Suicide chez les aînés: une apparente contradiction

C'est à Gilles Légaré, professeur en sciences infirmières... (Photo: Ève Guillemette)

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C'est à Gilles Légaré, professeur en sciences infirmières à l'UQR et chercheur à l'INSPQ qu'est revenu la tâche d'ouvrir le colloque sur «Le suicide et les aînés», hier, à Trois-Rivières.

Photo: Ève Guillemette

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Louise Plante
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Décidément, les boomers n'auront rien fait comme les autres générations, et ce jusqu'à la fin de leur vie. Voilà qu'ils viennent aussi déboussoler un peu les universitaires sur la question du suicide au point de créer ce qu'un chercheur appelle «une apparente contradiction.»

C'est que malgré la perception contraire de plus en plus répandue, le taux de suicide chez les 65 ans et plus est en réalité en baisse. Toutefois, comme les boomers sont très nombreux, le nombre de suicides, lui, est forcément plus élevé. La moyenne annuelle de suicides chez les personnes âgées est actuellement de 137 suicides par année.

C'est ce qu'est venu expliquer Gilles Légaré, professeur en sciences infirmières à l'Université du Québec à Rimouski et chercheur à l'Institut national de santé publique du Québec, aux 200 participants du colloque «Le suicide et les aînés», qui se déroulait hier, au Centre des congrès de Trois-Rivières. L'événement était une initiative de l'Association québécoise de prévention du suicide.

Ce n'est sans doute pas un hasard si la «Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité» est l'une des trois commissions qui a fait courir le plus de monde au Québec jusqu'à maintenant, a fait observer lors de l'ouverture du colloque l'animateur et journaliste Alain Crevier. Le sujet passionne surtout les boomers qui ont tout remis en question dans leur vie, et qui semblent bien décidés à contrôler aussi leur fin de vie.

Chiffres en main, le premier conférencier s'est appliqué à répondre à la question: Le suicide chez les personnes âgées est-il un phénomène qui prend de l'ampleur?

Il faut d'abord savoir que le suicide des aînés n'est bien rapporté que depuis 1981. Cela dit, les statistiques indiqueraient que le taux de suicide diminuerait à partir de 50 à 64 ans et fluctuerait par la suite. Le phénomène serait trois fois plus important chez les hommes que chez les femmes.

Il s'agirait en fait du deuxième taux de suicide le plus bas après les adolescents de 15 à 19 ans. Bref, les personnes âgées ne constituent pas le groupe d'âges où il y a le plus de suicide. Les 45-49 détiennent toujours le triste record.

Autre «bonne nouvelle», le taux québécois de suicide chez les aînés n'est pas significatif par rapport au reste du Canada. Il se situe au milieu du peloton. Tout ce que l'on sait c'est que les coroners québécois semblent mieux les documenter qu'ailleurs au pays.

Par ailleurs, le taux québécois de suicide chez les aînés se situe au milieu du groupe des pays industrialisés où, là aussi, on observe une plus forte prévalence chez les hommes que les femmes.

«Le nombre de suicides chez les aînés augmente, mais le taux de suicide diminue, et cela à cause du phénomène démographique. C'est ce qu'on appelle une apparente contradiction», a constaté Gilles Légaré.

Quant à savoir ce que sera la tendance des prochaines années, il y a deux réponses: des éléments militent pour une augmentation, parce qu'on pense que les générations plus jeunes vieilliront en conservant leur taux plus élevé de suicide, et aussi parce que partout dans les pays industrialisés la tendance est à la hausse.

Mais d'autres penchent pour une diminution du phénomène en espérant que la tendance à la baisse se maintiendra et que les facteurs de protection qu'on constate au Québec continueront à jouer. On fait aussi le pari que les plus jeunes imiteront leurs aînés en ce qui concerne justement, ces facteurs de protection. Enfin, on mise sur les effets de la prévention pour faire des gains.

«En conclusion, on ne sait pas si le taux de suicide va augmenter ou non, il nous reste à faire des analyses», a conclu M. Légaré.

Une visite remarquée

À la veille du passage à Trois-Rivières de la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité, ses président et co-présidente, Geoffrey Kelley et Véronique Hivon, ont fait un arrêt remarqué, hier, au Colloque sur le suicide et les aînés qui se déroulait au Centre des congrès.

Près de la moitié des 200 participants du colloque avaient déserté un atelier sur la dépression chez les aînés pour venir entendre les deux porte-parole de la commission.

Véronique Hivon a confirmé qu'après la Commission Bélanger-Campeau sur l'avenir politique et constitutionnel du Québec et la Commission Bouchard-Taylor sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles, cette commission était celle qui suscitait le plus d'intérêt et de participation chez les Québécois. 300 mémoires ont été déposés et pas moins de 6000 personnes se sont déjà exprimées sur le site Internet de la commission.

Selon Geoffrey Kelley, la commission arrive à poursuivre ses travaux dans le calme et la dignité (ce qui n'aurait sans doute pas été possible il y a 20 ans à peine) parce que la question de mourir dignement touche tout le monde compte tenu de l'avancement de la médecine.

«Mourir de sa ''belle mort'' dans son lit, c'est devenu très rare. 75 % des Québécois meurent dans des centres hospitaliers avec beaucoup de médicaments et de traitements, a-t-il rappelé. La question du refus de traitement est nouvelle et elle déchire les familles. C'est la raison pour laquelle le monde médical voulait un éclairage de l'Assemblée nationale.»

Cela dit, le député a aussi assuré les participants au colloque sur le suicide chez les aînés que la commission voulait aussi aborder la question des soins palliatifs et non seulement celles de l'euthanasie et du suicide assisté

Mme Hivon a de son côté confirmé qu'on ne pouvait ignorer l'importante cohorte formée des babyboomers qui réfléchissent beaucoup à cette question, particulièrement ceux qui ont accompagné leurs propres parents dans la mort et qui en sont parfois sortis révoltés. «Cet exercice est un bel exemple de maturité collective», a-t-elle confié  à une audience très attentive. «Derrière tout cela, il y a aussi une question d'équité pour tous.»

Rappelons que la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité tiendra des auditions aujourd'hui au centre des congrès à partir de 9h alors qu'une dizaine de mémoires seront présentés par des regroupements ou des particuliers.

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