Bord'eau: le défi du démarrage

Bistro Bord'eau... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Bistro Bord'eau

Patrick Woodbury, LeDroit

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Pierre Jury
Le Droit

Démarrer un restaurant exige plusieurs atouts: un emplacement attirant, le talent d'un chef et d'une équipe en salle et suffisamment d'argent... pour être prêt à en perdre sans s'arracher les cheveux.

Bistro Bord'eau,

31, rue Principale,

Gatineau, QC.

819-684-7771

www.bistrobordeau.ca

Cote Jury 13,5/20

 

Bon, pour l'argent, on ne sait jamais vraiment. Mais pour le reste, ça se sent, ça se voit, ça se devine.

Ouvrir un restaurant à Aylmer garantit une chose: la compétition n'y est pas féroce. Le Bistro Ambrosia (Cote Jury 14/20, septembre 2007) est un endroit qui propose une cuisine honnête depuis plusieurs années. Belle nouvelle, on y constate une relance. L'Échelle de Jacob, le 129 Bistro mexicana et le Bifstro marin viennent de passer à d'autres mains et ont encore à faire leurs preuves; enfin, la grilladerie le Bostorus et Bistronomie, le nouvel établissement du Château Cartier, sont encore très nouveaux dans le paysage.

Bref, ça fait le tour et quiconque arrive avec une offre intéressante a une vaste clientèle à saisir. Les gens d'Aylmer n'attendent qu'une occasion pour bien manger sans à toujours devoir se rendre à l'autre bout de Gatineau, ou à Ottawa.

Encore faut-il connaître le métier. Malheureusement, les propriétaires semblaient plus concentrés à créer un restaurant-piano bar comme dans les années 1970 et 1980 qu'à apprendre le métier de serveurs. Ce qui déborde en chaleur et en bonne volonté manque terriblement en savoir-faire. C'est dommage. L'art du service, c'est la capacité de rendre le dîneur à l'aise en satisfaisant tous ses besoins de table, et plus encore, sans aucun effort apparent. Cette leçon vaut pour le Bistro Bord'eau... et malheureusement, pour la majorité du personnel de service dans la région. Le professionnalisme du métier ne s'acquiert pas par une opération du Saint-Esprit mais par une formation et la répétition des gestes en apparence d'une simplicité désarmante.

Maison historique

La maison Thomas Reilly, au coeur du Vieux-Aylmer, a été réaménagée avec soin. Un piano à queue trône près de la fenêtre et une variété d'artistes s'y produisent. La musique est discrètement agréable et meuble la salle à manger sans s'imposer indûment.

Les nappes sur les tables sont blanches et bien empesées, le mobilier classique: après la beauté de la maison historique, la première impression à l'intérieur est très positive. Et de toute évidence, c'est très bien tenu: aucun signe d'essoufflement, d'usure prématurée, tout brille.

Depuis quelques mois, la cuisine a été confiée à un jeune chef issu du programme d'arts culinaires à La Cité collégiale, Étienne Cuerrier.

Le menu s'avère assez conventionnel, avec de petites touches d'originalité. Étonnamment, il y a plus d'entrées que de plats principaux, mais ce n'est pas un crime. Peut-être que la clientèle du Bistro Bord'eau a pris l'habitude de fureter dans cette partie du menu comme d'autres offrent un menu-dégustation, style tapas.

La salade de betteraves et brie (9 $) déçoit par sa présentation trop sage. La cuisson de la betterave est juste mais d'autres restaurants en profitent pour jouer avec les couleurs de diverses variétés pour un arrangement original. Pas ici: qu'une betterave taillée en quartiers, et des pointes d'un brie ordinaire.

Portion généreuse

La salade de crabe et pommes de terre (14 $) est une meilleure option. Au moins il s'agit de vraie chair de crabe. À ce prix, c'aurait été du vol que de proposer de la goberge trafiquée en faux crabe. La chair du mollusque a sa saveur distinctive et trône sur une belle portion de salade de pommes de terre. Elle est plus purée que salade et un peu d'audace dans le goût aurait été apprécié. Plusieurs endroits la rehaussent de moutarde de Meaux, par exemple, ce qui lui donne piquant et relief. Pas de ça ici mais l'ensemble est tout de même plaisant.

Les choux farcis aux lentilles (14 $) révèle un peu du talent et de l'originalité du chef. La réalisation est un peu plus technique et est réussie. L'ensemble manque un peu de goût: les lentilles, c'est nourrissant, mais ça ne goûte pas grand-chose. Une petite sauce aux poivrons rouges grillés, en garniture, est délicieuse mais son utilisation parcimonieuse l'empêche de relever l'ensemble de l'assiette.

La perchaude du Québec poêlée (21 $) est une (trop) généreuse assiette de quatre filets de belle taille, là où deux ou trois auraient suffi. Quitte à augmenter la portion de la riche et très réussie polenta qui l'accompagne. La cuisson du poisson est exacte et la purée de pois vert sur laquelle tout repose est originale et au goût frais et bon. Cependant, la ratatouille annoncée n'y est pas et le dîneur se surprend de rêver à ce classique de la cuisine provençale: à la place, des carottes au four, riches en saveurs.

La ballotine de volaille (22 $) ressemble trop à une version améliorée de ces préparations surgelées des grandes chaînes où du poulet est ceinturé d'une tranche de bacon pour lui donner un peu de moelleux. Ce n'en est pas, la préparation est maison. Mais encore une fois, le menu promet une mousseline de pistaches et canneberges, imperceptible dans l'assiette. Le risotto en accompagnement est tout à fait honnête et l'ensemble, comme pour l'assiette de poisson, comble les appétits les plus voraces.

Les desserts sont maison. La tartelette au citron (6 $) combine, comme la traditionnelle, un appareil réalisé à partir de citrons frais et une meringue légère. L'ensemble est honnête, sans surprise.

La carte des vins propose des choix de quelques valeurs sûres à prix modestes, ce qu'apprécieront tous sauf les plus exigeants des amateurs de vins.

Pour deux personnes, prévoyez entre 70 et 80 $, plus taxes et service.

RÉSULTATS

Cuisine: 7/10

Service: 3,5/6

Décor: 3/4

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