Garder les boomers au travail... mais pas à n'importe quel prix

Richard Lefrançois, sociologue, professeur au Département de psychologie...

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Richard Lefrançois, sociologue, professeur au Département de psychologie de l'Université de Sherbrooke et chercheur au centre de recherche sur le vieillissement de l'Institut universitaire de gériatrie de Sherbrooke.

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Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le sociologue Richard Lefrançois, auteur de Les nouvelles frontières de l'âge, a réfléchi à la question du retour des boomers retraités au travail. Pré boomer lui-même, il a choisi de rester actif et tout ce qui touche les personnes âgées et le vieillissement l'intéresse au point de se définir maintenant comme un sociologue gérontologue.

D'entrée de jeu, il admet qu'il est encore difficile de faire une lecture claire du phénomène. Toutefois, tout indique que ce sont les nombreux bouleversements économiques des dernières années qui en constitueraient le fil conducteur.

À son avis, si les retraités retournent sur le marché du travail, c'est d'abord pour se donner un coup de main à eux... pas à l'économie.

«Il faut distinguer les choses, confie-t-il. On a vu apparaître la tendance Liberté 55, vers 1976. Puis, il y a la réalité économique qui a rapidement changé à partir de 1997 avec l'éclatement de la bulle technologique, suivi des attentats du 11 septembre 2001. La récession de 2008 a aussi porté un dur coup à cette tendance qui avait pourtant le vent dans les voiles.»

Par ailleurs, le sociologue fait une distinction entre le retour au travail des retraités précoces et le maintien au travail des personnes de 55 ans à 60 ans. Deux phénomènes distincts quant aux causes: économiques dans le premier cas (crise, récession) démographiques dans le second, (allongement de l'espérance de vie, dénatalité, immigration).

De même, il observe depuis quelques années une forte déconnection entre les revenus et le travail, ce qui rendrait nettement moins séduisant le marché du travail. Une réalité préoccupante, souligne-t-il, dont ne tiendrait pas compte le récent rapport Castonguay: La longévité: une richesse, produit par le groupe Cirano et qu'il trouve déconnecté de la réalité et étonnamment peu documenté.

«C'est beaucoup plus fort qu'avant (cette déconnection). Les gens n'ont plus d'emplois ''sécuritaires'' assurés. Le travail est à temps partiel et selon les milieux, ce n'est pas certain que les employeurs veulent garder leurs employés longtemps, sous prétexte de baisse de productivité, de maladies plus fréquentes, etc. Ce n'est pas dans tous les secteurs que les seniors font oeuvre de mentors.»

Parmi la masse des retraités, on retrouve bien sûr un groupe important d'employés de la fonction publique

Plus récemment, il y a eu les victimes du crash boursier qui ont vu leur caisse de retraite fondre comme neige au soleil, sans oublier les victimes de fraude qui ont perdu tant d'argent qu'elles ont été obligées de reprendre le collier.

«À tout cela, il faut ajouter les gens qui ont tout simplement mal préparé leur retraite, note le sociologue, ceux qui ont quitté leur travail sans penser qu'il était important pour eux de conserver un certain niveau de vie et qui n'y arrivent pas avec le régime de retraite par répartition (Pension du Canada et la Régie des rentes du Québec) ou par capitalisation (REER, Fonds de retraite, fonds d'employés). Ces gens-là n'ont pas le choix.»

Lorsqu'on demande au sociologue si ce retour des personnes âgées sur le marché du travail contribuera à revaloriser leur image, il hésite.

«Oooui.... C'est vrai qu'on en parle comme un besoin de compétences mais en même temps, il y a encore des employeurs qui, dans un monde de formation continue, ne veulent pas investir dans leurs travailleurs âgés. Ça dépend des milieux de travail. Mais la perception de vieux fainéants qui abusent pendant que les jeunes seraient dans la misère est en train de changer», croit-il.

En conclusion, Richard Lefrançois met en garde les tenants du vieillissement actif rémunéré en leur rappelant que les boomers ont été des citoyens engagés, épris de liberté et d'engagement social, qui se sont battus pour de bonnes conditions de travail. Ces valeurs les animent toujours. Or, ce n'est pas ce qu'on offre actuellement comme conditions de travail aux retraités... ni aux jeunes d'ailleurs.

 

Une nouvelle réalité

Un sondage effectué en octobre 2005 par la firme Ipsos Reid pour le compte de la Banque de Montréal indique que 28 % des retraités actuels continuent de travailler. Mais c'est dans une proportion de 74 % que les travailleurs de 45 ans et plus, encore en emploi, prévoient travailler à leur retraite. À l'échelle canadienne, les principales raisons pour lesquelles les travailleurs de 45 ans et plus prévoient travailler à leur retraite sont les suivantes: pour rester actif mentalement (71 %) pour rester en contact avec les gens (63 %) pour faire de l'argent (61 %) pour être physiquement actif (49 %).

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