De «drôles d'oiseaux»

Gilles Lebel, Joane Bordeleau et Normand Gour.... (PHOTO: OLIVIER CROTEAU)

Agrandir

Gilles Lebel, Joane Bordeleau et Normand Gour.

PHOTO: OLIVIER CROTEAU

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Louise Plante
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «Il y a vraiment de drôles d'oiseaux à Trois-Rivières!»

Cette réflexion a été faite au moins deux fois par des députés, hier lors des audiences de la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité, qui n'en revenaient pas des points de vue originaux ou à contre-courant qui leur ont été livrés tout au long de la journée au Centre des congrès de Trois-Rivières sur la question de l'euthanasie et du suicide assisté.

Le premier étonnement a été causé par Gilles Lebel, ex-directeur d'un centre d'hébergement et de soins de longue durée et maintenant intervenant à la Maison Albatros qui présentait le mémoire de l'Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité-Mauricie.

Après avoir recommandé la reconnaissance légale du testament de fin de vie, ce dernier a plaidé chaudement pour le droit de choisir sa manière de mourir.

«Ça m'horripile quand on dit qu'on va tuer une personne. Il n'y a rien de déshumanisant là-dedans. La personne ne demande pas qu'on la tue mais qu'on l'aide à mourir. Ça ne va pas perturber toute la société si on permet à quelqu'un de mourir dans la dignité. Ce n'est pas parce que c'est délicat qu'il ne faut pas prendre une décision.»

«Vous êtes un oiseau rare vous! s'est exclamée la députée de Joliette, Véronique Hivon. Les gens qui travaillent en soins palliatifs, comme vous, sont généralement contre cette idée. Pas vous.»

Quant à son collègue, Normand Gour, ingénieur de formation, il a fait réagir fortement les membres de la commission lorsqu'il a déclaré que ça le faisait plutôt sourire d'entendre les médecins dire qu'ils sont contre le suicide assisté et l'euthanasie. «Ils vont faire en sorte qu'il y ait un encadrement appuyé», en a-t-il déduit. «D'ailleurs, quand une personne demande à mourir, cela devrait être sa porte d'entrée vers des soins palliatifs», a-t-il ajouté.

Le second étonnement est venu du côté du docteur Gaëtan Bégin, médecin spécialiste en soins palliatifs au Centre de santé et de services sociaux de Shawinigan qui, après avoir fait l'éloge des soins palliatifs, a admis que dans les cas où la douleur physique et psychologique étaient très graves, il pouvait comprendre qu'on ait exceptionnellement recours à d'autres options qu'il a qualifiées de «valeur ajoutée aux soins palliatifs».

«C'est vrai qu'il y a des oiseaux rares à Trois-Rivières!» a lancé à son tour la députée de Hull, Maryse Gaudreault, en faisant remarquer que cette position allait à l'encontre de celle du Collège des médecins.

«Votre position est-elle partagée par vos collègues?» s'est-elle empressée de demander. «Honnêtement, on ne parle pas de ça, d'aider les gens à mourir», a répondu le médecin.

À un autre membre de la commission qui voulait savoir si les affirmations du docteur Gaétan Barette (président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec) à l'effet qu'il se faisait des euthanasies dans les hôpitaux du Québec étaient vraies, le docteur Bégin a répondu prudemment qu'à son hôpital, il ne s'en faisait pas et qu'il ne pouvait répondre pour les autres.

Ces points de vue n'étaient toutefois pas partagés par la docteure Agathe Blanchette, médecin de famille et médecin en soins palliatifs depuis 20 ans qui s'est dit farouchement en faveur des soins palliatifs et pour leur développement et résolument contre la légalisation de l'euthanasie ou l'aide au suicide.

«J'espère qu'on n'obligera pas les médecins en soins palliatifs à faire des euthanasies parce qu'on va devenir des tueurs au lieu de médecins!» a-t-elle avancé.

La docteure Blanchette s'est aussi dite d'avis que si un jour les gens venaient à croire qu'elle donne «la dernière piqûre», ils vont se mettre «à avoir peur d'elle». Une déclaration qui n'a pas manqué d'exaspérer quelques personnes dans la salle.

Autre fait intéressant au cours de cette journée, on a pu constater que les différentes associations de défense des doits des personnes retraitées et pré-retraitées avaient des positions diamétralement opposées sur la question de l'euthanasie et du suicide assisté.

Trois dames, les soeurs Rajotte, qui parlaient pour l'AQDR du Centre-du-Québec, sont venues exprimer leurs grandes inquiétudes sur cette question et leur ferme opposition à une éventuelle légalisation de ces approches, elles qui préfèrent plutôt le développement des soins palliatifs.

De son côté, l'ex-syndicaliste Norbert Rodrigue, qui représentait l'AQDR de la MRC de Joliette, adoptait une position contraire et saluait chaudement l'idée de poser ouvertement et pour une première fois au Québec la question concernant la fin de vie. «Il est certain que l'encadrement légal de l'euthanasie empêcherait les pratiques clandestines et les risques d'abus. Cela rendrait possible les comportements plus francs, ouverts et plus conformes à la compassion humaine», a-t-il confié à la commission lors d'un témoignage fort apprécié des députés.

Après avoir ouvert le micro quelques minutes au reste du public, la commission a clos ses travaux. Ils reprendront mardi, à Québec.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer