L'énigme champagne

Le champagne est, d'une certaine façon, une énigme. (Photo: Photos.com)

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Le champagne est, d'une certaine façon, une énigme.

Ainsi, on est en droit de se demander ce qui fait que la Champagne produit des vins effervescents très supérieurs à ceux de la Bourgogne... alors que cette dernière dispose de vins de Pinot noir et de Chardonnay bien meilleurs que ceux de la Champagne!

Vignoble septentrional, la Champagne n'a en effet, comme matériau (si l'on peut dire), que des vins pour la plupart fortement acides et peu aromatiques, du moins avant le long processus de champagnisation.

Comment donc expliquer cette apparente contradiction?

Il y a à cela plusieurs raisons. Dont, notamment, les suivantes.

Il y a d'abord le fait que les vins dits de base (ils formeront l'essentiel de l'assemblage qui sera mis en bouteilles pour la seconde fermentation) sont, au préalable, en Champagne, élevés en cuves, sur lies, pendant plusieurs mois.

Or, la lie «nourrit le vin», comme disent les viticulteurs du Muscadet, en ce sens qu'elle lui donne de la chair et de la complexité. (Ce qui précède concerne les champagnes non millésimés, auxquels on ajoute normalement, avant la mise en bouteilles et la seconde fermentation, des vins d'années précédentes, dits de réserve, conservés en cuves.)

Deuxième facteur: une fois le vin en bouteille avec sa liqueur de tirage (un mélange de vin, de sucre et de levures), laquelle provoquera la deuxième fermentation, le champagne reste au contact de cette liqueur beaucoup plus longtemps, normalement, que, disons, les crémants de Bourgogne ou encore d'Alsace, de Loire,etc.

Pour les crémants, la règle exige que les vins restent sur lattes (comme on dit) au moins 12 mois, contre 15 mois pour les champagnes non millésimés et trois ans pour ce qui est des champagnes millésimés.

«Mais très souvent, les Champenois doublent la durée du séjour sur lattes», explique l'auteur du Guide 2013 des champagnes et des autres bulles, Guénaël Revel.

Cela aussi, naturellement, contribue à la complexité du champagne.

Autre facteur, signale Guénaël Revel: le fait que la Champagne n'utilise que des levures indigènes, et donc d'origine champenoise.

Enfin, il y aussi le fait que, dans le cas des champagnes non millésimés, on ajoute au vin de base (par exemple du 2007) des vins de réserve, parfois de trois ou quatre millésimes antérieurs. Lesquels ont évolué avec le temps.

Dix champagnes

Comme tous les ans, l'Association québécoise des agences de vins, bières et spiritueux (AQAVBS) a tenu cette année une grande dégustation de mousseux et de champagnes, à l'occasion de l'approche des Fêtes. La dégustation, qui s'est tenue en une seule journée, réunissait près de 50 mousseux et 29 champagnes, que j'ai personnellement goûtés à l'aveugle. Sur ces 29 champagnes, j'ai retenu les 9 qui m'ont semblé être les meilleurs, plus un 10e goûté dans d'autres circonstances, et dont voici des descriptions, en commençant par ceux que j'ai le mieux notés.

Le taux d'alcool (12 ou 12,5%) n'est pas indiqué, ni le potentiel de garde, que je n'ai pas tenté d'évaluer.

Tous ces champagnes peuvent fort bien faire de bons apéritifs, mais on peut aussi les boire à table. Avec un poisson, des fruits de mer ou même une viande blanche.

Mais... rien n'égale le champagne pour l'apéritif!

Enfin, et comme toujours lors d'exercices semblables, j'ai noté bas.

Enfin, il sera question le samedi 8décembre des mousseux goûtés à la grande dégustation de l'AQAVBS.

Charles Heidsieck Brut Réserve,

62$ (11450533)

Il y a deux ans, ce champagne (toujours à l'aveugle) m'avait semblé décevant. Cette année, il surpassait tous les autres... du moins à mon sens. Le bouquet est ample, très nuancé, avec des notes rancio (de nature oxydative) bien présentes, mais sans que ce soit excessif, comme en recherchent beaucoup de maisons de Champagne. La bouche est ample, les saveurs relevées, et l'après-goût très persistant. Magnifique. (150 caisses).

17,8

Taittinger Brut Réserve,

58,25$ (10968752)

Assez peu coloré, c'est un champagne tout en finesse, au bouquet délicat, subtil, toutes choses que l'on retrouve en bouche. Plutôt léger, élégant, il m'a semblé peu dosé (ajout de la liqueur d'expédition, un mélange de vin et de sucre qui atténue l'acidité), sans être austère. Très beau champagne. (96 caisses)

17,5

Bruno Paillard Brut Rosé,

69,50$ (638494)

Des cinq champagnes rosés goûtés ce jour-là, c'était, à mon sens, le meilleur. Rose orangé, son bouquet, marqué par des notes de petits fruits rouges, se présente avec une complexité qui n'est pas toujours au rendez-vous pour ce qui est des champagnes rosés. La bouche suit, équilibrée, distinguée, avec des saveurs bien affirmées. (113 caisses).

17,5

Veuve Clicquot Vintage Brut 2004,

93,75$ (508614)

Le bouquet est large, généreux, complexe. La bouche n'est pas en reste. Goûteuse, ample, elle laisse un après-goût qui dure un long moment. «Champagne de repas», ai-je noté. 62% Pinot Noir, 30% Chardonnay et 8% Pinot Meunier. Provient d'une vingtaine de grands et premiers crus. (125 caisses).

17,5

Drappier Brut Nature Pinot noir Zéro dosage,

42,50$ (11127234)

Un des champagnes les moins chers sur le marché. Vin de Pinot noir uniquement, son bouquet, de fruits confits, comporte des nuances rancio. Plus que moyennement corsé, sec (il n'est pas dosé), il a quelque chose d'un peu austère, tout en restant très bon. (94 caisses).

17,2

Piper Heidsieck Brut Champagne,

60$ (462432)

Même producteur que le Charles Heidsieck, dans un style assez semblable (un peu rancio, avec des notes de fruits confits), mais, si l'on peut dire, avec un peu moins de panache et de complexité. M'a semblé plus flatteur que le Charles Heidsieck. Une valeur sûre. (253 caisses).

17,2

Bollinger Spécial Cuvée Brut,

66,50$ (384529)

Ai-je rêvé?.... Ce vin, qui m'a toujours paru très marqué par des arômes rancio, m'a semblé l'être nettement moins ce jour-là «Style Piper Heidsieck», ai-je noté. Ne manquant pas de corps, il a quelque chose de serré, comme un vin rouge. 60% Pinot noir, 25% Chardonnay et 15% Pinot Meunier - des indications que beaucoup de Champenois taisent sur leurs fiches techniques. Très bon. (122 caisses).

17,2

Henriot Blanc de blancs Brut,

69$ (10796946)

Vin fait que de Chardonnay, son bouquet est finement rancio, la bouche tout au plus moyennement corsée, et les saveurs malgré tout bien affirmées, avec une bonne persistance, le tout dans un style distingué. Ce vin renferme, selon son producteur, 30% de vins de réserve. Délicieux. (172 caisses).

17,2

Veuve Clicquot Vintage Rosé 2004,

100$ (325688)

Passablement coloré, son bouquet, complexe, m'a semblé néanmoins un peu moins nuancé que celui du rosé Bruno Paillard, goûté juste avant. Vin qui a quelque chose de flatteur, son goût persiste un long moment. C'était... le 80e vin de la dégustation. Renferme 15% de vin rouge de Bouzy. (106 caisses).

17,2

Un cas à part (sous-titre)

Goûté à trois reprises, mais dans ce cas à bouteille découverte et non pas lors de la dégustation de l'AQAVBS, le champagne qui suit, compte lui aussi parmi les champagnes les moins chers (bravo!) et est donc susceptible de jouer le rôle de porte d'entrée à l'univers de ces si beaux vins. Il m'a donc semblé avoir sa place dans ce palmarès.

- Champagne Blanc de blancs Pascal Doquet, 43$ (11528046) Fait que de Chardonnay, d'une couleur légèrement dorée, son bouquet, harmonieux, discrètement rancio, séduit d'emblée. La bouche est du niveau attendu, élégante, équilibrée, avec des saveurs bien affirmées, et un après-goût qui dure un bon moment. Savoureux. (215 caisses).

17,2

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