Vivre avec le VIH... et les préjugés

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(Trois-Rivières) Patrick n'avait que 18 ans lorsqu'il a contracté le VIH. En 1988, le jeune homme croyait que cette maladie était réservée aux homosexuels. Or, un soir, alors qu'il regardait la télévision chez sa mère, il est resté figé devant l'écran en voyant un documentaire sur le SIDA... dans lequel témoignait une femme avec qui il avait déjà eu des relations sexuelles non protégées.

«J'ai su à la télévision que j'avais le VIH! C'est fou quand même! Je n'ai jamais revu cette femme, et aujourd'hui je préfère croire qu'elle ne savait pas qu'elle était infectée lorsque nous nous sommes fréquentés. C'est le seul moyen que j'ai trouvé pour faire la paix avec ça, sinon j'ai trop de colère», raconte le Trifluvien de 43 ans.

Autour de la table chez Sidaction Trois-Rivières, Patrick est prêt à nous dévoiler tout de sa vie... excepté son nom de famille. Pas question non plus de dévoiler son visage sur une photo. «Les gens proches de moi qui ont à le savoir le savent», résume-t-il.

Le parcours de Patrick n'a rien d'un conte de fées, mais il ne perd jamais le sourire et arrive tout de même à voir le positif dans tout. Destiné à devenir ébéniste, le diagnostic de la maladie l'aura plutôt conduit dans la toxicomanie, notamment à Montréal où il a vécu jusqu'en 2000.

Drogue, prison et différentes maladies reliées à sa condition ont meublé sa vie pendant de nombreuses années, dont un cancer de la peau et de nombreuses interventions chirurgicales comme l'ablation de la rate et une opération au cerveau.

En 2000, il choisit de revenir à Trois-Rivières, sa ville natale. «J'étais tanné de voir la misère, la souffrance à Montréal», confie-t-il. En sol trifluvien, il a notamment trouvé de l'aide chez Sidaction, à Point de Rue, à la Maison Re-Né et dans différents organismes qui ont pu l'aider à fonctionner sans le juger.

Il suit également ses traitements pour tenter de maintenir sa charge virale la plus basse possible et de rehausser son système immunitaire. Il prend actuellement un cocktail de cinq médicaments par jour, ce qui contraste grandement avec la trithérapie qu'il suivait jadis et qui le forçait à avaler une trentaine de comprimés quotidiennement.

Discrimination

«Il existe encore tellement de préjugés et de mauvaises informations sur la maladie. Chez les gens qui ont été élevés loin de la misère, c'est plein de préjugés», explique-t-il.

Ne pas vouloir lui serrer la main, laver le verre qu'il a utilisé à l'eau de javel, voilà des exemples de comportements auxquels Patrick a déjà été confronté. Une personne qu'il savait atteinte du SIDA a également été forcée de déménager lorsque les voisins l'ont appris.

«Les gens la pointaient du doigt, se tenaient loin d'elle. Ça arrive parfois, dans notre condition, qu'on doive changer de milieu complètement. Les gens se disent plus ouverts aujourd'hui et disent qu'ils comprennent mieux la maladie. Mais ne va surtout pas leur mettre une personne atteinte du sida à côté d'eux», constate-t-il.

Pour sa part, Patrick apprend encore aujourd'hui à vivre une journée à la fois. «C'est encore difficile à accepter, ça, pour moi, mais je m'efforce d'y parvenir», lance-t-il.

Louise Provost, directrice générale de Sidaction Trois-Rivières.... (Photo: Andréanne Lemire) - image 2.0

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Louise Provost, directrice générale de Sidaction Trois-Rivières.

Photo: Andréanne Lemire

Une éducation à refaire

Difficile de parler du VIH et du SIDA sans d'abord parler de prévention. Car à ce jour, il s'agit du seul vrai remède qui a permis de protéger les gens contre cette maladie qui ne pardonne pas. À Sidaction Trois-Rivières, la prévention est le mandat principal... même si le message passe encore difficilement.

En 2008 en Mauricie et au Centre-du-Québec, 43 nouveaux cas de VIH se déclaraient. Mais des statistiques encore plus frappantes inquiètent davantage l'équipe de Sidaction Trois-Rivières.

«En 2010, au Québec, il y a eu 15 000 nouveaux cas de chlamydia dont les deux tiers ont entre 15 et 24 ans. Il y a eu une augmentation de 300 % des cas de syphilis dans ce même groupe d'âge. Ce sont toutes des personnes qui ne se sont pas protégées adéquatement, et qui auraient été aussi vulnérables de contracter le VIH», s'inquiète Louise Provost, directrice générale de l'organisme.

Cette dernière constate que chez la clientèle plus jeune, il importe de faire de la prévention sur le plan affectif.

«Si un jeune ne se protège pas durant une relation sexuelle, c'est souvent parce qu'il ou elle a peur de déplaire à son partenaire. C'est d'abord l'estime de soi qu'il faut viser. C'est important d'en parler avant la relation. Ce n'est pas une fois que la jeune fille se présente chez l'infirmière de l'école pour avoir la pilule du lendemain qu'il faut faire de la prévention pour le VIH», relate Mme Provost.

Malheureusement, l'organisme constate également que les préjugés sont présents dans la société, encore en 2010.

«Nous avons une dame qui a été chassée de son logement par son propriétaire parce qu'elle avait le SIDA. Le propriétaire a exigé qu'elle parte et a indiqué qu'il devait faire désinfecter l'appartement au grand complet», s'indigne Mme Provost.

Une enquête menée récemment indique d'ailleurs qu'entre 1996 et 2010, il y a eu une détérioration des connaissances quant aux modes de transmission du VIH.

Ainsi, les modes de «non-transmission», comme la toux, l'éternuement, une poignée de main, boire dans le même verre ou embrasser une personne infectée sur la joue, sont de moins en moins bien connus du public.

Sidaction travaille également sur un projet pilote quant à la décision de dévoiler ou non son infection.

«Le SIDA est une maladie à déclaration obligatoire auprès de la santé publique. Par contre, une personne peut décider ou non de le dévoiler à son entourage», indique Louise Provost.

Aujourd'hui, dans le cadre de la Journée mondiale du SIDA, les locaux de Sidaction Trois-Rivières, situés au 515 rue Sainte-Cécile, seront ouverts au public à compter de 15 h.

Il y aura également une journée porte ouverte à la Maison Re-Né.

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