Après Nate's, place à Bobby's

Quand Nate's a fermé ses portes, il y a deux ans, une horde de réguliers ne... (Étienne Ranger, LeDroit)

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Étienne Ranger, LeDroit

Pierre Jury
Le Droit

Quand Nate's a fermé ses portes, il y a deux ans, une horde de réguliers ne savaient plus où aller. Rapidement, le mot s'est passé: la gang est rendue chez Bobby's Table, à Vanier.

 

 

 

 

Bobby's Table,

255, chemin Montréal,

Ottawa, ON.

613 740-9333.

Cote Jury 13/20

Robert Leblanc, le chef-propriétaire, n'a pas hésité et a embauché plusieurs de ses collègues de travail. Ils ont l'air contents de se retrouver à quelques coins de rue d'où certains avaient passé plus de 40 ans. L'atmosphère est si empreinte de franche camaraderie que l'on a presque l'impression de s'immiscer dans leur petit monde. Les employés se jasent entre eux à voix haute et si vous y allez à quelques reprises, vous serez considérés comme un nouveau membre de la famille. Avec une chaleur d'une rare occurrence.

«Ça fait longtemps qu'on vous a vu, vous!», lance le serveur à un client à l'allure très modeste. Aucun jugement dans la voix. On est au coeur de Vanier, il y a toute sorte de monde ici. Riche ou pauvre, jasant ou introverti, les clients sont comme des cousins qui viennent faire un tour. Certains sont des réguliers pour le petit déjeuner, l'un des plus modiques en ville à 3,25$. D'autres, c'est à l'heure du lunch. Ou d'autres encore, pour un souper hâtif. Car on ferme tôt. À 18 h, le samedi, c'est pour dire!

Modeste

L'extérieur ne paie pas de mine. À vrai dire, ce n'est pas invitant. Mais il faut passer au-delà de cette première impression, et même de la seconde. L'intérieur est sans intérêt non plus, très spartiate. Quelques décorations kitsch sur des murs d'un beige sans attrait, des chaises droites, on n'y va pas pour le décor. Mais en même temps, tout est résolument propre et bien tenu.

Ce n'est pas invitant..., mais c'est accueillant. Ce qui est encore mieux.

On l'a dit, nous sommes dans le quartier Vanier. Un quartier francophone à l'époque, devenu bilingue avec les années. Mais ici, on ne fait pas de cas de la langue. Le propriétaire est un francophone mais plusieurs des employés ne parlent pas français. Mais on ne vous regarde pas de travers si vous parlez la langue de Molière. Ici, c'est un Ottawa tolérant qui règne.

Outre quelques réguliers qui viennent sans doute pour se retremper dans l'atmosphère de cette institution qu'était Nate's, la plupart apprécie une chose par-dessus toutes les autres: la nourriture maison. Pas de surgelé qu'on passe vite à la friteuse chez Bobby's Table. Tout est fait sur place, comme dans les maisons d'autrefois. Un comptoir de plats à emporter vous permet d'essayer cette cuisine maison.

Delicatessen

Qui dit «cuisine maison» ne dit pas pour autant grande cuisine, ou même délicieuse cuisine. Ça veut dire ce que ça veut dire. La sauce italienne se compare avantageusement à celle de maman, mais les pâtes, comme celles de bien de gens sans grande compétence en cuisine, sont un peu trop cuites. La salade de chou est un brin sucrée. Les frites sont taillées sur place; ça se voit et ça se goûte, bien croustillantes.

Nate's était un delicatessen, un restaurant spécialisé dans la viande fumée (smoked meat) et quelques spécialités juives, comme les latkes. Bobby's Table n'a rien voulu changer à ça. La clef de ces endroits de smoked meat, c'est la recette spéciale de préparation de la viande, son mélange d'épices, le temps de marinade à froid (cinq jours!), puis la cuisson. Tous ces smoked meat partent d'une même poitrine de boeuf et un certain nombre d'épices communes: sel, ail, poudre d'oignon, sucre, piment de la Jamaïque moulu (aussi appelé tout-épice), et un peu de salpêtre qui gardera à la chair sa couleur rosée et la protégera de certaines bactéries.

Mais le résultat final ne sera jamais tout à fait pareil. Le smoked meat est bon, servi sur le pain de seigle de la boulangerie Rideau (une autre institution). On regrettera qu'il est taillé à la machine, très fin. À l'époque où il était tranché à la main, les nostalgiques jubilaient.

Ce débat rappelle celui qui jurent dur comme fer que le pain rompu a meilleur goût que le pain coupé au couteau.

Sucreries

Ce chef Leblanc a de l'entrain. Il n'a pas peur d'essayer. À l'automne 2011, il s'est lancé avec enthousiasme dans la course au concours de tourtières de la Zone d'amélioration commerciale de Vanier. Il a fini en 2e place. Si c'étaient les desserts qui étaient en compétition, il n'aurait pas de problème non plus. Ils sont tous attirants, bien qu'assez nourrissants, pour ne pas dire lourds, genre gâteau aux carottes ou tartes bien sucrées. Son pouding au pain n'a pas le moelleux et l'humidité que l'on recherche habituellement, mais il plaira quand même.

Pour deux personnes, prévoyez entre 25 et 35$, plus consommations, taxes et service.

Cuisine 7/10

Service 4/6

Décor 2/4

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