Cri Primal

Cet étrange voyage est une agréable surprise qui... (Photo: Émilie O'Connor)

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Cet étrange voyage est une agréable surprise qui sort du quotidien, qui ramène au cri de l'urgence de vivre, qui nous réduit aux premiers pas de la danse humaine qui se veut souvent une danse des origines, une danse primale.

Photo: Émilie O'Connor

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Le Nouvelliste

N.D.L.R.: La Corporation de développement culturel de Trois-Rivières, Le Collège Laflèche et Le Nouvelliste se sont associés dans un projet permettant la publication de critiques de spectacle. Dans le cadre d'un exercice imposé par le professeur Gyslin Demers du Collège Laflèche, les étudiants ont eu à assister à une représentation du spectacle Gravity of Center de RubberbanDance Group pour en faire une critique. Le Nouvelliste a sélectionné deux textes qui rassemblent les meilleurs éléments attendus pour une critique.

Le RubberbanDance Group a offert à Trois-Rivières la deuxième mouture de son spectacle Gravity of center à la salle Anais-Allard-Rousseau. Dans cette représentation d'environ 75 minutes, cinq danseurs partagent la scène, évoluant entre l'espace solitaire et l'espace communautaire. Tantôt coordonnés tantôt discordants, ces espaces s'enlacent et s'affrontent dans un climat général de désolation.

L'atmosphère d'urgence est rapidement mise en place par les danseurs, la musique et la lumière. Elle pèse sur les épaules des spectateurs qui se voient devenir les témoins silencieux de luttes successives. Des querelles mouvementées, très physiques, parfois violentes, voire animales, composent une partie de la mise en scène. Aussi, une esthétique de naufrage se dégage de l'ensemble de l'oeuvre, non pas au sens littéral du terme, mais dans le sens d'une quête de survie.

D'entrée de jeu, une lumière mystérieuse, située hors scène, vient déranger les cinq danseurs qui commencent à s'agiter avec intérêt et inquiétude. Les premiers mouvements montrent un groupe uni. Les mouvements circulaires et coordonnés des acteurs se déroulent dans une pénombre relative que la superbe trame musicale enveloppe de son souffle inquiétant.

Dans cette mise en place, on comprend clairement que la frontière de la scène est un endroit effrayant qui ne peut être approché sans panique. Après ces suggestions de vide, de précipices intérieur et extérieur, chaque protagoniste enchaîne avec un solo qui symbolise le rôle distinct de chacun dans le groupe : le meneur, l'antagoniste, l'impulsive, la raisonnable et le déclencheur.

Par la suite de cette mise en place un peu longue, un conflit éclate dans les rangs des naufragés. Les interactions s'intensifient, des duos se créent et se défont dans une succession rapide d'apartés qui peuvent devenir frénétiques et difficiles à suivre. Le groupe devra composer avec une blessure, une disparition, des amitiés, des désirs charnels et une balance de pouvoir installée en début qui tangue et s'inverse.

Deux superbes duos ressortent particulièrement de cette cavalcade de courtes scènes, soit un duel très crédible entre le leader et l'antagoniste et une séance de manipulation entre celui surnommé l'antagoniste et celle nommée l'impulsive, où cette dernière est littéralement utilisée comme une marionnette.

De cette succession de mouvements saccadés se dégage une urgence : fuir. Cette fuite se précise après l'apparition d'embûches. Ces obstacles sont mis de l'avant efficacement par le jeu corporel des danseurs qui se retiennent, soit en tant que personnage, soit en tant qu'obstacle physique à la liberté des autres. Autant au départ un esprit de corps a été mis en place, autant les personnages se sont émancipés du groupe pendant les conflits et les rivalités de la troisième partie de ce spectacle sans entracte. Cette partie évoque à la fois l'émancipation physique des uns par rapport aux autres et la libération de l'inquiétante situation initiale.

La musique, qui emprunte au jazz, au classique et au hip-hop façon fin '90, est le sixième danseur indispensable de cette création. La création exclusive de DJ Lil' Jaz mérite une mention spéciale autant dans l'usage des silences que dans le choix remarquable des sonorités. L'éclairage minimaliste, mais efficace, donne un bon repère visuel à une histoire qui, en se voulant frénétique et dense, devient parfois inutilement difficile à suivre.

L'interprétation très intense et physique livrée par les danseurs est bien ressentie par la salle. La performance en son ensemble laisse une impression réussie à un public curieux et investi. Cet étrange voyage est une agréable surprise qui sort du quotidien, qui ramène au cri de l'urgence de vivre, qui nous réduit aux premiers pas de la danse humaine qui se veut souvent une danse des origines, une danse primale.

Pierre-Luc Larouche

Étudiant au Collège Laflèche

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