Le mauvais film de la FIFA

L'année a été longue pour Sepp Blatter et... (AP, Patrick B. Kraemer)

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L'année a été longue pour Sepp Blatter et la FIFA.

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Yann Bernal
Agence France-Presse
Paris, France

Fifa 2015, scénario pour Hollywood: des pontes arrêtés au petit matin à leur hôtel, un président acculé, un système tentaculaire de corruption dénoncé par la justice américaine, et une crise incroyable qui ébranle une des plus puissantes organisations de la planète.

De Zurich aux Îles Caïman en passant par Rio ou Miami, les autorités des États-Unis traquent les millions de dollars versés frauduleusement pendant des décennies pour attribuer notamment l'organisation de Coupes du monde et pour en monnayer les droits télévisuels.

Et ceci dans une ambiance de fin de règne autour de Joseph Blatter (79 ans), réélu président de la Fifa fin mai, démissionnaire dans la foulée et finalement suspendu huit ans juste avant Noël, tout comme celui qui était vu comme l'archi-favori à sa succession le 26 février prochain, le patron de l'UEFA Michel Platini.

C'est une crise incroyable par son ampleur, pas forcément par son irruption: les soupçons de corruption s'accumulaient mezza voce depuis des années, autour de dirigeants comme Jack Warner, sulfureux potentat des Caraïbes pendant vingt ans; Mohammed Bin Hammam, Qatari exclu à vie de la Fifa en 2012; et Blatter, qui trône au sommet du système Fifa.

En guise de préquelle au thriller, le choix controversé du Qatar fin 2010 pour organiser la Coupe du monde 2022 a cristallisé ces soupçons, avec le fameux rapport de Michael Garcia. Il fut publié fin 2014 par la Fifa, mais de manière «erronée» selon l'enquêteur américain qui, s'estimant berné, a claqué la porte. Rapport enterré.

«Racket organisé»

A l'aube de ce 27 mai 2015, ce sont les justices suisse et surtout américaine qui entrent en scène. Le film helvète tourne au blockbuster US.

Action: ce matin-là, à l'orée du congrès qui va reconduire «Seppi» à son cinquième mandat, sept hauts responsables de la Fifa sont cueillis à leur luxueux hôtel de Zurich, avant deux autres interpellations début décembre.

L'acte d'accusation américain parle de «racket organisé» et de 200 millions de dollars de pots-de-vin et rétrocommissions depuis 1991.

Dans le rôle du justicier, une justicière. «Le niveau de trahison de la confiance dans cette affaire est véritablement révoltant et l'ampleur de la corruption présumée est inconcevable», lance la ministre de la Justice des Etats-Unis, Loretta Lynch, qui promet de pourchasser tous les «coupables qui restent dans l'ombre».

Au total, 39 personnes (dont 12 plaident coupable) et deux sociétés sont mises en cause, quasiment toutes issues d'Amérique du Sud et de la Concacaf (Confédération d'Amérique du Nord, centrale et Caraïbes), notamment plusieurs vice-présidents de la Fifa actuels ou passés et les trois derniers patrons du foot brésilien. Incarcérations, résidences surveillées, bracelets électroniques.

La saga en mondiovision affole les sphères médiatico-judiciaires et même géopolitiques, puisque certains, Vladimir Poutine en tête, accusent les Etats-Unis de jouer les shériffs planétaires pour laver l'affront de l'échec de leur candidature au Mondial-2022.

Taupe espionne

Et comme souvent dans les films et les vestiaires, il y a une taupe: l'Américain Chuck Blazer, ex-dirigeant de la Concacaf, a espionné d'anciens comparses, en échange d'aménagements pénaux pour sa fraude fiscale. Blazer avait suffisamment de moyens pour se permettre d'acheter un appartement réservé à... ses chats.

La Commission d'éthique de la Fifa s'active elle aussi, en ordonnant la suspension pour huit ans de Blatter et Platini, dans une affaire annexe de paiement douteux de l'un à l'autre, du temps où ces deux adversaires étaient alliés.

Blatter a été mis en examen dans ce dossier par la justice suisse, ainsi que pour un contrat de droits TV présumé déloyal envers la Fifa, c'est-à-dire cédés très en-dessous des prix du marché.

A l'automne, les têtes tombent comme les feuilles. Le Français Jérôme Valcke, secrétaire général depuis 2007, est sans ménagement «relevé de ses fonctions» pour des soupçons de vente frauduleuse de billets; le légendaire «Kaiser» Franz Beckenbauer peine à justifier un versement d'argent à la Fifa avant l'obtention de l'organisation du Mondial-2006 par l'Allemagne; le Sud-Coréen Chung Mong-joon (ex-vice-président de la Fifa et candidat à la présidence) est suspendu six ans dans le cadre de l'attribution des Mondiaux 2018 et 2022...

Pendant ce temps-là, à la Fifa, on planche sur des réformes a minima (limitation de mandats, contrôle d'intégrité, transparence des rémunérations), qui seront soumises au congrès électif du 26 février, avec cinq candidats à la présidence (voire six si Platini est autorisé à concourir, ce qui semble très improbable): le Prince Ali de Jordanie, le Français Jérôme Champagne, le Suisse Gianni Infantino, le cheikh Salman du Bahreïn et le Sud-Africain Tokyo Sexwale.

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