The Mill réincarné en brasserie

Le succès des Brasseurs du temps a démontré qu'il y avait de la place, à... (LeDroit)

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Pierre Jury
Le Droit

Le succès des Brasseurs du temps a démontré qu'il y avait de la place, à Ottawa, pour une usine de brassage doublée d'un restaurant. En janvier, l'équipe de Mill Street Brewery, de Toronto, a ainsi inauguré The Mill Street Brew Pub dans ce qui a longtemps été le restaurant... The Mill. Ce n'est qu'une coïncidence si le nouvel établissement porte à peu près le même nom que l'ancien. Parce que cela n'a rien à voir.

The Mill St. Brewpub,

555, rue Wellington,

Ottawa, ON.

613-567-2337

ottawa.millstreetbrewpub.ca

Cote Jury 14,5/20

À sa fermeture après plus de deux décennies en 2007, The Mill n'était plus qu'un restaurant dans un lieu pittoresque où l'expérience culinaire était à oublier. Il y avait encore quelques autobus de touristes qui s'y faisaient prendre, et il était sûr qu'ils ne reviendraient pas de toute façon. Personne n'a pleuré sa disparition. Mais l'édifice patrimonial, à 170 ans, demeurait un joyau parmi les propriétés commerciales de la Commission de la capitale nationale et il était intolérable qu'il demeure inoccupé. Au début de 2012, la bâtisse a repris vie et l'endroit ne dérougit pas depuis. Même avec 270 places sur deux niveaux, la salle à manger déborde souvent.

Évidemment, les amateurs de houblon s'amuseront à essayer l'une ou l'autre des trois bières que Mill Street Brewery ne fabrique qu'à Ottawa, l'Amble de la Chaudière, la Portage Ale, et la Valley Irish Red. Il y en a aussi plusieurs autres, des saisonnières et d'autres brassées à Toronto.

Mais il y a plus que des bières. Ça demeure un menu de pub anglais, quoique l'offre gourmande y est meilleure que ce à quoi on pourrait s'attendre. Il aurait été facile de miser sur le liquide et le merveilleux emplacement, tout en se limitant à d'ordinaires hambourgeois et fish & chips. Il y en a, évidemment, mais le chef Shawn Jackson a tenté d'aller un peu plus loin, avec un ragoût de sanglier, du canard confit, des moules et des tourtières. Plusieurs plats sont d'ailleurs préparés avec de la bière: boeuf braisé à la bière, sauce barbecue au porter, vinaigrette à la stout, aïoli à la moutarde à la bière,etc. On joue le concept à fond... et c'est très bien ainsi!

Prenez les moules à la bière blanche (12$). Voilà un virage net sur les classiques moules au vin blanc. Pour le reste, c'est traditionnel: oignons, fenouil, lardons, pour donner un arôme qui se marie avec la bière. L'ensemble est réussi sauf pour un détail: le plaisir des moules, c'est aussi le bon pain que l'on trempe dans le liquide de cuisson. Leur pain est de facture industrielle, très ordinaire. Ce n'est pas un accident car avec la trempette d'épinards et de crabe (11$) arrive un autre gros pain, différent, mais quelconque. Se donner tant de mal pour une trempette si recherchée, garnir de vraie chair de crabe... et accompagner d'un pain que la boulangerie Weston pourrait cuire?

La salade Cobb (16$) incorpore de la poitrine de dinde fumée, ce qui donne du relief à la chair et relève l'ensemble de cette salade presqu'aussi classique que la César. Il y a là une recherche que le dîneur appréciera.

Quant à la tourtière aux trois viandes (veau, porc et bison, 15$), voilà un plat très simple mais bien réalisé, avec une viande sauvage qui marque bien l'ensemble, une croûte légèrement feuilletée, l'ensemble ni trop sec, ni croulant sous une sauce trop souvent farineuse. Une purée de courge s'y marie parfaitement, et des petits pois aussi. Une autre petite touche de couleur, de fraîcheur serait bienvenue dans cette assiette mais pour le prix, plusieurs seront contents.

Métier: pâtissier?

Selon le menu, le pouding au pain (7$) est le seul dessert qui est réalisé dans les cuisines du Mill Street Brewpub. Tous les autres seraient donc achetés chez des grossistes, même la croustade aux pommes, ce qui illustre bien pourquoi le métier de pâtissier est parfois promis à une lente extinction, malgré les énormes quantités de sucreries qui caractérisent notre alimentation moderne. Mais même avec le pouding au pain, un classique assez facile à réaliser, on manque son coup. L'assiette ne ressemble pas du tout à la photo du menu, ni en taille ni en apparence. Et c'est sec, ce qui est l'antithèse de ce dessert. Alors peut-être qu'ils font bien de se les procurer ailleurs!

Côté service, le visiteur sera agréablement étonné de se faire offrir un menu en français. Sans doute est-ce parce que la CCN en a fait une condition de location, comme elle doit le faire avec toutes ses autres locataires du mail de la rue Queen, par exemple. En tout cas, Mill Street Brewpub n'a pas rechigné et si le reste du service n'a pas été en français, l'effort était bien perceptible. Combien d'autres restaurants devraient suivre cet exemple? En faire la liste noircirait toute cette page!

Le Mill Street Brewpub s'est de toute évidence taillé rapidement une place dans l'esprit des amateurs de bière et de bonne chère à Ottawa. La mode lancée par les Brasseurs du temps (Cote Jury 16/20, janvier 2011) a mis du temps avant d'être reprise mais déjà, une autre du même genre a ouvert ses portes cette semaine derrière le magasin Ikea, Big Rig Brewery, propriété du hockeyeur Chris Phillips.

Pour deux personnes, prévoyez entre 35 et 45$, plus consommations, taxes et service.

CUISINE : 7/10

SERVICE : 4,5/6

DÉCOR : 3/4

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