Ruth Ellen Brosseau sort de son mutisme

La nouvelle députée néo-démocrate de Berthier-Maskinongé, Ruth Ellen... (Photo: PC)

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La nouvelle députée néo-démocrate de Berthier-Maskinongé, Ruth Ellen Brosseau.

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Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Ruth Ellen Brosseau existe vraiment. Plus de quatre jours après avoir été élue députée néo-démocrate de la circonscription de Berthier-Maskinongé, la députée la plus en demande a accordé hier au Nouvelliste sa toute première entrevue.

Elle vient à peine d'avoir vingt-sept ans. Son voyage à Las Vegas, c'était d'ailleurs pour souligner son anniversaire. Elle est hésitante quand elle parle français mais on constate que ce n'est pas pour elle une langue complètement étrangère. Elle semble encore fragile mais apparaît déterminée à remplir son rôle de députée de Berthier-Maskinongé à la Chambre des communes. Ruth Ellen Brosseau, qui est peut-être déjà la plus célèbre députée du NPD à avoir été élue lundi soir dernier, est sortie de l'ombre hier.

«Je suis vraiment, vraiment excitée», lance-t-elle d'entrée de jeu, en français. Le responsable des communications qui était à ses côtés avait prévenu que les questions pouvaient être en français, mais que la plupart des réponses allaient, pour l'instant, être en anglais. Au bout du compte, l'entrevue en entier s'est déroulée en anglais.

Ruth Ellen Brosseau se remet lentement du choc qu'elle a subi lundi soir dernier, alors qu'elle se trouvait aux quartiers généraux du NPD à Ottawa pour suivre le déroulement de la soirée électorale. Dès la publication des premiers résultats, elle était propulsée en avance dans Berthier-Maskinongé. En bout de ligne, elle aura recueilli 22 403 voix, soit 5735 de plus que le député sortant, le bloquiste Guy André.

«C'était vraiment un choc de voir les résultats le soir de l'élection. Mais plus ça allait, plus on sentait l'excitation. Depuis ce temps, je travaille très fort. J'apprends beaucoup. Ce n'est pas comme si c'était le travail d'une seule personne. Le NPD travaille en groupe pour s'assurer que les Québécois de partout, incluant ceux de Berthier-Maskinongé, soient représentés le plus efficacement possible», explique la nouvelle députée. Bien sûr elle avait vu les sondages, mais elle n'était pas certaine que cela puisse réellement arriver.

Au bout du fil, on la sent nerveuse. Mais hyper encadrée. Ses premières réponses sont des réponses préparées, apprises par coeur ou lues sur des aide-mémoire. On ne pouvait pas passer à côté: toute la semaine, les représentants du NPD disaient que la jeune femme était en formation, en coaching, pour affronter les médias, la population et, dans une certaine mesure, la réalité.

Quand on lui demande comment se sont passés ces derniers jours, Ruth Ellen Brosseau avoue que «ç'a été une grosse semaine». «J'ai eu la chance de rencontrer plusieurs membres de l'équipe, plusieurs membres du personnel. Toutes ces personnes ont été très sympathiques et m'ont offert beaucoup de soutien», répond-elle avant de s'arrêter net.

Un long silence dans l'entrevue. Vingt-sept secondes où tout ce qu'on entend, c'est le bruit de quelques feuilles de papier qu'on manipule ou le chuchotement de certaines personnes qu'on soupçonne à ses côtés. Vingt-sept secondes d'hésitation avant que le responsable des communications intervienne pour qu'on pose à nouveau la question.

«J'ai eu beaucoup de rencontres. J'ai été très bien accueillie cette semaine, aussi bien par Jack Layton que Thomas Mulclair.» Oui, elle a dit «Mulclair» au lieu de «Mulcair». Mais elle prononce le nom du chef sans trébucher.

«Tous les deux m'ont assuré qu'ils allaient m'offrir leur aide et que j'avais le soutien de l'ensemble du caucus. J'ai très hâte de rencontrer les collègues qui ont été élus et commencer à travailler avec eux très prochainement», a-t-elle fini par ajouter.

Il y a un mois, elle ne se doutait pas que le fait de dire oui à une demande du NPD pour que son nom figure sur un bulletin de vote dans une circonscription orpheline allait la conduire sur le chemin de la colline parlementaire. Et encore moins sur la route de Berthier.

«J'ai été approchée pour qu'on mette mon nom sur un bulletin de vote, puisque ça fait plusieurs années que j'appuie le NPD. J'ai toujours milité pour le NPD depuis que je suis en âge de voter, alors quand on m'a demandé de mettre mon nom j'ai accepté. Maintenant, je suis très, très emballée», assure-t-elle. Ruth Ellen Brosseau affirme ne pas avoir été payée pour que son nom soit ainsi utilisé. «C'était seulement symbolique. C'est une équipe que j'ai toujours appuyée.»

Aujourd'hui, forte sans doute d'un entraînement aussi mystérieux qu'intensif de quatre jours, Ruth Ellen Brosseau se dit prête à être députée de Berthier-Maskinongé. Et elle est consciente qu'elle a encore beaucoup de choses à apprendre. «Mais nous avons tous besoin de formation. Je ne suis pas la seule. Il y a toujours place à l'amélioration», philosophe-t-elle...

Ruth Ellen Brosseau l'admet sans ambages: elle n'a jamais mis les pieds dans Berthier-Maskinongé. Et elle a bien l'intention de le faire au cours des prochains jours.

«Je suis vraiment excitée à l'idée de me rendre dans la circonscription. On m'a dit que c'était une très belle région. Tout le monde a été tellement gentil depuis l'élection», explique celle qui dit avoir reçu beaucoup de courriels et de messages de soutien malgré la tempête médiatique au coeur de laquelle elle se retrouve.

Si elle vient faire son tour prochainement, elle pourra vraisemblablement compter sur l'appui du maire de Saint-Barthélemy, une municipalité située entre Berthierville et Louiseville et dont le nom a donné un peu de fil à retordre à la nouvelle députée. Celle-ci raconte que le maire de Saint-Barthélemy lui a envoyé un message par courrier électronique au cours des derniers jours. «Il est très enthousiaste. Il veut travailler avec moi, il veut m'aider à faire en sorte qu'on puisse bâtir une circonscription plus forte. Il s'est offert pour me faire découvrir la circonscription», s'emballe Ruth Ellen Brosseau.

Aurait-elle seulement envisagé, ne serait-ce qu'un moment depuis son élection, renoncer à ce rôle de députée? Ne jamais mettre les pieds dans Berthier-Maskinongé ou au parlement? «Je suis consciente qu'il y a beaucoup de rumeurs. Mais honnêtement l'idée de ne pas siéger comme députée ne m'a jamais traversé l'esprit. Je suis quelqu'un avec une grande force de volonté et je suis aussi une femme très entêtée. Une fois que je me décide à faire quelque chose, je reste déterminée à le faire. Je suis très loyale. J'ai toujours appuyé le NPD et je prévois faire la même chose pour les gens de ma circonscription; j'entends les appuyer et les représenter à Ottawa», répond-elle.

Pour ce faire, elle devra encore exercer ses aptitudes en français. La jeune femme, qui a de la famille à Montréal et dont le père et le grand-père sont francophones, est allée à l'école en français à Hudson jusqu'en deuxième année. Par la suite sa famille a déménagé à Kingston, où elle a passé quelque temps en immersion française. Après nous avoir expliqué tout ça en anglais, Ruth Ellen Brosseau a pris une grande respiration et a poursuivi en français: «Je peux parler français, mais ça fait plusieurs années que j'ai parlé donc, des fois ça me rend un peu nerveuse. Mais je pratique tous les jours et je veux être complètement bilingue.» On sent l'effort. Et la bonne volonté.

La nouvelle députée, qui quittera ses fonctions d'assistante gérante au Oliver's Pub du campus de l'Université Carleton, est bien consciente de l'attention médiatique qu'elle a suscitée depuis son élection, voire depuis la fin de sa non-campagne électorale. Tout cet engouement l'a prise de court.

«Je pense que personne ne peut vraiment être habitué à recevoir autant d'attention de la part des médias. Même si on s'attend à ça, il faut reconnaître que c'est beaucoup. Mais ça m'a certainement rendu plus forte comme personne», estime-t-elle.

Les événements des derniers jours, notamment l'annonce de la contestation par les libéraux de l'acte de candidature de Ruth Ellen Brosseau, ne semblent cependant pas avoir trop d'impact sur sa volonté de bien faire. Au sujet des signatures controversées, elle rappelle que ce sont des bénévoles du parti qui les ont recueillies selon les règles et que ces signatures ont été «approuvées par Élections Canada».

Rien ne laissait présager qu'elle allait un jour défendre son bulletin de candidature et les signatures qui l'accompagnent. Mais voilà. La jeune femme a décidé de jouer son rôle de députée et de prendre les moyens pour atténuer les impacts des railleries dont elle a été victime jusqu'à maintenant.

«C'était inattendu, mais je suis très enthousiaste à l'idée de travailler pour les néo-démocrates. Vraiment. Je ne m'attendais pas vraiment à gagner. Mais je crois en la vision que Jack Layton a du pays, un pays dans lequel les Canadiens et les Québécois peuvent travailler ensemble», avait-elle dit en début d'entrevue, avec peu de naturel.

Mais en fin d'entrevue, un de ses plaidoyers avait déjà l'air plus senti.

«Nous avons une équipe néo-démocrate très forte. Nous voulons venir en aide aux familles. En tant que mère, je sais quels sont les défis d'élever une famille et je vais m'assurer que la voix des familles ordinaires sera entendue haut et fort à la Chambre des communes.»

L'histoire ne dit pas encore si cette voix sera entendue en français ou en anglais...

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