a qualité du vin anglais s'est beaucoup améliorée grâce à une meilleure connaissance des terroirs et de la viticulture. Certains de ces terroirs sont maintenant très prisés pour l'élaboration de vins mousseux de méthode traditionnelle (la même méthode que pour le Champagne) : en effet, on retrouve les mêmes sols crayeux dans le sud de l'Angleterre qu'en région champenoise, et les vignes de pinot noir et de chardonnay semblent y trouver leur bonheur.
Plusieurs maisons champenoises ont flairé ce potentiel et ont investi chez leur voisin du nord (le réchauffement climatique et la possibilité qu'un jour la Champagne devienne trop chaude pour l'élaboration de grands vins effervescents y est aussi pour quelque chose). Bref, tout ça pour dire qu'il se fait aujourd'hui de très bons vins en Angleterre, tout mordu du vin pourra vous le confirmer, mais les consommateurs anglais restent timides, ou méfiants.
Ça vous rappelle quelque chose ? En lisant ces commentaires de la presse britannique, je n'ai pu m'empêcher de penser que c'était pareil chez nous. La viticulture, et l'ensemble de l'industrie artisanale des boissons alcoolisées, a fait des pas de géant au Québec dans les derniers vingt ans. Pourtant, le consommateur québécois est encore un peu réticent à les essayer, ou pire encore, ne se doute même pas de leur existence !
Heureusement, le succès du cidre de glace a aidé à faire bouger les choses. Très apprécié par tous ceux qui le goûtent, il a le grand mérite de faire prendre conscience aux consommateurs qu'on peut faire de bons produits chez nous.
Peut-être s'attarderont-ils un peu plus à regarder dans leur propre cour pour découvrir que le cidre de glace n'est qu'un de ceux-là !
Parce qu'avant le cidre de glace, il y a eu le cidre. Et on ne peut qu'être admiratif devant des gens comme la famille Demoy de la Cidrerie du Minot ou Michel Jodoin de la cidrerie du même nom, qui ont travaillé avec acharnement et passion pendant les années de vache maigre du cidre au Québec pour faire avancer la qualité. C'est fou comme le Cidre Rosé Mousseux de Jodoin (SAQ 733394, 18,95 $) me mets toujours le sourire aux lèvres. Complètement sec, avec seulement 7 % d'alcool et des arômes affriolants de pommes et de petits fruits rouges, c'est un apéritif par excellence pour les chaudes journées d'été. Il accompagnera aussi avec bonheur un plateau de charcuterie ou de fromages, et il fait sensation avec des bouchées de chèvre ou de saumon fumé.
Pour ceux qui ont la dent un peu plus sucrée, le Cidre Mousseux Du Minot Brut (SAQ 733386, 15,00 $) est tout aussi charmeur. Demi-sec, avec aussi seulement 7 % d'alcool, des arômes tout en finesse de compote de pommes et de fleurs blanches, et une texture caressante en bouche, tout en restant d'une grande fraîcheur. Très bon aussi pour l'apéro, tout comme avec un plateau de fromages. Personnellement, je le trouve parfait pour le brunch (lorsqu'on mélange beaucoup le sucré et le salé), et je l'adore avec des cretons !
Coup de coeur
Goûté récemment, j'ai aussi été charmée par Rose Cidre Rosé des Vergers de la Colline (SAQ 11082283, 13,95 $) à Ste-Cécile-de-Milton dans les Cantons de l'Est. Le premier nez donne l'impression de se retrouver dans un champ de fleurs sauvages ! Il sent la pomme bien sûr, mais aussi la fleur de pommiers, la cerise, la canneberge, et tout en délicatesse. Sec, faible en alcool encore une fois (6,5 % - on aime ça quand il fait chaud !) et incroyablement rafraîchissant. Le seul problème : la bouteille risque de se vider très vite ! Et à ce prix, je le préfère de loin à de nombreux vins rosés sucrés et insipides qui se retrouvent sur nos tablettes chaque année en provenance de vignobles (ou d'usines ?) à l'autre bout du monde ! Par contre, il faudrait peut-être songer à refaire l'étiquette... Malheureusement trop de produits québécois affichent encore des étiquettes peu attrayantes pour le consommateur.
Mais outre le cidre, le Québec recèle de nombreux trésors élaborés avec toutes sortes de fruits, comme la superbe Crème de Cassis de Monna & Filles de l'Île d'Orléans (SAQ 10381661, 22,15 $, 375 ml) : de quoi faire rougir de nombreuses liqueurs de cassis françaises !
Et nos artisans ne se limitent pas aux fruits : on élabore aussi au Québec d'excellents produits à base de sirop d'érable et de miel. Deux produits à base de miel sont à classer parmi les grands nectars de ce monde. La Cuvée de la Diable de la Ferme Apicole Desrochers (SAQ 10291008, 16,25 $, 14 %, 375 ml), au nord de Mont-Laurier, est une référence en matière d'hydromel liquoreux, tout comme la Cuvée Blé Noir 2003 du Clos des Brumes (SAQ 735076, 29,20 $, 13 %, 500 ml), près de Saint-Hyacinthe. Voilà deux cuvées élevées longuement en barriques qui font preuve d'une complexité époustouflante. À servir avec foie gras, fromages, desserts ou, pour suivre les pistes de François Chartier, avec une tarte tatin au curry. Elles ne manqueront pas d'impressionner les moins impressionnables de vos amis amateurs de grands vins !
Et non seulement ces apiculteurs passionnés produisent-ils d'excellents nectars, ils
sont peut-être un peu aussi les sauveurs de la planète : Albert Einstein affirmait en effet que l'humanité ne survivrait pas plus de cinq ans sans les abeilles !
Hydromel
Puis un tout nouveau produit issu du miel : le Médiéval de l'hydromellerie Intermiel à Mirabel (SAQ 11259296, 25,30 $, 16 %) est lui aussi fascinant. On a cherché ici à produire un hydromel comme il se faisait il y a des centaines d'années (l'hydromel est un des alcools les plus anciens qui soit). Le miel de sarrasin à partir duquel il est élaboré lui confère une couleur sombre et un goût corsé : aux arômes de miel de sarrasin s'ajoutent des arômes de fruits secs, de noix et de torréfaction. Doux, mais moins liquoreux que les précédents, il ferait un agréable digestif ou pourrait être servi avec des fromages, du chocolat noir ou des desserts à l'érable. Définitivement un produit du terroir à découvrir !
Du côté de la viticulture, la qualité ne cesse de grimper. Je m'attarderai cet été à goûter les dernières cuvées de nos vignerons, pour constater le progrès accompli. J'espère que vous serez tenté de faire de même.
Il est peut-être difficile de s'y retrouver vu la grande variété de choix, et comme pour tout, il y a du bon, du moins bon et du mauvais. Mais l'embarras du choix vaut mieux que le contraire et on devrait tous s'intéresser d'un peu plus près à ce qui se fait dans notre propre cour.