. Un laboratoire de Houston a été reconnu coupable, en 2008, d'avoir falsifié des preuves dans le cas de tests d'ADN reliés à un condamné à mort, raconte M. Pérroud,
Depuis 1973, 140 personnes ont été libérées aux États-Unis après avoir passé des années, parfois des décennies, dans le couloir de la mort. Ces personnes sont devenues si démunies qu'elles s'organisent pour retourner en prison parce qu'elles ne connaissent rien d'autre. Elle quittent la prison avec 100 $ en poche, un t-shirt et un jeans pour redémarrer leur vie. «La plupart deviennent itinérants ou sombrent dans l'alcool ou la drogue», signale Charles Pérroud.
«La peine de mort constitue le moyen le moins efficace de réduire les crimes violents», analyse-t-il. Elle a des retombées tant sur les victimes que sur les familles et sur toute la communauté au bout du compte, fait-il valoir.