Les voeux poétiques de Fred Pellerin aux Québécois

Fred Pellerin... (Photo: La Presse)

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Fred Pellerin

Photo: La Presse

Linda Corbo
Linda Corbo
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Pour souhaiter bonne fête aux Québécois, Fred Pellerin a sorti sa plume des grands jours. Une poésie remplie d'images, comme il en a le don, et résolument axée sur les valeurs profondes qui l'animent. Cette fois-ci, il pointe le projet collectif dont il rêve, à l'image de plusieurs de ses semblables qui, individuellement, sauront sans doute le rejoindre dans ses préoccupations et ses réflexions.

Invité à prendre la parole à l'occasion de la Fête nationale, le conteur de Saint-Élie a concocté un texte qu'il a enregistré sous la forme d'une capsule vidéo de près de quatre minutes, diffusée hier soir en ouverture de célébrations sur les Plaines d'Abraham. Le tout a été télédiffusé du coup sur les ondes de Télé-Québec (en reprise aujourd'hui à 13 h) et sera aussi diffusé dans 23 autres sites festifs au Québec.

En ce soir de fête, Fred Pellerin a fait son clin d'oeil aux Québécois avec un texte qu'il a intitulé «Il était une fois», qui tend à vouloir réveiller les mémoires et secouer le présent. Le conteur utilise son art pour questionner l'absence des hommes forts du Québec d'aujourd'hui, pour se souhaiter de devenir les géants de demain, pour commenter de manière parfois virulente l'inertie ambiante, voire même pour ouvrir de nouveaux horizons. «Dites-moi qu'on fonce. À la limite, s'il faut tomber, on aura l'élégance de tomber ensemble», dit-il.

Très concerné par le projet collectif, on sait déjà qu'il épousera ce propos pour le nouveau conte qu'il est à concocter en vue de son prochain spectacle. Son histoire tournera autour du personnage du coiffeur Méo avec, en toile de fond, l'esprit collectif de son village qui a bien failli se perdre à un moment.

Chez les organisateurs de la Fête nationale, on a choisi cette année le thème des contes et légendes. En faisant appel à celui que l'on associe spontanément à cet univers, on a présenté Fred Pellerin comme le «porte-bonheur» de la Fête nationale.

Le Nouvelliste publie ici son texte intégral.

Il était une fois...

Puis c'était toujours des géantes,

Puis c'était toujours des géants,

Puis ça se passait toujours

Dans un pays lointain...

Ils disaient : Il était une fois...

Ça chauffait les maisons,

Ça tenait en haleine

Les enfants puis les soirs longs.

C'était des dires,

C'était des contes,

C'était des histoires à rester debout.

Parce que le chez-nous

Il se tenait le dos drette.

Le chez-nous,

Il se tenait au bout du mât.

C'était comme un bout de voile

Taillé d'avance

Pour un bateau qui était pas là,

Mais voguait dans les espérances.

Les usages puis les jours

Côtoyaient les légendes.

Il mouillait des hommes forts,

Des Alexis grands coureurs,

Puis les jupons de la Rose

Qui faisaient danser les diables,

Les canots qui déchiraient

Les dentelles boréales.

Il était une fois...

C'était un temps de mythes.

Les chemins étaient pas longs,

Mais ça s'ouvrait sur du vaste.

Y avait des poètes au pouvoir,

Y avait des possibles à pleines clôtures.

Il était une fois...

C'était pas de la nostalgie,

C'était juste un entrebâillage

Sur des demains qui se pouvaient encore...

**

Il était une fois...

Il était une fois jusqu'à hier...

Il était une fois jusqu'à maintenant...

Le grand maintenant

Qui sonne à la porte du siècle fou.

Le grand maintenant qui insiste,

Les doigts plantés dans le seuil

D'une immense maison

Sans pays.

On se vote comme on se vend.

Puis les partis oublient de nous faire un tout.

L'histoire s'écrit à l'encre débile.

Advienne qui pourrira.

Jusqu'à se dire que peut-être...

Chacun de notre bord...

Peut-être que l'histoire nous a joué un tour,

Peut-être qu'il n'est plus une fois,

Peut-être qu'il n'est plus aucune fois.

Ils sont où nos hommes forts,

Les géantes, les coureurs,

Les diables, les belles danseuses?

Quand on cogne sur la bulle

L'impression que ça sonne creux

Comme une grande légende vide.

Il était une fois...

Est-ce qu'il est déjà une fin?

**

Il était une fois,

Il n'est plus une fois.

Pourtant, les demain continuent

De cogner à la porte.

Les demains.

Il sera une fois...

Ça se conjugue bien.

Il sera une fois,

Dans des horizons doux,

Un monde où l'amour

A pas trouvé sa putain,

Un monde où les coeurs se retroussent,

Haut et fort,

À se construire du grand et du solide,

À pleine face dans l'histoire,

À pleines gorgées d'appartenance,

À tirer dans les mémoires,

Là où la devise se souvient,

Pour se faire des lignes d'avenir,

Puis se donner la survivance.

On ira réveiller le vent,

Celui qui tient l'espoir et le cap.

Sur les mots puis dans les airs,

Dans le grand manche branlant

Avec quatre siècles d'erre d'aller...

Dites-moi qu'on fonce.

À la limite, s'il faut tomber,

On aura l'élégance de tomber ensemble.

Est-ce qu'il sera une fois?

Il sera des millions de fois.

Il sera sept millions de fois.

Puis l'histoire va reprendre de son aile

Puis son coin de ciel.

Il sera une fois...

Dans un pays lointain...

Juste de le dire

Déjà il est moins loin.

Il sera une fois

Puis on sera tous des géantes, des géants!

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