Entre l'éducation et la répression

Les politiques d'utilisation des cellulaires et autres appareils... (Photo: Stéphane Lessard)

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Les politiques d'utilisation des cellulaires et autres appareils du genre varient d'une école à l'autre.

Photo: Stéphane Lessard

Marie-Josée Montminy
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Au début, l'irritation, c'était la sonnerie d'un téléphone cellulaire en pleine classe. Avec l'avènement des appareils multifonctionnels, la problématique s'est élargie. Les adolescents ont maintenant au bout des doigts la possibilité de clavarder, texter, gérer leur page Facebook, diffuser sur Internet une vidéo de leur prof. Les écoles ont dû réagir.

La plupart des établissements d'enseignement secondaire de la région interdisent l'emploi de téléphones cellulaires et appareils permettant d'enregistrer images ou son. L'utilisation des baladeurs, iPod et autres lecteurs de fichiers musicaux sont aussi réglementés dans les «codes de vie» des écoles.

Les justifications à ces restrictions sont nombreuses, et elles évoluent avec la technologie. Oui, une sonnerie qui retentit dans une classe est dérangeante. Ce premier agacement a émergé au temps où les téléphones cellulaires ne servaient qu'à... téléphoner.

Les fonctions photo et vidéo se sont rapidement intégrées aux téléphones. Les dérapages ont suivi. Des enseignants pouvaient retrouver sur YouTube, Facebook ou autre canal une vidéo ou une photo ridiculisant leur apparence ou leur «prestation» de prof.

On ne peut parler au cellulaire dans la classe? Textons! Pour les générations moins familières avec le principe, cette opération silencieuse permet d'envoyer des «messages textes» d'un cellulaire à l'autre. Procédé silencieux oui, mais ennemi de la concentration en classe, et surtout, moyen par excellence du XXIe siècle pour copier lors d'un examen.

Pour toutes ces raisons, la direction de l'Institut secondaire Keranna bannit l'utilisation de tout appareil technologique entre ses murs. «C'est dans le code de vie, je dirais depuis cinq ans. Ce fut une préoccupation dès les premiers balbutiements des cellulaires», explique la directrice générale Julie L'Heureux.

«Les élèves ne circulent pas avec leurs sacs à dos dans l'école et ont leur propre local de classe, donc ils n'ont pas à se déplacer. Il y a des choses qui doivent rester dans le casier, dont les cellulaires, MP3 et tous les appareils électroniques», détaille-t-elle.

Les trois écoles secondaires de la Commission scolaire de la Riveraine interdisent aussi l'utilisation du téléphone cellulaire partout dans leurs établissements. À la Commission scolaire du Chemin-du-Roy, seule l'école Chavigny permet une certaine utilisation du cellulaire en des lieux et périodes déterminés.

Cette consigne d'utilisation limitée est aussi adoptée dans trois écoles de la Commission scolaire de l'Énergie, alors que dans deux (Paul-Le Jeune et Val-Mauricie), le code de vie interdit strictement le cellulaire et autres appareils en tout temps et partout.

S'adpter

Aux écoles secondaires des Chutes, Champagnat, du Rocher ainsi qu'au Séminaire Sainte-Marie, on a choisi de laisser les jeunes utiliser leurs équipements électroniques dans certains lieux à certaines périodes.

«Les cellulaires, iPod et autres appareils pour écouter de la musique sont permis à deux endroits, soit à la salle des cases et à la cafétéria. Ces deux endroits-là, c'est aux élèves. Partout ailleurs, dans les corridors et les salles de classe, c'est interdit», explique Carolyn Rouillard, directrice générale de l'école du Rocher en remplacement de Marc Brunelle.

«C'est leur réalité. On est rendus là», résume-t-elle. Habituellement directrice au deuxième cycle, Mme Rouillard estime à environ 25 le nombre d'appareils qu'elle a dû confisquer l'an dernier pour punir les contrevenants à la règle.

La directrice fait aussi remarquer que la gestion du respect d'un règlement d'interdiction stricte et complète soulève certains défis, un point de vue partagé par le directeur du Séminaire Sainte-Marie Marc Saint-Onge.

«Quand les jeunes se cachent pour utiliser leur cellulaire, c'est encore pire pour moi», soutient-il. «L'an passé, on était très restrictif. Cette année, on ouvre. On fait plus de sensibilisation. Les appareils sont permis un peu partout, sauf dans les classes».

«Notre mandat est d'éduquer les jeunes à développer leur autonomie et leur sens de la responsabilité, de l'éthique et du civisme», énumère le directeur du Séminaire pour expliquer l'approche privilégiée par son établissement. «Ça fait partie de la vie d'aujourd'hui».

M. Saint-Onge mentionne que la philosophie éducative plutôt que coercitive derrière la politique d'usage des technologies est aussi imbriquée dans une démarche plus globale de sensibilisation à la cyberintimidation et à l'utilisation de médias sociaux comme Facebook.

Le code de vie de l'école secondaire Chavigny contient d'ailleurs un article précis sur l'utilisation des médias sociaux. On avertit entre autres que «les propos, les photos, les vidéos, etc. qui pourraient nuire à des membres du personnel ou à des élèves ne seront pas tolérés».

Le code prescrit également aux jeunes de ne pas oublier que «tout ce qui est publié sur un site de réseautage tel Facebook devient public», avant d'ajouter que «tout manquement à ce règlement pourrait être signalé à la Sécurité publique.

Les parents

Les sanctions punissant la dérogation aux règlements concernant l'utilisation des cellulaires et autres appareils se résument la plupart du temps à la confiscation. Secrétaire générale à la Commission scolaire de la Riveraine, Johane Croteau observe que parfois, ce sont les parents qui s'offusquent le plus de la confiscation.

Un constat partagé par la directrice de l'Institut secondaire Keranna, Julie L'Heureux. Les parents allèguent que ce sont eux qui paient pour les frais de cellulaire de leur enfant, arguant qu'il s'agit de leur moyen de communiquer avec eux en cas d'urgence.

À Keranna, c'est le parent qui doit aller à l'école récupérer l'appareil confisqué. «Certains parents ne comprennent pas, disent que c'est le seul moyen de rejoindre leur enfant. Comme c'est eux qui financent, ils se sentent brimés dans leur propre service. Mais quand on leur explique, ils comprennent», témoigne Mme L'Heureux.

«On s'attend à ce que les parents travaillent en équipe avec nous», ajoute-t-elle, en rappelant qu'avant, il n'y avait pas de cellulaire, et que des moyens «conventionnels» (comme un «vrai» téléphone) sont encore à la disposition des parents pour rejoindre leur enfant à l'école en cas d'urgence.

Potentiel dévastateur

La présidente du Syndicat de l'enseignement des Vieilles Forges, Sylvie Théberge, considère «justifiées et correctes» les mesures intégrées dans les codes de vie en ce qui concerne la restriction de l'utilisation des téléphones cellulaires dans les écoles secondaires.

Par le passé, quand des images d'enseignants prises par des élèves à leur insu ont été diffusées sur des réseaux sociaux, les autorités de la Commission scolaire du Chemin-du-Roy ont été avisées et priées d'intervenir via leurs directions d'école. «Quand on apprend que des images sont prises et utilisées à l'insu des enseignants, sur notre territoire ou un autre, on souhaite une intervention pour éviter que les cas ne se répètent. Parce que, imaginez l'impact dévastateur que peuvent avoir des choses comme ça dans la vie d'un enseignant..», observe Mme Théberge.

Le contrôle du message: à oublier

Denis Roy, président de la firme Egzakt et observateur des enjeux relatifs à Internet et aux médias sociaux, reconnaît le dilemme entre l'approche restrictive et celle responsabilisante, dans la gestion de l'utilisation des appareils de technologies de communication dans les écoles secondaires.

«D'après moi, il faut trouver le juste équilibre, ouvrir un peu plus. Maintenant, la dynamique de communication est bi-directionnelle», analyse M. Roy, en amenant l'analogie aux relations publiques par rapport au travail des médias. L'idée d'imposer un message par les firmes de relations publiques est révolue.

«Que ce soit pour un dirigeant d'entreprise ou un directeur d'école, il faut se rendre compte qu'il n'y a plus de contrôle des canaux de communication», mentionne-t-il en évoquant la démocratisation croissante des canaux de communication.

«Le contrôle du message est une chose du passé. Maintenant, est-ce qu'on s'acharne à appliquer des modèles avec des racines qui ne sont plus dans notre réalité, ou est-ce qu'on choisit de responsabiliser?», demande M. Roy.

Selon lui, les questions de droit à l'image, de sens de l'éthique et de sens moral doivent être inculquées dans les approches éducatives auprès des jeunes.

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