D'enfant du Bel-Air... à père d'Afrique

Serge Saint-Arneault... (Photo: Ève Guillemette)

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Serge Saint-Arneault

Photo: Ève Guillemette

Marc Rochette
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il a beau être né à Saint-Adelphe, Serge Saint-Arneault se décrit comme un fils de La Tuque... ou, plutôt, un enfant du Bel-Air. Il était d'ailleurs très jeune quand son père Bastien et sa mère Laurette y sont déménagés pour un travail «à la CIP».

L'aîné d'une famille de quatre n'hésite pas à comparer son quartier à un enfant et la ville, à une maman qui nourrit et habille, avec ses épiceries et ses magasins. Et pour se rendre en sol maternel, il fallait emprunter la côte du Bel-Air, sorte de «cordon ombilical» vital, au haut de laquelle on retrouvait l'hôpital.

«Et de la vitre de la maison, je pouvais voir la côte et identifier la voiture de papa qui revenait de la ville», se souvient-il.

Par ailleurs, la vue des cheminées papetières, également à partir du Bel-Air, l'aura amené à appliquer une métaphore paternelle à l'usine «car c'est là que les papas travaillaient» pour subvenir aux besoins.

«Et la boucane des cheminées, ça te rappelle le papa qui fume», poursuit celui qui s'amusait à voir son père souffler sa fumée dans «une bouteille de coke».

Et Serge Saint-Arneault s'identifiait à sa rue Corbeil et à son quartier qui était situé près de la rivière.

«Entre enfants, on se connaissait, il y avait les familles Olsen, Laperrière, Bouchard, et ayant passé Le Nouvelliste et la circulaire, je connaissais le monde», confie l'homme de 55 ans qui garde également en mémoire les Denis Bouchard, Robert Thibodeau et Réjean Tremblay.

Petit secret de famille, cette grosse pierre dans le boisé environnant que son frère Sylvain et lui avaient baptisé «la baleine». Ils se plaisaient à l'escalader pour y faire des pique-niques.

Et pour aller à l'école, tantôt à Eugène-Corbeil, tantôt à Champagnat, il se frayait un chemin dans l'escarpement menant au boulevard Ducharme.

Désigné élève de l'année à la fin de ses études secondaires, non seulement localement, mais pour l'ensemble de la commission scolaire, celui que l'on surnommait «Saint Serge» s'impliquait dans des activités sportives et pastorales.

C'est lui qui aura même conçu le sigle officiel de l'Expo-Jeunesse de Shawinigan, fait gagner son école pour une exposition sur la photosynthèse, «avec Pierre Charland et Serge Veillette», en plus de remporter un voyage en France lors d'un concours de critiques de films sur les ondes de CKTM-TV, représentant ainsi le Collège Laflèche.

Par la suite, ce sera les études en théologie, à l'UQTR, avant de céder à l'appel de Dieu pour une vocation «sans aucun regret», sous l'influence de l'aumônier de l'université, l'abbé Gilles Marchand.

«C'était l'aboutissement naturel d'une conviction profonde», affirme celui qui, dès le départ, se voyait davantage missionnaire en Afrique que prêtre diocésain au Québec.

Ce sera ensuite une année à Ottawa, une autre en Suisse, pour le noviciat, deux ans d'expérience pastorale au Zaïre et deux ans d'études en Angleterre, en anthropologie. Et c'est le 6 décembre 1986 qu'il sera ordonné diacre.

Une date d'autant plus mémorable que trois ans plus tard exactement, sa soeur Annie tombera sous les balles d'un tueur fou à l'École Polytechnique. Dans sa lointaine République Démocratique du Congo, il n'aura appris la nouvelle qu'une semaine plus tard. Après un triste séjour au Québec, il sera retourné là-bas avec ses parents.

Après un intermède de quatre ans partagé entre Montréal et Québec, ce membre de la Société des Missionnaires d'Afrique se retrouvera finalement au Malawi dès 2001, avec les défis d'une nouvelle langue, le Chichewa, après celle du Kiswahili.

«J'aime les Africains, je suis bien avec eux, et après mon récent départ, j'ai été couronné chef symbolique d'un village», se plaît à raconter celui qui a son propre blogue (sergestarno.blogspot.com). Et au cours de la prochaine année, il profitera de son passage en sol québécois pour étudier en informatique... et retourner à La Tuque.

Une occasion de plus de «voir si les arbres ont grandi», de faire «son pèlerinage au quartier Bel-Air», et de retrouver l'église de son enfance, soit l'église Marie-Médiatrice. C'est là qu'il fut ordonné prêtre en 1987 par un Latuquois, Mgr Martin Veillette. Il s'agissait d'ailleurs d'une première ordination pour le nouvel évêque auxiliaire du diocèse de Trois-Rivières.

La confiance et l'amour des autres étant au coeur de sa vocation, le père Saint-Arneault est à compléter l'écriture d'un livre inspiré de ses lettres du Malawi et dont le titre sera «Rivière d'argent». «Et je m'aperçois qu'Annie est comme présente dans mes lettres», avoue le grand frère endeuillé.

Et quand on lui parle des risques de la brousse africaine, il répond ceci: «quel est le plus dangereux? tre missionnaire en Afrique ou étudiant à l'École Polytechnique de Montréal?».

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