Au seul ton des interventions du public, on comprenait que le sujet émeut et interpelle les gens de façon aussi intense qu'intime. Heureusement, on a pu aborder le sujet sur la base d'une statistique encourageante: le taux de suicide est en diminution au Québec. Ce qui n'empêche pas trois suicides à chaque jour.
Et pour chaque personne qui se donne la mort, une dizaine sont endeuillées et deviennent également à risque. C'est dire que 900 personnes ont directement été touchées par le suicide d'un proche au cours de la dernière année en Mauricie où on enregistre quelque 90 suicides annuellement. C'est une des régions les plus touchées au Québec.
Les soeurs Fortin ont offert un témoignage fort et troublant mais d'une grande simplicité. Derrière leur discours et celui des intervenants spécialisés dans le domaine se dessine la nécessité de parler ouvertement du suicide et de la maladie mentale. Il en ressort aussi très nettement que le suicide n'est jamais une solution.
«À cause de son statut d'artiste, il existe une perception selon laquelle c'était plus normal qu'André se suicide. Pour nous, ce n'est absolument pas vrai. Oui, il avait des côtés tourmentés, mais être tourmenté ne conduit pas forcément au suicide. Il faut posséder une boîte à outils et avoir justement des outils pour s'en sortir dans les moments difficiles. Sa problématique n'a rien à voir avec son statut d'artiste; pour nous, c'est un être humain d'abord et avant tout.»
«Il ne faut surtout pas en faire un héros, dit Hélène, je dois accepter sa mort, vivre avec mon deuil mais je ne peux pas accepter son suicide. Je voudrais revenir en arrière pour l'aider et qu'il arrive à s'aider lui-même. Il faut aussi regarder les choses avec lucidité pour se poser les bonnes questions. Un certain pourcentage des suicides est dû à des problèmes de santé mentale; il faut aussi être capable de parler de maladie mentale.»
«Autant le problème en est un individuel dans lequel chacun doit prendre assez soin de lui pour parler aux autres de ses souffrances, autant il faut se demander comment il se fait qu'on connaît, au Québec, un des plus hauts taux de suicide au monde», poursuit Hélène.
«J'aurais bien voulu qu'André soit là avec nous pour parler de sa souffrance, mais il n'est pas là, constate Sylvie. Nous, nous pouvons parler de prévention du suicide à sa place. C'est viscéral pour nous. Dans une soirée comme ce soir, on donne la chance à des gens d'en parler publiquement; il y a tellement de gens qui sont touchés par ça et qui n'ont pas l'occasion de s'exprimer.»
«C'est important pour nous de dire qu'André aimait la vie et il n'aurait pas dû se suicider. Il aurait dû demander de l'aide, en recevoir et nous, on aurait dû l'aider à en obtenir. C'est une problématique intime mais pas seulement individuelle: c'est toute la société qui est touchée par le suicide.»
«C'est sûr qu'André ne voulait pas mourir de la même façon que la plupart des gens qui se suicident ne veulent pas mourir. Il voulait seulement arrêter de souffrir, rajoute Sylvie. Ce n'est pas un geste qu'on peut poser de façon éclairée. C'est parce qu'on est aveuglé par la douleur qu'on se donne la mort. C'est important d'aller chercher de l'aide rapidement parce que parfois, on le fait alors qu'il est déjà trop tard. André a consulté un professionnel de la santé le matin même de son suicide. Seulement, il était déjà trop tard dans son processus suicidaire.»
D'où l'importance de lignes téléphoniques comme celle du Centre prévention suicide Les deux rives au (819) 379-9238 ou celle de la Fondation André Dédé Fortin au 1-866-APPELLE (277-3553).