La Commission des relations du travail a finalement entrepris, hier, l'audition des parties dans ce dossier encore nébuleux.
Dès l'ouverture de l'audition, le directeur général de la Ville de Trois-Rivières, Michel Byette, s'est appliqué à brosser un portrait peu flatteur de l'ex-employée cadre. Interrogé par la procureure de la Ville sur le déroulement des événements qui ont conduit à la suspension et au congédiement de Louise Panneton, M. Byette a rappelé les conclusions de deux rapports internes et a évoqué, à quelques reprises, le «style de gestion autoritaire», les «valeurs de travail malsaines» et l'«abus d'autorité».
«Ce n'est pas un petit geste en particulier qui lui est reproché. C'est un style de gestion global. Le lien de confiance était totalement brisé entre Mme Panneton et la Ville de Trois-Rivières et cela justifiait selon moi, sa destitution», a évoqué Michel Byette.
Cette version des faits est basée essentiellement sur le témoignage d'employés et de cadres - qui seront appelés à témoigner ultérieurement - quant à ce que certains perçoivent comme des problèmes de relations humaines dans le contexte du travail.
Un rapport intérimaire produit le 11 octobre 2007 par le service des ressources humaines et l'avocate du cabinet Bélanger Sauvé qui est mandatée dans ce dossier, Me Kathleen Rouillard, s'avère d'ailleurs particulièrement dévastateur pour Louise Panneton. On lui reproche par exemple des gestes et des propos désobligeants ou encore l'absence d'empathie envers les employés de son service.
Le procureur de Louise Panneton, Me Gilles Grenier, a de son côté tenté de démontrer que ce n'est qu'à partir du mois d'août 2007 qu'on a commencé à remettre véritablement en question le style de gestion de Me Panneton dans son service.
«On a mis en preuve que jusqu'au 5 juin 2007, comme on peut le voir dans une note du directeur général, tout fonctionnait correctement. Le 15 octobre 2007, il y a eu un coup de tonnerre dans un ciel bleu pour ma cliente. Elle est suspendue et on lui indique de ne plus se présenter à son bureau, même pas pour récupérer ses effets personnels. Qu'est-ce qui s'est passé entre les deux?» a questionné Me Grenier. Celui-ci a déposé en preuve des notes manuscrites du directeur général dans lesquelles il remerciait la greffière pour ses services ou se disait heureux de pouvoir la compter dans l'équipe municipale. «Tout s'est passé de juin à octobre 2007: ma cliente est passée de bonne gestionnaire à paria», ajoute l'avocat.
Il semble en fait qu'en août 2007, lors d'une rencontre entre Michel Byette, Louise Panneton et Me Gilles Poulin, greffier de la Ville, le directeur général aurait demandé à la greffière de la cour municipale d'étudier la possibilité de faire annuler des constats d'infraction de stationnement. Me Panneton se serait montrée réticente, invoquant qu'il y a une grille bien précise à respecter pour l'annulation de constats.
«On va creuser la question des annulations de constats d'infraction. Ma cliente a été confrontée au fait qu'il y avait des annulations de constats en un nombre qu'elle jugeait trop grand. Elle a voulu qu'on fasse la lumière là-dessus. C'était des annulations de constats qui n'entraient pas dans la grille d'analyse de la cour municipale. Ça venait de différentes personnes, mais qui tournaient autour de la haute direction de la Ville, aussi bien administrative que politique. Y compris le cabinet du maire», insiste Me Grenier.
En contre-interrogatoire par ce dernier, le directeur général de la Ville a indiqué ne pas pouvoir se rappeler de faits, de gestes ou de paroles précises, notamment dans les rencontres qu'il a eues avec Me Panneton. Il a aussi été démontré que Me Gilles Poulin, greffier et supérieur immédiat de Louise Panneton, n'a pas été tenu informé de l'enquête disciplinaire contre elle, ni de la rencontre entre elle et le directeur général.
Me Poulin n'a pas pris part au processus de décision entourant le congédiement de Louise Panneton.
Rappelons que ce congédiement a été rendu officiel le 21 avril dernier, par le biais d'une résolution du conseil municipal. La principale intéressée avait déposé une plainte pour harcèlement psychologique quelques semaines plus tôt. Elle a par la suite porté plainte pour congédiement injustifié, puis à nouveau pour harcèlement.
L'audition des plaintes se poursuivra au début novembre.