Où aboutit le béton contaminé?

Le destin des débris du béton n'est pas... (Photo: Stéphane Lessard)

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Le destin des débris du béton n'est pas contrôlé.

Photo: Stéphane Lessard

Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Depuis la découverte de pyrrhotite dans les fondations de quelque 850 résidences et commerces, en Mauricie, 196 maisons sous la Garantie des maisons neuves de l'APCHQ ainsi qu'un nombre inconnu de maisons bâties par des autoconstructeurs ont été réparées. Mais personne ne sait exactement où a été acheminé le béton contaminé.

Ni la Garantie des maisons neuves, qui gère le gros des travaux, ni la Régie du bâtiment du Québec, ni la Ville de Trois-Rivières et encore moins le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) n'ont pu nous dire avec précision ce qu'il est advenu du béton en question.

La pyrrhotite, rappelons-le, est un minéral qui gonfle au contact de l'eau et de l'air et qui, lorsque ajouté au ciment en tant qu'agrégat, fait fissurer et détruit les ouvrages de béton.

Toutefois, étant donné que la pyrrhotite est un minéral naturel, «ce n'est pas un contaminant au sens de la Loi sur la qualité de l'environnement», plaide Serge Lévesque, directeur adjoint de l'analyse et de l'expertise régionale Mauricie et Centre-du-Québec au MDDEP.

Ce béton pourrait donc être recyclé et réutilisé ou simplement enfoui, explique-t-il.

M. Lévesque affirme qu'il ne «relève pas du ministère de suivre la destinée de ces résidus-là. Les vérifications du ministère portent uniquement sur ce que le ministère contrôle, comme les contaminants.»

Même son de cloche du côté de la RBQ, précise le porte-parole, Sylvain Lamothe, qui dit ignorer de qui relève la surveillance de ce béton défectueux.

Traçabilité

Sébastien Richer, président du Regroupement des récupérateurs et des recycleurs de matériaux de construction et de démolition du Québec, explique que le béton en question pourrait effectivement être recyclé. Toutefois, s'il est valorisé, donc revendu, «on doit avoir une traçabilité complète du produit», dit-il, notamment «au niveau de la réception du matériau. Il y a des tests qui doivent être faits sur les matériaux de manière régulière.»

«À chaque fois que le matériel est vendu, on doit connaître la destination», dit-il. M. Richer ajoute que depuis 2009, le ministère a «mis en place des lignes directrices sur la gestion des agrégats issus de chantiers de construction, rénovation et démolition.»

En 2001, une norme du Bureau de la normalisation du Québec a été adoptée afin d'assurer la qualité et la performance des matériaux mis en marché, ajoute-t-il.

Même si la pyrrhotite n'est pas considérée comme un contaminant par le MDDEP, ajoute M. Richer, le béton qui contient de la pyrrhotite ne pourrait quand même pas être utilisé «si jamais l'indice de portance, la dureté du produit, n'est pas conforme», explique-t-il.

Le responsable des communications dans le dossier de la pyrrhotite à Ville de Trois-Rivières, André Verrette, affirme qu'une partie des fondations démolies qui contenaient de la pyrrhotite s'en va chez Bellemare Environnement, ce que Le Nouvelliste a vérifié. Cette entreprise reçoit en effet, cette année, environ 25 % des fondations contaminées. Guy Rivard, porte-parole de cette entreprise, explique qu'il n'est pas question de recycler ce matériau à cause de la présence de pyrrhotite.

Où est-il?

À la Ville, on nous informe aussi qu'une autre partie du béton défectueux est acheminé chez Les Équipements Arsenault de Trois-Rivières. Après vérification, cette entreprise trifluvienne affirme qu'il n'en est rien. «Ce n'est pas nous autres qui se débarrassait de ça. On n'est pas équipé pour se défaire de ça», affirme Julie Arsenault, responsable des opérations et de la recherche et développement.

Toujours selon la Ville, une autre partie du béton a été acceptée par un homme d'affaires de la région, Claude Noël. Ce dernier entend le réduire en agrégats de volume 0-3/4  et s'en servir comme sous-couche d'asphalte sur ses terrains situés sur le site de l'ancien ciné-parc. M. Noël explique qu'il accueille bel et bien du béton usagé, «mais ce sont les contracteurs qui viennent me le mener. Je ne sais pas d'où ça vient. Je ne le sais pas s'ils m'envoient de la pyrrhotite. Moi, je ne suis pas au courant. Avec mon entente avec la Ville je n'ai pas besoin de faire de factures, rien. Je ne revends pas ça», fait-il valoir.

Il doit être enfoui

À la GMN de l'APCHQ, qui est maître d'oeuvre de la majorité des travaux, le directeur du service de la conciliation, Ronald Ouimet, explique que l'entente avec les entrepreneurs stipule que le béton doit être enfoui.

Toutefois, M. Ouimet n'a pas été en mesure de nous dire quel endroit a été désigné pour recevoir et enfouir ce béton. «L'information que l'on possède à ce sujet-là, c'est que le béton serait enfoui dans un site d'enfouissement sur le boulevard des Forges à Trois-Rivières», dit-il sans être en mesure d'en dire le nom. Or, il n'existe pas de site d'enfouissement sur le boulevard des Forges ayant les autorisations requises pour recevoir ce type de débris.

Le porte-parole de la Coalition Proprio-Béton, qui regroupe les victimes de la pyrrhotite, Yvon Boivin, était visiblement choqué en apprenant que si peu d'importance était accordée au destin de ces fondations hautement problématiques. «On n'a pas eu assez de leçons de ce désastre-là. On laisse encore les choses aller sans aucun contrôle», déplore-t-il.

«C'est un laisser-aller et le premier concerné, c'est le plan de garantie. Il devrait s'assurer que la cochonnerie soit détruite et ne serve plus jamais à refaire du béton et ils laissent aller encore une fois. Ça démontre le laxisme qu'il y a à l'égard du contrôle de la qualité dans la construction», fulmine M. Boivin.

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