Tourigny sait où sont ses racines

L'entraîneur adjoint des Sénateurs André Tourigny (à droite)... (Etienne Ranger, Archives LeDroit)

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L'entraîneur adjoint des Sénateurs André Tourigny (à droite) sera honoré par les Huskies de Rouyn-Noranda.

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(LOS ANGELES) La pause du Match des étoiles offre aux millionnaires du hockey une rare occasion de souffler durant la saison régulière. La majorité des joueurs profitent des quatre ou cinq journées de répit pour s'évader. Ils vont à Las Vegas, en Floride, parfois dans les Caraïbes...

André Tourigny fait figure d'exception. Contrairement à ses joueurs, l'entraîneur adjoint des Sénateurs ne cherchera pas à se réfugier au soleil. Il se dirigera plutôt au nord.

Après le dernier match de l'équipe, dans 11 jours, il remplira le véhicule familial et mettra le cap sur Rouyn-Noranda.

Dans le cadre des célébrations de leur 20e anniversaire, les Huskies de Rouyn-Noranda ont prévu une soirée spéciale pour rendre hommage à leur ancien pilote.

«C'est une belle marque de reconnaissance. Ça me touche», dit celui qui a passé 10 saisons complètes derrière le banc de l'aréna Iamgold.

Il a établi là-bas un record de longévité en travaillant pendant 693 parties avec une seule et même organisation.

Tourigny n'effectuera quand même pas le voyage uniquement pour recevoir des tapes dans le dos et pour serrer la main de quelques partisans nostalgiques.

Son attachement envers la communauté qui l'a soutenu pendant une décennie semble sincère. «Quand nous sommes arrivés à Rouyn, mes garçons avaient deux ans et ma fille n'était même pas née. Les gens sont tellement chaleureux... C'est vraiment une ville humaine. Tout le monde connaît tout le monde. Tout le monde se parle. Les gens s'entraident. Tout ça, ce sont des choses qui me parlent. Je suis tombé amoureux de Rouyn et des gens qui y vivent.»

Rouyn, là où tout a commencé

Sans compter sur le fait que les Huskies lui ont permis de réaliser ses plus grands rêves. S'il n'avait pas accepté de quitter sa Mauricie natale pour installer sa très jeune famille en Abitibi, il ne profiterait pas cette semaine du soleil de la Californie.

«Quand je suis arrivé à Rouyn, je ne savais pas dans quoi je m'embarquais. Tout ce que je savais, c'est que les Huskies avaient eu six entraîneurs en sept ans.»

À l'époque, Tourigny était âgé de 27 ans. C'est jeune, pour diriger un club d'élite.

Il connaissait la ligue par coeur. Il connaissait les équipes, les joueurs. Il étudiait les repêchages, année après année, au point de «les connaître par coeur».

C'était à peu près tout ce qu'il pouvait apporter à la table. «Je savais ce que je voulais faire. Il me restait à obtenir les outils pour faire mon travail», raconte-t-il.

«Au début, il y avait un méchant gap entre l'endroit où les Huskies se trouvaient et l'endroit où je voulais les emmener. Je me souviens que je parlais souvent avec Charlie Henry. Je lui avais demandé combien de temps il fallait investir afin de développer une culture d'organisation gagnante. Il m'avait répondu que ça pouvait prendre entre sept et 10 ans. J'avais presque fait un burnout! Quand t'as 27 ans, tu ne veux pas attendre. Tu veux tout, tout de suite.»

«J'ai appris qu'il fallait y aller une étape à la fois. Je pourrais par exemple te dire qu'à mon arrivée, les couvre-feux n'étaient pas vraiment une spécialité d'équipe à Rouyn. La nutrition, l'encadrement des joueurs... Tout était à construire.»

Dans un sens, tout est encore à construire. Tourigny continue de s'entretenir chaque semaine avec son successeur Gilles Bouchard. «Durant la période des transactions, on se parlait presque chaque jour», dit-il, souriant.

Le Québec tatoué sur le coeur

L'entraîneur adjoint des Sénateurs, André Tourigny... (Archives Le Nouvelliste) - image 3.0

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L'entraîneur adjoint des Sénateurs, André Tourigny

Archives Le Nouvelliste

On peut sortir l'entraîneur du Québec. Il est plus difficile de sortir le Québec du coeur de l'entraîneur. Il suffit de bavarder un peu avec lui pour s'apercevoir qu'il se préoccupe beaucoup de l'avenir du sport dans sa province natale...

***

QUESTION: Qu'est-ce qui fait un bon joueur de hockey?

RÉPONSE: À une certaine époque, un joueur pouvait posséder une seule caractéristique dominante. Cette caractéristique pouvait le faire vivre pendant de nombreuses années dans la LNH. De nos jours, ça ne suffit plus. Un joueur doit posséder plusieurs caractéristiques. Il doit d'abord être prêt à s'impliquer dans les deux sens de la patinoire. Il doit être en bonne condition physique. De nos jours, les joueurs ne sont plus des joueurs. Ce sont des machines.

Q: Pourquoi y a-t-il moins de Québécois qu'avant dans la LNH?

R: C'est une bonne question. Il y a plusieurs façons d'y répondre, selon moi. D'abord, le hockey n'est plus autant accessible qu'avant. Les prix sont fous. Il y a beaucoup de voyages. En bas âge, il faudrait miser sur le développement des habiletés naturelles, sur le contrôle de la rondelle, sur le patinage. Les êtres humains sont compétitifs. Ils veulent à tout prix la victoire. Ils misent donc un peu trop sur les structures de jeu.

Q: Le hockey mineur devrait-il développer plus de liens avec le milieu scolaire?

R: Ce serait une bonne chose. Quand les psychologues parlent du développement d'un être humain, ils parlent de l'importance du milieu familial et du milieu social. Au hockey, on se croit au-dessus de tout ça. On envoie nos jeunes de 12-13 ans en pension. Ils changent alors d'amis. Ils ne peuvent plus manger la sauce à spaghetti de leur mère. Si le hockey était lié au milieu scolaire, les jeunes pourraient continuer d'évoluer dans leur milieu. Ce serait idéal.

Q: Vous êtes autodidacte, mais les jeunes joueurs ne seraient-ils pas mieux encadrés si des enseignants professionnels s'occupaient d'eux?

R: Absolument. Des enseignants - ou des gars qui sont payés pour exercer leur métier d'entraîneur à temps plein. Si André Tourigny avait eu la chance d'occuper un poste à temps plein dans un programme sport-études, son cheminement aurait été plus facile. La vérité, c'est que durant ma première année de coaching, mon salaire était de 1000$. Au Québec, les entraîneurs ne sont pas non plus placés dans un contexte idéal pour réussir.

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