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Suicide assisté: le combat inachevé de Ginette Leblanc

Ginette Leblanc est atteinte d'une maladie dégénérative incurable.... (Photo: Sylvain Mayer)

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Ginette Leblanc est atteinte d'une maladie dégénérative incurable.

Photo: Sylvain Mayer

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Brigitte-Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Ginette Leblanc ne réussira pas à faire changer la constitution canadienne pour légaliser le suicide assisté.

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Dimanche dernier, elle a fait un accident vasculaire cérébral, raconte son conjoint, Claude Deschesnes.

Depuis, «elle est confuse», dit-il en ajoutant qu'elle en est maintenant rendue aux soins palliatifs.

La veille de son AVC, Ginette Leblanc a écrit une dernière note sur sa page Facebook: «J'ai passé proche de la mort en m'étouffant dans la nuit avec une petite pilule qui m'a remonté dans la gorge, fondante et granuleuse, dans un masque m'aidant à respirer. Je cherchais de panique la sonnette dans mon lit, j'étais toute trempe, il faisait noir, enfin je l'ai trouvée...»

«C'est sa hantise, ça, de mourir étouffée», rappelle M. Deschesnes. «Elle me disait ''Claude, je veux mourir, mais pas mourir étouffée. J'ai peur de ça.''»

«Ça s'en va vers l'autre bord. Mais il ne faut pas que ça traîne parce que ça fait mal», confie M. Deschesnes.

L'avocat de la femme âgée de 50 ans, Me René Duval, a été mis au courant de la situation, hier.

Ironie du sort, il s'apprêtait à lui rendre visite, ce week-end, pour lui faire signer un nouvel affidavit en lien avec une requête pour qu'on lui reconnaisse le droit d'obtenir une exemption constitutionnelle, c'est-à-dire une permission exceptionnelle pour avoir droit au suicide assisté sans conséquences judiciaires pour ses aidants.

Cette permission, elle aurait pu l'obtenir grâce au jugement récemment rendu dans la cause de Gloria Taylor, en Colombie-Britannique. Mais tout comme dans le cas de Mme Taylor, qui est décédée avant de pouvoir se prévaloir de son droit exceptionnel, c'est trop peu, trop tard.

«Toute personne qui est dans la situation de Mme Leblanc peut s'adresser à la Cour supérieure de sa province pour demander une exemption constitutionnelle sur la base du jugement en Colombie-Britannique», explique Me Duval.

Claude Deschesnes est conscient que le décès éventuel de Ginette Leblanc signifiera la fin des procédures vers la Cour suprême pour légaliser le suicide assisté. Il raconte songer sérieusement à poursuivre le travail amorcé par sa conjointe. Malheureusement, il ne le pourra pas.

Me Duval explique que seule une personne dans la même situation que Ginette Leblanc aurait la possibilité de continuer le combat.

L'avocat explique que lorsqu'il s'agit de droits patrimoniaux, c'est-à-dire d'argent, les héritiers peuvent mettre les souliers du défunt demandeur et poursuivre l'instance.

«Mais dans une affaire comme la nôtre où il n'y a pas de droits patrimoniaux en jeu, en principe, c'est la fin du dossier», dit-il.

Mais il y a une exception dans le genre de dossier comme celui de Mme Leblanc, «les cours ont accepté qu'une personne dans la même situation mette les souliers».

Même s'il se dit prêt à continuer la démarche jusqu'au décès de Mme Leblanc, Me Duval signale que les procédures pour légaliser le suicide assisté au Canada se poursuivent présentement en Colombie-Britannique. Il y a en effet d'autres demandeurs dans la cause de Gloria Taylor. «La cause se continue.

La grande question fait son chemin», dit-il.

Pas d'argent pour se défendre

Même si un avocat de Trois-Rivières, Me René Duval, avait accepté de prendre sa cause pro bono, c'est-à-dire sans demander d'honoraires, Ginette Leblanc ne disposait pas des sommes importantes qui auraient été nécessaires pour se défendre en Cour suprême.

Me Duval a déjà dit qu'il avait l'impression d'aller à la guerre «avec un couteau de poche». Sans argent, en effet, comment payer les frais associés aux témoins et aux frais juridiques? «C'était quelque chose comme 15 000 $ à 20 000 $», raconte Claude Deschesnes.

«Ginette a fait une demande à l'aide juridique», rappelle M. Deschesnes, mais avait essuyé un refus. «Et 15 000 $ à 20 000 $, je n'ai pas ça dans mes poches», dit M. Deschesnes qui n'a, pour vivre, que des revenus de la CCQ et de la CSST, le tout arrondi par des emplois occasionnels d'enligneur sur les barrages hydroélectriques, dont un qu'il vient de compléter pendant cinq semaines à Terrebonne.

«Et Ginette ne retire plus que 8000 $ par année», signale-t-il.

Pour mettre la cerise sur le gâteau, le couple vit actuellement un imbroglio avec le centre d'accueil où Ginette Leblanc est soignée. Il semble que des papiers aient été mal remplis et le couple vient de recevoir une facture de 1711 $ pour son séjour du dernier mois en CHSLD.

«Elle a tout mis ça à mon nom parce qu'elle n'était plus capable d'écrire et je suis son mandataire en cas d'inaptitude. Et là, je reçois cette facture de 1711 $...», dit-il, découragé, certain qu'il s'agit d'une erreur. «Il faut que je me batte encore», déplore-t-il. «Il faut ressortir le dossier, repartir à zéro.»

Claude Deschesnes, très ému de la tournure des événements, raconte qu'il est épuisé. Durant les cinq semaines où il travaillait à Terrebonne, il raconte avoir fait le voyage aller-retour tous les jours pour être avec sa Ginette. «Je me levais à 4 h le matin et je revenais à 19 h, puis j'allais tout de suite la voir jusqu'à 21 h 30, 22 h.»

«J'ai connu Ginette avec une canne et en quatre mois, elle est tombée en fauteuil roulant», raconte-t-il.

«Je lui ai dit que je ne la laisserais pas parce qu'elle est handicapée.»

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