Poursuite de 1,4 million $ contre le chiropraticien Jean Hains

Monique Giroux soutient dans sa poursuite que le... (Photo: François Gervais)

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Monique Giroux soutient dans sa poursuite que le Dr Jean Hains l'a handicapée après une manipulation au niveau cervical.

Photo: François Gervais

Nancy Massicotte

Nancy Massicotte
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «J'ai été active toute ma vie. Je travaillais, je m'entraînais trois fois par semaine et je voyageais mais, à cause d'une manipulation chiropratique au niveau cervical, je suis maintenant rendue du côté des handicapés. Les chiros, pour moi, c'est maintenant terminé!»

Monique Giroux vient d'ailleurs d'intenter une poursuite civile de 1,4 million $ contre un chiropraticien de Trois-Rivières, Jean Hains, pour avoir effectué une manipulation non conforme. Elle soutient dans sa requête que les gestes posés par le chiropraticien ont provoqué un accident vasculaire cérébral qui a brisé sa vie.

«Par cette poursuite, je veux l'empêcher de gâcher la vie d'une autre personne. La mienne est désormais finie. J'ai 50 ans et je ne peux plus rien faire. Je dois fonctionner avec un corps et un esprit limités. Des neurones, ça ne se vend pas», a-t-elle ajouté.

Le 6 décembre 2006, Monique Giroux est allée consulter le Dr Hains à sa clinique de Cap-de-la-Madeleine. «J'étais alors secrétaire responsable des examens au Centre de formation Bel-Avenir. J'avais des douleurs dans le bas du dos. Il m'a donc fait des manipulations sans m'en dire plus. Si j'avais su que je pouvais subir un AVC à cause de ses traitements, jamais je n'aurais accepté», a-t-elle précisé.

Ce n'était pas la première fois qu'elle voyait ce chiropraticien mais cette journée-là, sa vie a basculé. En sortant de sa voiture dans les instants suivants, son genou gauche a flanché. Puis, tout son côté gauche est devenu froid et engourdi. Confuse, elle ne savait pas trop quoi faire. Le lendemain, elle a perdu connaissance au travail avant d'être conduite d'urgence à l'hôpital.

Le neurochirurgien du CHRTR a posé un diagnostic «d'accident vasculaire cérébral sylvien droit massif et de dissection carotide droite post manipulation chiropratique et d'hémiplégie secondaire».

Le 11 décembre, Mme Giroux a été opérée au cerveau en raison d'une hémorragie cérébrale. Elle a ensuite été hospitalisée au CHRTR pendant 27 jours puis, transférée au Centre de réadaptation InterVal. Elle est y est restée 184 jours. «J'ai dû tout réapprendre. Je ne pouvais plus rien faire: manger, être propre, me tenir debout, parler. Malgré tout, je dois vivre aujourd'hui avec plusieurs séquelles», a-t-elle raconté.

Elle a en effet de la difficulté à se déplacer. Elle a notamment une orthèse à la cheville droite, son bras gauche n'est plus fonctionnel et elle doit composer avec des troubles d'attention, de concentration et de mémoire. Elle n'a plus d'énergie et a de la difficulté à s'orienter. «Je ne peux même plus sortir de chez moi car c'est devenu trop compliqué», a-t-elle mentionné.

Elle a dû débourser des frais importants pour adapter sa maison et sa vie à sa nouvelle condition physique et psychologique et elle doit régulièrement avoir recours aux services d'une infirmière, d'une cuisinière et d'une femme de ménage.

Mme Giroux a donc fait appel à l'avocat Jean-Pierre Ménard, spécialiste des causes de santé au Québec, pour intenter une poursuite civile contre le chiropraticien. Dans celle-ci, on lui reproche d'avoir fait une évaluation incomplète de la condition de Mme Giroux, de ne pas avoir obtenu un consentement libre et éclairé en lien avec les manoeuvres effectuées et enfin, d'avoir fait une manipulation non conforme aux règles de l'art dans la chiropractie.

Qui plus est, on rappelle dans la poursuite que le 28 août 2009, le Dr Jean Hains a déjà été déclaré coupable par l'Ordre des chiropraticiens du Québec d'avoir enfreint son code de déontologie en faisant défaut de tenir le dossier de Mme Giroux conformément aux exigences réglementaires, d'avoir omis de fournir à Mme Giroux toutes les explications relatives aux traitements qu'il entendait lui prodiguer et d'avoir omis d'obtenir son consentement libre et éclairé à ce sujet. Pour toutes ces raisons, la somme de 1,4 million $ est réclamée.

Aujourd'hui, Mme Giroux prend la vie un jour à la fois. «Ça va peut-être un peu mieux mais j'ai eu des périodes où j'ai voulu me suicider. Ce sont mes deux filles qui m'ont empêché de le faire. Pour survivre, je ne dois pas penser à ce que j'étais avant. Et ça, c'est un travail de tous les jours», a-t-elle conclu.

Il a été impossible hier de rejoindre le Dr Jean Hains pour avoir ses commentaires.

 

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