De la rue Roy... aux quatre coins du monde

Luce Rouillard-Doré... (Photo: Marc Rochette)

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Luce Rouillard-Doré

Photo: Marc Rochette

Marc Rochette
Le Nouvelliste

(La Tuque) Née sur la rue Roy, à La Tuque, le 18 août 1947, Luce Rouillard-Doré a vite eu le goût de vivre à l'étranger. Aujourd'hui, la cadette d'une famille de six enfants peut dire mission accomplie, gagnant sa vie depuis une trentaine d'années aux quatre coins du globe comme employée du ministère des Affaires... étrangères.

Occupant le poste de Conseillère (administration) et Consule Générale au Mexique, à l'ambassade du Canada à Mexico, la fille de Germaine Tremblay et Origène Rouillard, un travailleur à l'usine de papier, aura été témoin, dès sa jeunesse, du bénévolat de sa mère dans des organisations comme le Cercle d'économie domestique, devenu plus tard l'Aféas. Quant à son père, les Zouaves auront fait partie de toute sa vie.

Mais pour la jeune Luce, ce sera l'implication dans des groupes comme les 4H ou les louveteaux dont elle était cheftaine. Son nom d'usage? Kaa, le serpent.

«Au début de la paroisse Marie-Médiatrice, je remplissais tous les registres de mariage, baptême et décès, à l'époque de l'abbé François Marchand. Il y avait une machine à écrire et je faisais du travail de bureau», se rappelle-t-elle.

Pendant qu'elle mène des études commerciales à Trois-Rivières pour devenir secrétaire, son ami de coeur, Jacques Doré, aussi de La Tuque, décroche son diplôme de technicien en loisir et sport en plus d'avoir une formation en génagogie.

Et le 28 novembre 1970, Luce Rouillard unit sa vie à celle du peintre et sculpteur qu'aura toujours été Jacques Doré. «C'est un ami d'enfance», précise-t-elle, les deux tourtereaux ayant même fait semblant de se marier à l'âge de neuf ans, «avec des fleurs».

De 1966 à 1973, la Latuquoise travaillera comme secrétaire à la division forestière de la Compagnie internationale de papier. C'est alors qu'elle quitte sa ville pour pratiquer son métier à l'Université du Québec à Trois-Rivières. Deux ans plus tard, ce sera le départ pour Montréal, intégrant la fonction publique du Canada. Parallèlement, son époux travaillera dans une galerie de peinture.

«Dans les années 70, on avait des emplois comme on voulait», fait remarquer celle qui se joint au ministère des Affaires étrangères, à Ottawa, en 1976. Pour sa part, son conjoint saisit l'occasion pour mettre ses compétences au service du Pavillon du Parc, section à la protection de la jeunesse. Il poursuivra par la suite une carrière internationale en tant que peintre et sculpteur canadien avec des expositions dans plusieurs pays.

Mais c'est à Trois-Rivières que son appel outre-mer s'était fait sentir avec tous ces conférenciers africains qui venaient alors y parler de leur continent.

«Une secrétaire, ça ne voyageait pas, mais les Affaires extérieures, par une annonce, cherchaient des secrétaires et il y avait un choix de postes», poursuit Mme Rouillard-Doré qui voulait «aller n'importe où».

Et sa première « mission » fut à Dacca, au Bangladesh, en 1977. «Quand tu commences par un poste difficile, les autres sont plus faciles», admet-elle. Et c'est alors que le couple plie bagage. «Cela fait 33 ans que nous sommes partis et on pensait à ça depuis notre jeunesse», tient-elle à souligner.

Toujours comme secrétaire, ce sera ensuite Paris en France, Beijing en Chine, Bogota en Colombie, New York aux Etats-Unis, Alger en Algérie, Bruxelles en Belgique, New Delhi en Inde et Rome en Italie.

Mais son arrivée à Port-au-Prince en Haiti se fera à titre de Deuxième Secrétaire et Consule, une fonction qu'elle maintiendra à Lagos et Abuja au Nigéria, Tunis en Tunisie, Taipei à Taiwan, Genève en Suisse avant de devenir Conseillère (administration) et Consule générale au Mexique. Des séjours qui auront varié entre deux et quatre ans.

«Le Consul est là pour aider les Canadiens à l'étranger pour, entre autres, les passeports et la citoyenneté. On est le relais entre la famille et les Canadiens en difficulté», explique celle qui a une centaine de personnes sous sa responsabilité via 11 points de service au Mexique. Et il y a toutes ces responsabilités administratives (finances, sécurité, biens et propriétés, ressources humaines, information et informatique, etc.).

«Il est aussi du devoir de la Consule d'inciter les voyageurs du Canada à consulter l'onglet Conseils aux voyageurs et avertissements sur le site www.voyage.gc.ca où le voyageur peut et devrait s'inscrire dans le système d'enregistrement des Canadiens à l'étranger. C'est une mesure importante lors d'un voyage à l'étranger en cas de catastrophe», tient-elle à informer. 

Deux fois par année, elle se plaît à revenir dans sa ville natale. «Je reviens toujours aux sources, c'est bien de se retrouver, là d'où tu viens, de retrouver la sécurité du nid familial. Nos parents nous ont donné l'affection, la confiance en nous», a-t-elle confié lors de son passage dans la maison de son enfance. L'hiver dernier, c'était sa première visite à La Tuque pour le temps des Fêtes... en 12 ans! Et quand elle revient dans son patelin, elle en profite pour encourager les commerçants locaux.

Parmi ses souvenirs de jeunesse, il y a ce patinage au vieil aréna, à côté de la salle des Chevaliers de Colomb, sous la valse de Strauss, «et ce banc en bois», ces pique-niques sur le cap de la montagne, cette implication comme majorette, «avec Mme Peach», à la trompette, au tambour et à la lyre, ces cours de natation à la piscine de Champagnat et la danse moderne, «une relaxation totale». C'est sans compter le cabaret des jeunes, «où l'on faisait venir des orchestres», le Socio culturel, la Cayute, «fondée par Coco», et l'Aféas, dont elle était... secrétaire.

Or, au niveau des périples professionnels, ce sont la Chine, l'Inde et le Mexique qui l'auront davantage marquée tandis que les villes de New York, Paris et Rome retiennent son attention pour un point commun : les arts. Et au plan du travail, c'est l'ouverture de ambassades qui lui procure la plus grande satisfaction : au Nigéria (Lagos et Abuja), en Libye (Tripoli) et en Mongolie (Ulaanbator).

Au terme de son mandat de trois ans au Mexique, et après une longue carrière ponctuée de rencontres avec les dignitaires de ce monde, elle pourrait bien profiter de son pied-à-terre de Montréal pour retourner à l'université, peut-être en archéologie ou en histoire, ou encore relever un autre défi pour le compte du ministère des Affaires étrangères, «la curiosité étant toujours là».

Une chose est certaine, elle entend bien continuer à voyager. «C'est ma vie», conclut la petite fille de la rue Roy.

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