La petite Denise devenue grande... peintre!

Denise Harvey-Desroches... (Photo: Olivier Croteau)

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Denise Harvey-Desroches

Photo: Olivier Croteau

Marc Rochette
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «On m'appelait la petite Denise car j'étais deux ans plus jeune que les autres, ayant commencé l'école à l'âge de quatre ans. Et quand je faisais des dessins, les professeurs croyaient que ce n'était pas moi car ma mère, très douée, faisait les dessins des amies de ma soeur».

Voilà comment l'aquarelliste Denise Harvey-Desroches a vécu ses premières «expériences» avec le monde pictural alors qu'elle fréquentait «la vieille école Centrale en arrière de chez-nous», dans son La Tuque natal, sur la rue Saint-Pierre.

Quatrième d'une famille de sept enfants, elle a vu son père Thomas travailler à l'usine CIP en plus de devenir conseiller municipal à l'époque du maire Onésime Dallaire. Petite note anecdotique, sa mère Éliane avait également Harvey comme nom de famille.

Celle qui jouait à «la maîtresse d'école» dans sa jeunesse aura profité d'une occasion offerte par un prêtre pour aller séjourner un an au New Jersey. Encore là, quand elle dessinait, on lui disait: «ce n'est pas toi qui a fait ça».

De retour à La Tuque, elle terminera ses études secondaires tout en se mettant à enseigner l'anglais à d'autres jeunes. Une ironie pour la principale intéressée qui, selon sa propre expression, «n'était pas bonne» en langue seconde avant son séjour américain.

Et ce goût du défi devant les obstacles l'aura bien servi, tantôt pour apprendre à nager alors qu'elle avait peur de l'eau, tantôt pour prendre le pinceau en dépit des remarques, disons-le, décourageantes.

Après une période d'enseignement dans la région de Chomedey et Repentigny, elle revient dans son patelin avec son conjoint, André Desroches, qui amorcera une longue carrière pour Ville de La Tuque.

Pour remédier aux murs dégarnis de son nouveau chez soi, elle propose à son mari de... peindre. Ce sera le début d'une belle aventure artistique qui se poursuit toujours.

«Assise par terre, avec une toile et des pinceaux, j'ai réalisé ma première oeuvre qui s'intitulait la mère et l'enfant. Et c'est Philippe Gilbert qui l'a eu», se rappelle-t-elle.

Si le scepticisme de son époux l'avait amené à se cacher pour peindre, la vente de toute sa production au local du mouvement socio-culturel l'aura vite fait devenir «son plus grand fan». Lui-même aujourd'hui s'est laissé tenté par l'art, soit la sculpture.

Elle dit avoir bien aimé l'influence artistique d'Arthur Harvey (eh! oui, un autre Harvey) et dont la fille s'appelait d'ailleurs... Denise.

En raison des allergies de sa jeune fille à la peinture à l'huile, Denise Harvey-Desroches se tourne vers l'aquarelle. Une adaptation pas évidente.

«Mais quand j'ai de la misère, il faut que je réussisse», tient-elle à répéter comme principe de vie. Et le succès, elle l'aura définitivement connu, s'attirant les éloges de grands aquarellistes tels que Jean-Paul Ladouceur et Maurice Domingue.

Sa passion ne se démentira pas jusqu'à aujourd'hui. Ce sera tantôt l'ouverture d'une galerie d'art dans son sous-sol de la rue Cardinal-Léger, à La Tuque, tantôt de nombreuses expositions en France, y représentant même le Canada en plus de rafler plus d'une distinction.

Plusieurs de ses toiles font d'ailleurs partie de collections d'oeuvre d'art (Banque Royale, Loto-Québec, Télébec, etc.).

Mais son milieu ne sera pas en reste, la Caisse populaire Desjardins de La Tuque la choisissant, en 1988, pour créer l'oeuvre commémorant son 50e anniversaire «Des jardins et Desjardins».

Six ans plus tard, ce sera toutefois le déménagement à Montebello pour des raisons professionnelles du côté de son mari. Entre-temps, elle aura eu diverses occasions d'exposer ses oeuvres à Trois-Rivières, que ce soit à la Galerie Art 8 ou la Galerie Desroches et des Couleurs.

Après avoir été justement propriétaire d'une galerie d'art à son arrivée dans la région de la Petite-Nation, elle travaille maintenant à partir de son domicile depuis huit ans tout en continuant à s'impliquer dans différentes activités culturelles.

Sa région d'adoption lui rappelle toutefois les paysages de son territoire latuquois. C'est d'ailleurs cette nature qui avait attiré André Desroches en haute Mauricie à la fin des années 60.

«Quand je retourne manger au Saint-François avec de bonnes amies, j'ai l'impression que Montebello n'existe plus et que je vais ensuite coucher chez nous à la maison. On ne peut sortir La Tuque de soi», confie Denise Harvey-Desroches.

Malgré ses trois mois passés annuellement en Floride, elle produit une bonne vingtaine de grandes toiles par année.

«Je vais mourir avec un pinceau dans les mains», conclut la petite Denise qui, manifestement, est devenue grande... peintre.

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