Le projet n'a pas été présenté comme tel aux élèves, mais tout le monde a compris. Au lendemain du drame qui s'est joué près des casiers, il n'était pas question que l'école secondaire l'Escale et ses élèves soient associés à cette violence qui a frappé sans avertissement ce fameux matin de novembre 2011.
Rapidement, l'idée de mettre en place un projet mobilisateur a pris forme pour favoriser un retour à la vie normale, mais surtout pour créer des liens entre les jeunes, les membres du personnel et l'ensemble de la communauté également bouleversée par les événements. Il fallait que la colère et la tristesse prennent la forme de meilleurs sentiments. Idéalement, il fallait développer un lien d'appartenance à l'école l'Escale pour lui permettre de rayonner comme il se doit.
Le Comité Respect et la psycho-éducatrice, Marylène Racine, ont proposé de créer une mosaïque de photos des élèves et de tous ceux et celles qui, en échange, avaient envie de compléter une des quatre phrases commençant par: «J'aime...», Le respect, c'est...», «L'amitié, c'est...» et «Être amoureux, c'est...»
Spontanément, les adolescents ont répondu à l'invitation. Individuellement, en duo ou en groupe, ils ont souri à la caméra et partagé leurs messages d'espoir, de vérité et sans prétention.
«J'aime ce que nous sommes devenues», écrivent deux copines bras dessus, bras dessous. «Être amoureux, c'est redéfinir sa différence», a sagement rappelé un autre jeune. «L'amitié, c'est se soutenir»... Et ainsi de suite.
«Nous voulions que les élèves puissent s'exprimer de façon positive et qu'ils apprennent à se connaître», a expliqué Mme Racine visiblement émue de constater à quel point son idée a suscité de belles réactions.
Au total, 270 photos forment la mosaïque qu'on a dû agrandir pour répondre à l'enthousiasme des élèves et des membres du personnel. «Au moins les deux tiers de l'école et même des gens de la communauté apparaissent sur la mosaïque», a indiqué la psycho-éducatrice qui a été témoin d'une complicité naissante entre plusieurs jeunes. Depuis, ils aiment se regrouper devant le mur de la place d'accueil pour lire les messages et découvrir ce qu'ils ont en commun.
«Ça semble être facile de dire à quelqu'un ''Tu m'énerves'', pour ne pas dire autre chose, mais ce n'est pas aussi simple de lui dire: ''J'aime ce que tu fais...'', a indiqué Mme Racine, ravie de voir des élèves oser le respect dans leurs relations.
Une vidéo intitulée Des mots qui nous lient (http://bit.ly/JvQTRX) a été produite afin de montrer la connivence qui a été partagée tout au long des sept semaines de réalisation de la mosaïque. La chanson qui l'accompagne, Besoin de voir, a été composée et est interprétée par une élève de 4e secondaire, Marie-Ève Plante.
Directeur de l'école secondaire l'Escale, Steve Leduc ne cache pas que la dernière année scolaire a été éprouvante. Aujourd'hui, il se fait le porte-parole des élèves qui lui ont souvent répété que l'Escale, ce n'est pas la violence qui a fait la manchette à l'automne dernier.
«L'Escale, c'est avant tout une grande famille, une école respectueuse et chaleureuse», a insisté le directeur qui souhaite tourner la page sur l'agression armée dont un élève a été victime en novembre dernier.
«Il est revenu à l'école après le congé des Fêtes. Je peux vous dire que ça va bien», a-t-il cependant assuré.