La rocambolesque épopée de Ruth Ellen Brosseau

Ruth Ellen Brosseau s'est avérée une des personnalités... (Photo: Stéphane Lessard)

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Ruth Ellen Brosseau s'est avérée une des personnalités les plus marquantes de l'année 2011 sur la scène politique.

Photo: Stéphane Lessard

(Louiseville) À pareille date l'an dernier, Ruth Ellen Brosseau travaillait comme assistante-gérante d'un pub universitaire de la région d'Ottawa. Huit mois après son improbable élection du 2 mai, alors qu'elle a défrayé les manchettes nationales pour un voyage à Las Vegas en pleine campagne électorale ou encore en raison de son unilinguisme, la députée de Berthier-Maskinongé semble de plus en plus confortable dans son siège de politicienne, tant sur la colline parlementaire d'Ottawa qu'à son bureau de comté, à Louiseville, alors qu'elle représente plus de 90 000 électeurs. Entrevue avec cette jeune néo-démocrate de 27 ans qui s'est avérée une des personnalités les plus marquantes de l'année 2011 sur la scène politique.

La mouvementée session parlementaire étant maintenant derrière elle, Ruth Ellen Brosseau renoue, l'instant de quelques jours à l'occasion de la période des Fêtes, avec son rôle de mère monoparentale. Un rôle qui a cruellement manqué à la jeune femme de 27 ans depuis qu'elle a accédé au poste de députée de Berthier-Maskinongé, le 2 mai dernier.

Après huit mois qui ont filé à la vitesse de l'éclair, au cours desquels elle a dû apprendre les rudiments d'un métier complexe dont elle ne connaissait presque rien en plus d'apprivoiser le français, la députée néo-démocrate en a profité notamment pour célébrer l'anniversaire de sa mère (23 décembre), pour passer un peu de temps avec sa famille à Gatineau et aussi dévaler les pentes en planche à neige en compagnie de son fils, Logan.

«J'ai vraiment hâte de voir ma famille et mon fils. Je ne les ai pas vus tant que ça depuis le 2 mai», lançait-elle à quelques heures de Noël, assise dans son bureau de la avenue Saint-Laurent, à Louiseville.

Avec les longues journées à la Chambre des communes, en plus des nombreux séjours dans son comté - elle mentionne visiter Berthier-Maskinongé à chaque week-end en plus d'y passer une semaine complète par mois - les échanges mère-fils ont été beaucoup moins fréquents.

«Il est fier de sa maman, mais il a trouvé les dernières semaines de session parlementaire difficiles car je n'étais pas à la maison et, les fins de semaine, j'étais dans le comté. En tant que mère monoparentale, je suis tout pour lui. Au début, il ne comprenait pas ce qui se passait. Maintenant, je veux l'impliquer le plus possible, mais sans le pousser. Je l'invite parfois quand il y a des réceptions au parlement, par exemple», indique Mme Brosseau qui, à pareille date l'an dernier, travaillait comme assistante-gérante dans un pub universitaire de la région d'Ottawa.

À l'assaut de la députée

Plongée en plein tourbillon médiatique depuis son improbable victoire électorale, Ruth Ellen Brosseau a été la cible de virulentes critiques qui fusaient de toutes parts.

Voyage à Las Vegas par-ci, unilinguisme par-là, elle s'est retrouvée sous les projecteurs alors que ses moindres gestes étaient scrutés à la loupe.

«Après le 2 mai, il y avait beaucoup de pression et d'attention médiatique. J'avais une vie privée et le lendemain, elle est devenue publique. C'était vraiment intense. On me chassait un peu... comme si j'étais un lapin», image-t-elle.

Bien qu'elle avoue s'être bâti une carapace pour affronter l'opinion publique, la députée néo-démocrate raconte que ses parents ont grandement été affectés par cette situation. «Ils en parlaient beaucoup. Ils étaient vraiment nerveux et inquiets. Ils voulaient savoir comment je me sentais avec tout ça. Maintenant, ils sont vraiment fiers», laisse-t-elle tomber.

Malgré toute l'attention qui a été dirigée vers son voyage à Las Vegas et son absence dans le comté lors de la campagne électorale, Ruth Ellen Brosseau explique qu'elle ne changerait rien au passé.

«Je suis une personne qui vit sans regret. Je suis une mère monoparentale qui n'avait pas l'argent pour faire une campagne, ni la chance de prendre du temps hors de mon travail. C'est allé plus loin que je pensais avec Vegas et les autres trucs comme ça. Pour moi, la page est tournée depuis longtemps. Il y a toujours des candidats poteaux, mais je peux dire que je ne suis pas une députée poteau. Je peux maintenant faire des entrevues avec plus de substance et parler des enjeux», souligne la députée.

Direction du NPD: pas encore fixée

Néanmoins, la représentante de Berthier-Maskinongé n'a toujours pas pris position dans la course à la direction du Nouveau Parti démocratique.

Le 22 août, la scène politique fédérale a été fortement ébranlée par le décès du charismatique Jack Layton, tout particulièrement ses troupes néo-démocrates. La tâche s'annonce donc doublement ardue pour la personne qui remplacera M. Layton au sein de ce groupe qui compte plusieurs recrues politiques.

«On a perdu un membre de notre famille qui était notre chef, notre ami, notre mentor. Tout le monde a vraiment été touché par son décès. On ne peut pas remplacer Jack, mais on doit tourner la page et trouver quelqu'un qui peut porter les valeurs que Jack avait installées. C'est important de trouver quelqu'un de bilingue, rassembleur et qui peut se battre contre Harper», croit la députée Brosseau.

Depuis le tsunami orange qui a balayé le Québec, l'intérêt néo-démocrate semble s'essouffler quelque peu comme en témoignent certains sondages. Malgré tout, Ruth Ellen Brosseau garde le cap et ne se laisse pas impressionner par ces résultats.

«Ça ne m'inquiète pas du tout. C'est juste un sondage et non pas la fin du monde. Lorsque nous allons avoir un nouveau chef, je pense que ça va aider. Il faut tourner la page et avancer», clame-t-elle, dans un français de plus en plus fluide.

D'ailleurs, son lien avec Jack Layton demeure bien présent puisqu'elle profite de l'expertise du même professeur qui avait enseigné le français à son regretté chef néo-démocrate.

Après une semaine intensive d'immersion totale dans une famille de Saint-Jean-sur-Richelieu, au lendemain des élections, Ruth Elle Brosseau poursuit son apprentissage à raison de trois sessions par semaine.

«Ça fonctionne 100 % en français dans mes deux bureaux (Ottawa et Louiseville)!», raconte-t-elle, bien fière des progrès qu'elle a faits dans la langue de Molière depuis le 2 mai dernier.

Frustrants, ces conservateurs

La carrière de politicienne de Ruth Ellen Brosseau a véritablement pris son envol le 14 juin dernier. C'est cette date pourtant anodine qui a marqué l'entrée en scène de la députée de Berthier-Maskinongé au parlement alors qu'elle a posé sa toute première question en Chambre des communes. Un moment qui a profondément touchée la jeune néo-démocrate.

«J'étais tellement nerveuse. Je croyais que mon coeur allait sortir de mon corps. C'était un moment incroyable pour moi. Tout le monde s'est levé pour m'applaudir. Maintenant, quand je me lève en chambre, j'ai plus confiance en moi», indique la députée qui avait alors effectué une intervention à propos d'un centre sportif à Lavaltrie.

Déjà huit mois ont passé depuis son élection et la fibre politique semble s'être emparée de Ruth Ellen Brosseau.

Partant de bien loin, elle souligne apprivoiser à chaque jour son nouveau métier.

«J'ai parlé souvent avec des députés qui sont là depuis longtemps et ils m'ont dit qu'on n'arrête jamais l'apprentissage. Tous les jours sont différents», explique-t-elle, soulignant qu'elle n'hésiterait pas à se présenter aux prochaines élections.

Verte recrue sur la colline parlementaire, la députée de Maskinongé n'a toutefois pas mis de temps à s'imprégner du climat de majorité conservatrice qui règne à Ottawa. D'ailleurs, plus à l'aise dans ses fonctions, elle se permet même d'écorcher le gouvernement Harper en lien avec la fin de session parlementaire fort mouvementée.

«Vers la fin, on était vraiment frustrés avec tous les projets de loi qui étaient poussés. Il y avait de gros projets de loi du gouvernement, mais on n'a pas eu la chance d'en discuter. Les amendements qu'on a apportés n'étaient pas écoutés par les conservateurs. À l'opposition officielle, on fait tout ce qu'on peut, mais les conservateurs sont majoritaires et font tout ce qu'ils veulent», déplore-t-elle, en faisant référence à l'abolition du registre des armes à feu et au projet de loi omnibus en matière de justice.

Création d'emplois

Après un petit repos loin de la frénésie de la colline parlementaire, Ruth Ellen Brosseau entend s'attaquer à quelques enjeux bien précis de son comté à son retour au boulot en 2012, en commençant par le taux de chômage.

«Il y a eu beaucoup de personnes qui ont perdu leur travail et les jeunes sortent du comté pour trouver de la formation et de l'emploi. On doit trouver un moyen pour garder nos emplois et nos travailleurs ici», explique la députée de Berthier-Maskinongé, qui gardera aussi un oeil bien attentif sur les dossiers de la pyrrhotite et de l'Internet à haute vitesse.

Dans un autre ordre d'idées, elle espère également voir disparaître le fléau de l'intimidation dans les écoles. L'agression armée qui est survenue dans son comté, à l'école secondaire L'Escale de Louiseville alors qu'un élève en a poignardé un autre, le matin du 14 novembre, l'a profondément touchée.

«J'ai un petit gars de 10 ans et je ne veux pas qu'il vive dans un monde avec de l'intimidation. Je me suis imaginée si c'était arrivé à mon fils ou un ami de mon fils. On pense que dans un milieu rural, ça ne va pas arriver, mais ça arrive partout. On doit vraiment s'attaquer à ça», note la députée qui est propriétaire d'un condominium à Louiseville depuis l'été dernier.

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