Caroline Bisson atteint sa cible

Dans la dernière année, la biathlète Caroline Bisson... (Courtoisie)

Agrandir

Dans la dernière année, la biathlète Caroline Bisson a passé plus de 525 heures à l'entraînement afin d'améliorer, entre autres, le maniement de son arme. L'athlète d'Ottawa a réussi à réduire l'écart qui la séparait des meilleures au monde.

Courtoisie

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sept phrases courtes. Des mots bien choisis. Des photos sur lesquels on voit l'absence d'un bras gauche.

La skieuse paranordique Caroline Bisson affiche ses couleurs dès le départ sur son site web.

«Une Franco-ontarienne de coeur. Une curieuse d'esprit. Une perfectionniste à temps complet. Une amputée affirmée. Une indépendante créative. Une athlète motivée. Une personne... ouverte sur le monde», peut-on lire.

La femme âgée de 38 ans, qui a grandi dans la Basse-Ville d'Ottawa, devra toutefois actualiser sa biographie. Car depuis une semaine, elle est qualifiée en vue des Jeux paralympiques qui se dérouleront du 7 au 16 mars à Sotchi, en Russie.

Bisson avait déjà satisfait des critères de sélection pour les épreuves de ski de fond en janvier dernier. Elle en a fait de même en biathlon lors de la récente étape de la Coupe du monde présentée à Canmore, en Alberta, le 15 décembre.

Son sort se retrouve maintenant entre les mains de Ski de Fond Canada, qui dévoilera son équipe de 11 paraskieurs d'ici la fin du mois de janvier. Cinq hommes et six femmes seront choisis.

La nomination de Caroline Bisson ne s'avérerait qu'une formalité, dit-on.

«Dans ma tête, il n'y a pas de doutes. Je vais aux Jeux», soutient la principale intéressée au bout du fil.

Cette employée d'Élections Canada profitait hier d'une journée de congé. Autant du boulot que du sport.

Un pari osé

Dans la dernière année, elle a passé plus de 525 heures à l'entraînement. En 2012, le compteur s'était arrêté à 300 heures.

«J'ai soumis mon corps à de rudes épreuves. Je viens de connaître deux grosses années et là, je le ressens.»

La fatigue s'est pointée. Le congé des Fêtes arrive à point.

Bisson ne se plaint pas de son horaire de fou. C'est le prix à payer pour remporter un pari osé. Celui de mériter son billet pour les Jeux.

Car il y a trois ans, elle commençait à peine à skier. Son copain l'a initié à ce plaisir en décembre 2010, elle qui avait pratiqué auparavant la course à pied et l'ultimate frisbee.

Un an plus tôt, en avril 2009, sa vie avait changé. Les médecins avaient dû lui amputer le bras gauche, l'épaule au complet et une partie de la cage thoracique. Tout ça en raison d'une tumeur à l'omoplate.

Une épreuve qui n'a pas sapé la joie de vivre de cette dynamo.

«Tout le monde a des limites, lance Bisson. Certaines personnes sont petites, d'autres ont des poumons plus ou moins bons. Moi, je n'ai qu'un bas. Nous sommes tous différents, mais nous avons tous beaucoup de potentiel.»

Un potentiel qui a été décelé par l'entraîneur de l'équipe nationale de ski paranordique à l'automne 2011. Robin McKeever l'a invité à prendre part à une première épreuve de la Coupe du monde au mois de janvier suivant.

Caroline Bisson a dû se laisser convaincre par les siens. «Je ne m'entraînais pas sérieusement à ce moment-là. Mon orgueil est assez grand. Je me disais que j'allais finir dernière, que j'allais tomber dans les côtes», s'est-elle remémorée.

Encore une fois, son copain l'a encouragé.

Viser juste

«Il m'a dit qu'on m'offrait une occasion en or. Il m'a dit: vas-y.»

Dans les semaines qui ont précédé cette course, l'ancienne étudiante de l'école secondaire De La Salle a pris la direction du champ de tir du Camp Fortune, domicile du club de biathlon Chelsea Nordiq, afin d'obtenir de l'aide et des conseils.

«Je n'avais jamais touché à une carabine. J'ai demandé aux gens là-bas si quelqu'un pouvait me montrer comment tirer, de quoi avaient l'air les cibles.»

Bisson raconte l'anecdote en riant. Elle a pris le dernier rang à sa première sortie en Coupe du monde.

«C'était une course de 6km en biathlon. J'ai manqué toutes mes cibles... avec raison... J'ai dû faire 10 tours de pénalités en ski. J'étais la dernière fille en piste. J'entendais l'annonceur maison qui disait: nous attendons encore pour le numéro76. J'avais quand même vraiment aimé ça. C'est là que tout a commencé.»

Depuis ce jour-là, elle rate moins de cibles. L'écart a été réduit entre les Russes, les Ukrainiennes, les Polonaises et elle.

Importants investissements

Caroline Bisson a rencontré beaucoup de gens depuis le début de cette folle aventure paralympique. Tantôt à titre de conférencière, tantôt à titre d'athlète qui tente de boucler un budget. La présente saison lui coûtera plus de 30000$.

«J'ai organisé une campagne de financement en avril. La communauté a été extraordinaire», note-t-elle. Ce fut surtout le cas de ses amis franco-ontariens qui se trouvent toujours derrière elle, même si elle habite à Aylmer depuis deux ans.

Souvent, on lui lance la même commande.

«Les gens me disent: si tu vas à Sotchi, reviens avec une médaille», souligne Bisson.

Sauf qu'elle demeure réaliste. «Je n'ai aucune chance, fait-elle remarquer. Il y a des filles qui se trouvent sur le circuit de la Coupe du monde depuis huit ou 10 ans, qui ont déjà participé aux Jeux.»

À 38 ans, Caroline Bisson est à la fois la participante la plus âgée en piste, mais aussi la cadette. Celle qui ne fait que commencer.

Sotchi, mentionne-t-elle, sera son tremplin vers Pyeongchang, le rendez-vous paralympique de 2018.

mcomtois@ledroit.com

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer