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Suicide assisté: l'état de Ginette Leblanc se dégrade

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «Si j'avais le droit, je passerais à l'acte demain matin», raconte Ginette Leblanc sans broncher. La Trifluvienne de 50 ans nous attendait dans la petite chambre qu'elle occupe depuis quelques semaines dans un CHSLD de la région.

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Elle ne se déplace plus qu'à l'aide de son fauteuil roulant électrique. C'est à peine si ses mains arrivent encore à contrôler les manettes pour faire basculer le fauteuil, question de changer un peu de position. C'est que son cou n'a plus de tonus et le collier cervical lui fait trop mal pour qu'elle veuille le porter.

Malgré son sourire encore radieux, la dégradation de son état est bien visible. Elle nous explique avoir diminué sa médication pour être capable d'avoir les idées claires durant l'entrevue.

Ginette Leblanc voit son autonomie physique lui glisser entre les doigts comme du sable. C'est l'oeuvre de la sclérose latérale amyotrophique, une maladie dégénérative incurable.

Tenir le verre d'eau qu'elle nous demande de lui verser relève de l'exploit, pour elle, tout comme le simple réflexe de s'éclaircir la gorge, faute de force dans le diaphragme.

Sa voix est lente et rauque. Avec l'aide du personnel du CHSLD où elle habite depuis quelques mois, elle essaie de voir comment elle pourra communiquer lorsque la parole ne sera plus possible.

Les moindres gestes du quotidien provoquent des douleurs difficiles à apaiser. Les anxiolytiques font maintenant partie de l'arsenal pharmaceutique qui la supporte dans son épreuve. «Je n'ai pas peur de mourir, mais j'ai peur de la mort, de ce qu'il y a de l'autre côté», confie-t-elle.

Ginette Leblanc dit avoir trouvé un médecin qui accepterait, si la loi le permettait, de l'aider à mourir en toute dignité et d'abréger ainsi ses souffrances.

Mais il est illégal au Canada d'aider une personne à se donner la mort.

Ginette Leblanc souhaite donc toujours que sa cause soit portée jusqu'au plus haut tribunal du pays.

Malheureusement, le processus judiciaire qui lui permettrait d'être entendue par la Cour Suprême du Canada est trop long. Sa cause doit d'abord être débattue par la Cour supérieure du Québec, ce qui devait être fait dès la mi-décembre. Son avocat, Me René Duval, a malheureusement été confronté à un important conflit d'horaire. Pour réunir toutes les parties à nouveau, il faut maintenant attendre la semaine du 25 mars.

Ginette Leblanc, elle, sent qu'elle ne peut plus attendre encore bien longtemps.

«Quand on vit avec des attentes, on est déçu», dit-elle. «J'espère qu'un jour, au Canada, on aura ce droit. On n'est plus dans les années 1940. Les gens étaient pris dans la religion et jamais en 100 ans ils n'auraient accepté le suicide assisté. Avec notre génération ou la suivante, je vous jure que ça va changer. C'est impensable qu'on ne puisse pas obtenir ce droit-là qui est légitime. Ça éviterait beaucoup de suicides, des suicides qui ne sont parfois pas bien faits et qui laissent des séquelles», plaide-

t-elle.

Mme Leblanc confie qu'elle a envisagé le suicide lorsque le terrible diagnostic lui est tombé dessus. C'est une promesse à sa fille unique qui l'a empêchée de passer à l'acte, dit-elle.

Les yeux fixés vers l'infini, elle raconte qu'elle ne réalise pas pleinement que la maladie la prive, lentement mais sûrement, de toute forme d'autonomie. Lorsqu'elle a emménagé au CHSLD, il y a quelques mois, le personnel médical lui a demandé de répondre à un questionnaire dans lequel on lui demandait si elle voulait être réanimée en cas de crise cardiaque. «Sur le coup, j'ai dit oui», raconte-t-elle.

Son conjoint lui a alors fait remarquer qu'elle aspirait au suicide assisté et lui a demandé pourquoi elle demandait d'être réanimée.

«C'était bizarre. Je ne savais plus quoi répondre. J'étais toute mêlée. On dirait que je ne réalise pas que je suis comme ça. Quand j'ai vu le questionnaire, dans ma tête, je n'étais pas une personne malade», raconte-t-elle.

Après réflexion, elle a opté pour la non-réanimation.

Lorsque rencontrée, avant Noël, Ginette Leblanc appréhendait le temps des Fêtes. «Premièrement, j'ai de la difficulté à parler. Je vais m'essouffler parce que beaucoup de gens vont vouloir me parler. J'ai peur de faire des crises de panique par rapport à ma respiration. C'était un peu comme ça, l'an passé, mais après l'avoir vécu, j'étais contente», dit-elle.

«Ce qui est difficile, ce sont les préparatifs sur ma personne, avant de me rendre là-bas. Je trouve ça dur. Si ce n'était que de moi, je resterais au lit. Je manque de force. Je dégénère, je perds du tonus. Je vois beaucoup de personnes âgées ici qui perdent du tonus. Mais moi, c'est à cause de ma maladie et je me vois pareille à eux. Je trouve ça dur. Ce qui me fait peur, c'est qu'en perdant l'usage de mes mains, je deviens automatiquement quadriplégique. Et j'ai peur qu'ils me laissent aller comme ça jusqu'au bout», dit-elle en ajoutant que la légalisation du suicide assisté permettrait aux gens qui sont dans sa situation d'éviter toutes ces souffrances inutiles.

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