La Turquie, version Orléans

Que dit le proverbe? Que la première impression est souvent la meilleure? Quand... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Patrick Woodbury, LeDroit

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Pierre Jury
Le Droit

Que dit le proverbe? Que la première impression est souvent la meilleure? Quand un Asiatique nommé Chan est propriétaire d'un restaurant turc, cela soulève des questions. Manger à sa table nous fournit des réponses. Malheureusement pour Little Turkish Village, elles sont trop souvent erronées.

 

Little Turkish Village,

2095, boul Saint-Joseph,

Ottawa

613-824-5557

Cote Jury 11/20

Orléans n'est pas un temple de la gastronomie: ce n'est pas moi qui le dit mais une paire d'observateurs plutôt avisés qui ont, au fil des années, à peu près tout essayé ce qui pouvait être attirant dans leur coin de la ville. Sans qu'ils ne se consultent, ni même savoir qu'ils étaient consultés, ils ont tous deux suggéré Little Turkish Village dans une liste des trois meilleurs établissements de cette banlieue est d'Ottawa.

Soyons généreux et reconnaissons que pour les kebabs, ces brochettes de viande qui sont grillées sur feu de bois, la réponse est juste. En cuisine, à ce chapitre, on s'y connaît.

Et le service est efficace car rodé par des années de répétitions.

Pour le reste, l'expérience s'avère... très couci-couça.

Éclectique

Niché dans un de ces mini-centres d'achats qui pullulent dans les banlieues-dortoir comme Orléans, Little Turkish Village n'a pas grand charme vu de la rue, ni même au premier coup d'oeil. Sur Internet, un dîneur décrit gentiment la salle à manger comme «éclectique». Prenons-le comme un compliment. Comment, en effet, créer une cohésion charmante de ces dizaines de décorations sur les murs, certaines vaguement turques, ce qui n'inclut pas toutes ces photos de clubs sportifs que le restaurant a généreusement commandité depuis plus de 20 ans? Si c'était un bar sportif, passe encore.

Mais dans ce cas, elles devraient être remisées au sous-sol de la maison du propriétaire, par exemple. En même temps, ce serait une bonne idée de nettoyer l'aire des toilettes qui ne doit pas servir d'entrepôt, ou encore moins de vestiaire des employés. Ces vieilles espadrilles, elles sont là depuis longtemps?

Le propriétaire, Willie Chan, oeuvre en salle et engage peut-être un cuisinier d'origine turque.

Il semble que ce fut le cas au début, du moins. Il reste que le dîneur demeure un peu surpris de trouver dans ce coin de la ville une table turque. Il y en a un seul autre dans la région, Topkapi (Cote Jury 15/20, avril 2010), un flambeau que le chef propriétaire Nail Erdogan a repris de son paternel, Raïf Erdogan.

En plus d'être beaucoup plus chic que Little Turkish Village à l'intérieur, Topkapi se force pour créer une atmosphère proche-orientale à son établissement.

Cuisine méconnue

La cuisine turque est méconnue, du moins en surface. Grattez un peu et vous trouverez à cette table plusieurs spécialités que la Turquie partage avec ses pays voisins: fromage feta, hummus, pâte phyllo farcie (comme les spanakopitas), feuilles de vigne farcies,etc. Elle vous est donc probablement moins étrangère qu'à première vue.

Plusieurs convives de Little Turkish Village optent pour le trio de kebabs, des brochettes de boeuf, poulet et d'agneau (14,95$). Lorsque partagées à la table avec plusieurs, la maison fait l'effort de les présenter de façon originale, piquées sur un demi-globe de papier aluminium (un chou, en réalité). Et ces grillades sont fort bien réussies, la cuisson exacte, la chair nullement desséchée. En fait, cela semble la meilleure option sur le menu. On la précédera d'un plat d'entrées, les «mezes» (6,95$ par personne) qui regroupe dans un grand plat hummus, salade de pomme de terre («Ankara»), feuille de vigne farcie («dolma»), la pâte phyllo farcie («borek»). Ils sont tous nourrissants, pas mal, mais pas renversants non plus.

Viandes marinées

Les Turcs, comme d'autres, marinent leurs viandes avant de les griller. Elles sont bien faites. L'agneau mariné («pirzola», 13,95$) est le mieux réussi, la chair goûteuse. C'est le reste des assiettes qui est moins intéressant. Même si elles sont toutes différentes, plusieurs se ressemblent: un peu de riz (convenable), des pommes de terre grillées, un coin de laitue romaine garni d'un morceau de tomate (inutile). Cela donne des portions assez généreuses, qui ne laisseront personne en appétit. Mais une heure après le repas, difficile de se remémorer ce que l'on a mangé. Du boeuf ou de l'agneau? Et la sauce? Et les garnitures?

Bref, on oublie vite.

Au dessert, deux desserts miellés sont à l'honneur: le baklava et une version plus filamenteuse. Le baklava est pâteux plutôt qu'en fines couches de pâte légère. Et le miel est aromatisé à de l'eau de fleur, probablement de l'oranger, ou de la rose. Il y a en a trop, beaucoup trop. Même dans cet autre dessert du genre pouding au riz. À oublier.

De toute évidence, l'objectif de M. Chan est d'offrir une cuisine abordable, même si elle n'est pas mémorable. Aucun vin au-delà de 35$. Le menu est en anglais et en turc, même si une majorité de clients, ce soir-là, étaient francophones.

Pour deux personnes, prévoyez entre 35 et 45$, plus taxes et service.

CUISINE : 5,5/10

SERVICE : 4/6

DÉCOR : 1,5/4

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