L'infirmière heureuse de Lac-Édouard

Jennie Skene... (Photo: Marc Rochette)

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Jennie Skene

Photo: Marc Rochette

Le Nouvelliste

(Québec) «J'ai été heureuse enfant, j'ai été heureuse adolescente. Je fais toujours quelque chose que j'aime.»

Et le bonheur est manifestement au rendez-vous à 60 ans. Vivant une retraite bien méritée depuis le milieu des années 2000, Jennie Skene respire la sérénité dans sa nouvelle maison située le long du fleuve, dans le secteur de Beauport.

Celle qui a marqué le paysage médiatique à titre de présidente de la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ) pendant plus d'une décennie vit d'ailleurs dans la région de la Vieille Capitale depuis l'âge de 17 ans. Mais l'aînée d'une famille de six enfants aura grandi à Lac-Édouard, en Haute-Mauricie. Également natif de l'endroit, son père Johnny travaillait pour le Canadien National.

Si elle avoue n'être jamais allée à la pêche, le maillot de bain, en revanche, n'était jamais très loin pour aller aux quais du village. «Je glissais l'hiver avec des amis et je lisais beaucoup», se souvient-elle.

Faute de route, la jeune Jennie voyageait justement via la voie ferrée paternelle, «avec des passes», pour se rendre chez les grands-parents, à l'extérieur de la région. Et à l'âge de 16 ans, ce fut le pensionnat au couvent des Soeurs de l'Assomption de La Tuque pour compléter la 10e année.

«On était quatre ou cinq de Lac-Édouard, et d'autres provenaient de Rapide-Blanc, Clova et Parent. L'école Centrale était pour les filles et pour les laboratoires en chimie, on allait à l'école des gars, à Champagnat», se plaît-elle à raconter. Le groupe d'élèves «étrangers» avait toutefois été renvoyé chez eux, l'année scolaire ayant débuté «15 jours en retard en raison d'une grève de profs».

Quant à la vie en sol latuquois, les occasions étaient plutôt rares de faire de grandes découvertes. «Les religieuses étaient sévères», souligne-t-elle. Car à part quelques promenades autour du lac Saint-Louis et «le droit d'aller au magasin la fin de semaine», c'était plutôt l'aller-retour entre le couvent et l'école Centrale. Et le chemin peu carrossable entre La Tuque et Lac-Édouard n'incitait pas à des retours fréquents à la maison. «Déjà, asphalté, c'est quelqu'un», se rappelle très bien Jennie Skene par rapport à la configuration particulière de ce lien routier.

C'est toutefois à Senneterre qu'elle fera sa 11e année en raison du boulot de son père. Ensuite, ce sera le début de son cours d'infirmière à Québec, plus précisément à l'Hôpital de l'Enfant-Jésus où elle passera d'ailleurs sa carrière.

Depuis quand voulait-elle exercer cette profession? «Ça faisait longtemps, ça m'avait toujours intéressé et il y avait moins de choix, l'informatique n'existait pas, c'était surtout secrétaire, enseignante, coiffeuse et infirmière», explique-t-elle.

Or, pour celle-ci, son métier conciliait «beaucoup de choses», soit le scientifique, le technologique et les relations humaines. Et peut-être que si l'option avait été moins coûteuse, elle aurait choisi la médecine. «On aura été le dernier groupe d'étudiants de l'hôpital de l'Enfant-Jésus avant que le cours s'en aille au cégep», précise celle qui fut alors facilement embauchée.

C'est dès le milieu des années 70 que Jennie Skene se laisse séduire par le militantisme syndical. Autant aimait-elle aider les malades à recouvrer la santé, autant elle voulait aider ses collègues à régler leurs problèmes. Une double vocation qu'elle aura menée à terme jusqu'au bout.

En 1993, c'est la présidence de la FIIQ qui l'attend. Et pendant son mandat d'une douzaine d'années, qui fut constamment renouvelé jusqu'à son départ volontaire, les événements majeurs se seront succédés: virage ambulatoire, départs massifs à la retraite pour atteindre le déficit zéro et grève illégale de 23 jours à l'été 1999. Malgré cela, rien pour lui faire perdre son calme. Une qualité indispensable pour quelqu'un qui aura passé une vingtaine d'années dans une salle d'urgence.

Aujourd'hui, la récipiendaire de plusieurs prix honorifiques se rend encore régulièrement dans son Lac-Édouard natal. Pas plus tard que l'été passé, elle avait loué des chalets à la pourvoirie Le Goéland. Et elle passe évidemment par La Tuque.

«À partir de Pâques jusqu'à la fin de la chasse, la maison était pleine. Et je me souviens que ma grand-mère Skene arrivait du train à quatre heures du matin et criait à ma mère: Jacqueline, c'est moi», ramène soudainement à sa mémoire l'ancienne infirmière... visiblement heureuse.

 

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