La fuite décelée dans un puits de gaz de schiste de la région de Lotbinière a été la goutte qui a fait déborder le vase. Au Québec, l'exploitation des gaz de schiste «se fera correctement ou il n'y en aura tout simplement pas», a tranché M. Arcand, qui lui aussi parlait jusqu'alors d'encadrer le développement de cette industrie, mais pas de remettre en question sa pertinence.
En conférence de presse de clôture des travaux du caucus libéral, le premier ministre Jean Charest a renchéri sur le même ton. «Il y aura de l'exploration et de l'exploitation des gaz de schiste à la condition que ça puisse être fait correctement», a-t-il dit.
L'accumulation d'incidents, d'infractions, de contestations et d'interrogations de la part de la population semblent avoir eu raison de la patience du ministre Arcand, qui jusqu'à maintenant se montrait inflexible, rejetant tout moratoire.
«Je sens que l'industrie n'a pas le contrôle de la situation», a-t-il pourtant reconnu vendredi. Il s'est dit prêt à «arrêter» l'industrie, s'il jugeait la santé ou la sécurité de la population menacées.
«Deux ans trop tard»
La position du ministre Arcand a été bien accueillie par les préfets des MRC de Bécancour et Nicolet-Yamaska, Maurice Richard et Alain Drouin, même si ce dernier estime qu'elle arrive un peu tard. «Ils sont deux ans trop tard. C'était avant d'émettre les permis à l'industrie qu'il fallait avoir cette prudence. Espérons qu'ils soient sérieux, parce qu'on sait que dans l'état actuel des choses, ce n'est pas fait correctement», signale M. Drouin.
Ce dernier maintient toutefois la position de la MRC de ne pas encore réclamer de moratoire. Cette demande sera faite si, au moment où ils auront les rapports du BAPE ainsi que les textes de lois entre les mains, les mesures suggérées ne répondent pas aux préoccupations de la MRC.
De son côté, Maurice Richard souligne que le ministre Arcand vient tout simplement de dire ce que Bécancour dit depuis le début. «Un moratoire serait l'occasion parfaite de créer notre propre expertise québécoise, de concert avec tous les intervenants, pour que cette exploitation se fasse correctement», croit-il.
Les citoyens continuent
Du côté des regroupements citoyens, les efforts pour obtenir un moratoire se poursuivront aussi intensément, même si le gouvernement vient de changer de ton. D'ailleurs, certains se questionnent sur la sincérité de cette sortie. «Est-ce que c'est uniquement pour calmer le jeu? Est-ce une opération de relations publiques? J'ai bien hâte d'entendre la ministre Normandeau. Au bout du compte, c'est elle qui tient les commandes de ce dossier», commente Jean Proulx, porte-parole du Comité Vigilance gaz de schiste Nicolet-Yamaska.
Son homologue du comité de Lotbinière-Bécancour, Serge Fortier, ajoute que la mobilisation citoyenne commence à porter fruit. «Enfin, on commence à être écoutés. Les pièces du puzzle commencent à se mettre ensemble et on réalise que nos inquiétudes sont fondées et qu'il y a un manque de contrôle. Nous maintenons notre position de réclamer un moratoire. Il n'y a pas d'autre possibilité pour encadrer l'industrie», mentionne M. Fortier.
Avec La Presse Canadienne