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Fred Pellerin et l'Ordre national du Québec: «Au-delà des honneurs, il y a des convictions»

Fred Pellerin considère que le contexte politique ne se... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND)

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Fred Pellerin considère que le contexte politique ne se prête pas aux réjouissances, mais il ne lève pas le nez pour «aller se faire installer une médaille» l'an prochain.

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Éric Langevin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Fred Pellerin n'était pas à la cérémonie de remise de l'Ordre national du Québec jeudi, mais il ne refuse pas pour autant l'honneur que lui fait le gouvernement du Québec. Il considère que le contexte politique ne se prête pas aux réjouissances, mais il ne lève pas le nez pour «aller se faire installer une médaille» l'an prochain.

C'est clairement le contexte social qui règne au Québec qui a conduit à la décision du conteur de Saint-Élie-de-Caxton déjà bien visible dans le débat politique actuel. On l'a vu prendre la parole lors de rassemblements à Montréal et défiler dans les rues de son village, casseroles à la main.

«J'ai accepté cette nomination sans hésiter. Dans les circonstances actuelles, dans la crise sociale où se trouve plongé ce Québec que j'aime et sur lequel je veux construire pour offrir du rêve à nos enfants, je ne pouvais pas me faire à l'idée de partir à Québec ce jour-là pour aller me faire installer une médaille. Au-delà des honneurs, il y a des convictions. Profondes», souligne-t-il dans un courriel envoyé par le biais de sa maison de gérance.

Hier, la ministre de la Culture du Québec, Christine Saint-Pierre, a dit respecter la décision de Fred Pellerin, tout en ajoutant qu'elle considérait que tout cela était «dommage». «Il a le droit de porter le carré rouge, on est dans la liberté d'expression, mais nous on sait ce que ça veut dire le carré rouge, ça veut dire l'intimidation, la violence, ça veut dire aussi le fait qu'on empêche des gens d'aller étudier, pour nous c'est ce que ça veut dire», a-t-elle déclaré.

Cette dernière invite cependant Fred Pellerin à recevoir sa décoration dans un avenir rapproché. «Je lui dis: quand vous serez prêt, venez chercher votre médaille parce que c'est un très très beau moment qu'il va vivre.»

Pour sa part, Fred Pellerin souligne avoir discuté de la situation avec plusieurs membres de son entourage et personne n'avait «de réponse tranchée» quant à savoir s'il devait ou pas se présenter à l'Assemblée nationale jeudi. «J'ai eu beau m'essayer l'idée du 7 juin dans tous les sens, je n'aurais pas été capable de me rendre au bout. Je comprendrai si des gens sont en désaccord avec ma décision. J'espère seulement que nos futurs en seront sauves. Et les espérances toujours grandes», laisse-t-il savoir, précisant qu'il n'avait pas l'intention de faire un coup d'éclat avec cette décision personnelle.

En 2013?

Par lettre, il y a quelques jours, l'artiste avait informé le secrétariat de l'Ordre national de ses intentions. «On m'a répondu gentiment dans les minutes qui ont suivi l'envoi de mon message pour me dire qu'on me contacterait en vue de la cérémonie de 2013.»

Dans cette lettre, Fred Pellerin exprime sa fierté d'avoir été choisi pour être fait chevalier. «L'Ordre national du Québec est la plus haute distinction honorifique de l'État québécois. Je le sais. Cet honneur, c'est une fleur rare, celle à laquelle, du haut de mon artisanat de conteur, dans mon implication dans la collectivité proche, dans mon humble brassage de poussières colorées d'imaginaire, et dans ce retroussage que je fais de notre langue fraternelle, je n'osais même pas rêver.»

«J'accepte avec grand bonheur de compter parmi ces grands qui composent l'Ordre de mon monde. J'accepte de continuer à pousser fort, à rêver grand et à participer à ce projet d'être ce que nous sommes. Avec de l'espoir et du grandir. J'accepte. Toutefois, pour des raisons importantes, je ne pourrai être de la cérémonie de remise des insignes. Jusqu'à tout dernièrement, je persistais à croire que le moment serait bon pour se réjouir, mais il se trouve que ce peuple, à qui on me demande de faire honneur en tant que membre de l'Ordre, se trouve présentement plongé dans une crise sociale d'ampleur. Je m'en voudrais de célébrer et de trinquer à l'honneur de ce peuple dans le contexte actuel où même notre démocratie se fait secouer par la base.»

«Manquer à ces convictions pour l'urgence de la médaille serait pour moi déjà un faux-pas dans ma neuve chevalerie (!). Mon coeur suit mon peuple, et ce peuple n'a pas le coeur à la fête.»

«J'ose espérer que je ne suis pas le premier de l'équipe et de l'histoire à devoir manquer la cérémonie pour des raisons majeures. Sachez que je suis fier et honoré qu'on me nomme Chevalier de l'Ordre national du Québec et que mon impossibilité d'être des vôtres le 7 juin ne tient à aucune question partisane. Je serai le plus heureux des hommes lorsque nos espoirs communs rétablis, nous nous ferons rendez-vous pour piquer l'honneur à ma veste carreautée.»

Jacques Lacombe

Un autre Mauricien d'origine était absent de la cérémonie jeudi à l'Assemblée nationale. Jacques Lacombe n'a pas pu cueillir son insigne puisque, ce soir-là, il était à la barre d'un concert avec l'Orchestre symphonique du New Jersey, dont il est le directeur musical, pour y présenter un concert qui avait pour pièce principale la 9e Symphonie de Mahler.

M. Lacombe semble aussi accepter l'honneur puisqu'il a publié la nouvelle de sa nomination sur son site Internet. Au secrétariat de l'Ordre national du Québec, on précise que M. Lacombe recevra aussi une invitation pour être de la cérémonie l'an prochain.

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