Véronique Rivest, collaboration spéciale
Le Droit
Ça fait combien de millésimes du siècle à Bordeaux depuis le nouveau, et très jeune, siècle ? Au moins quatre je crois (2000, 2005, 2009, 2010). J'ai arrêté de compter, ou même d'y porter attention ; à force de crier au loup...
Et que dire des prix ? Ça fait des années qu'on entend que la hausse fulgurante des prix des grands vins de Bordeaux est complètement ridicule et que les Bordelais finiront bien par frapper un mur.
Et pourtant non : il semblerait que l'argent importe peu pour tous ces nouveaux adeptes du vin, principalement en Asie et particulièrement en Chine, qui s'arrachent les grands vins à des prix qui nous semblent complètement ridicules. Dans le millésime 2010, les plus grands noms de Bordeaux frôlent les 2000 $ la bouteille ! Je me désole pour tous les amateurs de vin qui n'auront plus jamais la possibilité de tremper leurs lèvres dans certains vins légendaires. C'est tout un pan du monde du vin qui échappe à l'appréciation du commun des mortels.
Ce qui nous console, c'est qu'il y a tellement de vins produits à l'échelle mondiale aujourd'hui, qu'on ne sera jamais à court de bons vins. Bordeaux est devenu inaccessible ? On se tourne vers d'autres régions, d'autres pays, qui n'ont pas encore attiré l'attention des nouveaux riches du vin. Et ils ne manquent pas ! C'est une des facettes les plus fascinantes du vin aujourd'hui : son énorme diversité.
Mais faut-il pour autant complètement oublier Bordeaux ? Ces grands vins qui ont fait la réputation de la région, pourraient maintenant lui faire du mal. À force d'entendre que les vins de Bordeaux sont devenus beaucoup trop chers, le consommateur délaisse la région au complet. Mais les grands crus ne représentent qu'un infime pourcentage de la production totale de cette région. Il est vrai que pendant longtemps, beaucoup de producteurs plus modestes ont profité de la réputation des grands vins de Bordeaux pour mettre en marché des vins de qualité inférieure, et l'adjectif est poli. Mais comme partout, le bon et le moins bon se côtoient, et pour notre propre plaisir, il vaut toujours mieux éviter les généralisations, au risque de passer à côté de très bons vins.
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