Des plaintes contre Narconon

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Le centre Narconon de Trois-Rivières fait l'objet de plaintes pour harcèlement psychologique et sexuel de la part d'un ancien employé.

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(TROIS-RIVIÈRES) L'organisme Narconon de Trois-Rivières se retrouve une nouvelle fois sur la place publique, depuis que des plaintes pour harcèlement psychologique et sexuel font l'objet d'enquêtes de la part de la Commission des droits de la personne ainsi que de la Commission des normes du travail.

La personne à l'origine de ces plaintes, le Montréalais David Edgar Love, est un ancien patient et a été à l'emploi de Narconon une fois sa thérapie terminée. Bien connu pour ses sorties publiques depuis quelques mois contre le centre de désintoxication et contre les liens que Narconon semble entretenir avec l'Église de scientologie, David Edgar Love n'avait cependant jamais voulu donner de détails sur l'objet de ces plaintes, qui concernent des actes qui auraient été posés alors qu'il était employé, entre mai 2009 et octobre 2009. Il a accepté d'en parler au Nouvelliste.

David Edgar Love est entré chez Narconon en décembre 2008 pour un problème de drogue. En mai 2009, il a complété sa thérapie et a été embauché par Narconon. L'une de ses tâches consistait à faire le suivi auprès des patients qui avaient déjà suivi une thérapie chez Narconon. «L'organisme se vantait d'atteindre un taux de réussite de plus de 70 %, mais je me suis rapidement rendu compte que c'était bien moins que ça. Quand j'ai soulevé cette question auprès de mes employeurs, ça n'a pas fait leur affaire», constate M. Love.

Cette remise en question des procédures ainsi que son attitude en général ne semblaient pas faire l'affaire de la direction. David Love soutient avoir alors subi des pressions psychologiques intenses et d'avoir été forcé d'assister à au moins huit reprises à des «PTS interviews». L'acronyme anglais PTS signifie «Source potentielle de problèmes» et, selon David Love ainsi qu'un autre militant contre la scientologie, Gerry Armstrong, est directement liée aux enseignements de la scientologie. «Ce en quoi ils croient, c'est qu'il n'existe pas de maladie, pas de malaises ni d'accidents, à moins que nous soyons en contact avec des «personnes répressives», soit des personnes qui ne croient pas aux enseignements de la scientologie et qui nous contaminent de l'extérieur. Pour eux, j'étais donc devenu une source de problème», explique David Love.

Les «PTS interviews» auxquelles il dit avoir été forcé d'assister chez Narconon visaient donc, selon lui, à le couper du monde extérieur pour éviter qu'il divulgue l'information dont il disposait. «Ils me détenaient dans une salle et ne me laissaient pas partir. On m'a forcé à couper les liens avec ma famille. On me criait après, on m'a même menacé. Ma vie a été menacée. C'était horrible, horrible! On m'a même dit que si je disais quoi que ce soit de l'information que je savais, je serais pourchassé et j'allais disparaître», confie M. Love.

La Commission des Normes du travail a jugé qu'il y avait suffisamment de motifs pour faire une enquête à ce niveau. Le processus est actuellement en cours.

Harcèlement sexuel

Par ailleurs, le lendemain de son embauche, David Love affirme avoir reçu une lettre assez explicite de la part d'une femme faisant partie de la direction de l'organisme, lui faisant des avances sexuelles.

Mal à l'aise de cette communication, M. Love affirme avoir décidé d'en glisser un mot à certains collègues pour savoir comment réagir face à cette lettre. Il soutient même avoir été encouragé par certains des employés à répondre aux avances, ce qu'il a refusé de faire. Selon lui, le harcèlement sexuel de la part de cette directrice s'est ainsi poursuivi jusqu'à quelques jours avant son départ de Narconon, en octobre 2009. La Commission des droits de la personne a été saisie du dossier. Dans les deux cas, l'employeur a refusé d'aller en médiation avec David Love, et une enquête est actuellement en cours. Le résultat de l'enquête pourrait soit blanchir Narconon ou alors traduire l'organisme devant le Tribunal des droits de la personne.

Joint au téléphone, le directeur du centre Narconon de Trois-Rivières, Marc Bernard, s'est refusé à tout commentaire face aux allégations de David Edgar Love, préférant laisser les procédures de la Commission des droits de la personnes et les Normes du travail suivrent leur cours.

Cinq déménagements en huit mois

Les liens entre les enseignements de la scientologie et les thérapies offertes chez Narconon ont déjà fait l'objet de plusieurs reportages et soulevé des commentaires et discussions un peu partout sur Internet, notamment sur des sites de groupes s'opposant à la scientologie, comme Anonymous.

Dans une entrevue accordée au Nouvelliste il y a quelques mois, le directeur de Narconon Trois-Rivières, Marc Bernard, ne cachait pas que quatre ou cinq employés de Narconon sur la trentaine de membres du personnel appartenaient à l'Église de scientologie. Ce dernier disait ne rien avoir à cacher à ce sujet, mais soutenait aussi que la maison de thérapie ne servait pas de lieu de propagande où la pratique de la scientologie est obligatoire ou recommandée. Au contraire, il maintenait que toutes les races et les religions sont acceptées chez Narconon, et que les employés ne parlent pas de scientologie aux patients.

Pour sa part, David Edgar Love dit avoir été surpris de lire ces propos. Arrivé chez Narconon en décembre 2008 pour suivre une thérapie, il soutient avoir eu à écouter un film documentaire qui parlait des enseignements de la scientologie. «J'étais même accompagné d'une personne de la direction durant le visionnement, pour être bien certain que je regarde le film au complet», soutient l'homme.

En octobre 2009, mal à l'aise face aux différents événements qu'il dit avoir vécu, David Love a voulu quitter Narconon comme employé. «Mais on ne quitte pas la scientologie comme ça, on ne peut pas juste sortir de là, surtout quand on détient autant d'information que je pouvais en avoir», affirme David Love.

Il est déménagé à Montréal, et affirme avoir dû changer cinq fois d'adresse depuis octobre 2009 car il recevait des menaces de certaines personnes.

«Sur ma page Facebook, à la vue de tous, on m'a déclaré comme étant un ennemi. Ce qui pour eux signifie qu'on peut me faire du mal, me voler, m'espionner sans subir de représailles de l'Église», rapporte David Love, qui a remis copie de ce message Facebook aux Normes du travail ainsi qu'à la Commission des droits de la personne.

Ces allégations font également l'objet d'une enquête de la part des Normes du travail et des Droits de la personne. Là non plus, Narconon n'a pas souhaité émettre de commentaires.

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